Littérature Francophone

Mathilde est revenue, Grégory Nicolas

Mathilde est revenue
Crédits : Gaël Coto

Le livre de Grégory Nicolas (auteur de notre premier inédit sur Addict-Culture dont vous pouvez relire la nouvelle, L’Enclave, ici), Mathilde est revenue a conquis nos chroniqueurs littéraires. C’est pourquoi aujourd’hui ce n’est pas une mais deux chroniques que nous vous proposons de lire au sujet de cet ouvrage qui sort aujourd’hui même en librairie aux Editions Rue des Promenades.

L’avis de Delphine

Un couple, une histoire, deux versions. A l’origine, des mots d’amour. Un je t’aime envoyé par texto. Les personnages de Grégory Nicolas vivent avec leur époque. Mathilde et Jérôme s’aiment et veulent un enfant. De leur amour va naître Louis et leur vie va forcément changer. Un et un font trois, cette équation délicate à gérer au quotidien, va conduire au départ puis au retour de Mathilde. Car elle est bel et bien revenue. Oui mais à quel prix ?

Dans ce roman en trois temps, les points de vue alternent et se complètent : d’abord « Eux », leur rencontre, la naissance de Louis, la recherche difficile d’un nouvel équilibre jusqu’au départ de Mathilde. C’est elle qui prendra le relais de la narration en donnant sa version puis Jérôme viendra amener sa pierre à ce fragile édifice, rassemblant ainsi les pièces du puzzle sous les yeux d’un lecteur pressé d’avancer. Grégory Nicolas sait parfaitement nous tenir en haleine et l’envie de tourner les pages est plus forte que tout. Dans un style simple, franc mais loin d’être innocent, il décrit l’impuissance et le désespoir de chacun : Jérôme face au départ de Mathilde qui est elle-même désarmée face à ses propres choix.

A travers une histoire simple – un homme, une femme, un enfant et après ? – le lecteur s’interroge sur ses peurs, sa part de folie et « d’audace » à tout envoyer un jour balader. Qui n’a pas eu un jour envie de tout plaquer par désespoir, par crainte ou juste sur un coup de tête ? Mathilde passe à l’acte, brise ce tabou et ce sera au lecteur d’en découvrir les conséquences. Le roman est aussi baigné d’une douce lueur d’espoir qui fait que, malgré les difficultés, la vie continue avec son lot de joies et de peines et qui donne envie de toujours revenir pour mieux recommencer.

« Ce ne sont pas les jambes qui font avancer, ni même les pieds, encore moins les bicyclettes, c’est l’espoir. Sans espoir, on s’arrête. Et si l’on s’arrête, on tombe, ou pire on s’effondre sur soi-même. C’est mécanique. » (p51)

Cet automne, Rue des Promenades nous fait un très joli cadeau. C’est maintenant à nous de le faire vivre et de ne pas le gâcher.


L’avis de Barriga

Avec ce livre c’est peu comme si vous rentriez dans un film de Claude Sautet, un quotidien minimaliste d’un couple un peu bourgeois par leur condition sociale respective, on dirait aujourd’hui bohème, mais secoué par les soubresauts de la vie.

Construit en quatre parties, la voix du narrateur omniscient puis celles des protagonistes, ce roman nous propose de suivre l’histoire d’une rencontre entre Jérôme, agent immobilier sympa et apprécié par son patron, et Mathilde, architecte un brin rêveuse. C’est d’abord une histoire d’amour comme il y en a tous les jours, un peu banale, universelle dirons nous. Mathilde est à la recherche d’un logement pour poursuivre ses études et Jérôme qui suit son dossier va trouver un subterfuge pour pouvoir la revoir et lui proposer un logement qui s’avérera être le sien…

Dès les premiers instants Jérôme a su qu’il ne devait laisser s’échapper Mathilde. Le temps passe et le jeune couple est comblé par l’arrivée d’un bébé, un petit Louis. Or, l’enfant dès les premiers mois puis les premières années de sa vie tombe malade un peu trop fréquemment. Pour la survie du couple et le bien être du petit garçon il faut changer d’air et fuir l’atmosphère parisienne polluée. Jérôme trouve une maison en Bretagne, un doux nid douillet un peu perdu au fin fond de la région balayé par le vent. Tout se passe pour le mieux, Louis a retrouvé une meilleure santé et va dorénavant à l’école. Jérôme s’occupe de la gestion de l’agence immobilière qu’il a reprise et Mathilde continue son travail d’architecte à la maison. Mais depuis quelques temps Mathilde perd pied, elle n’est pas dans son assiette, elle se pose des questions, elle a des doutes mais n’en parle pas à Jérôme. Un jour elle commet l’impensable…

Le début du livre nous donne à lire une histoire classique, la vie d’un couple décrite avec beaucoup d’humour et de subtilité, on se reconnait un peu dans les clichés des relations homme-femme. Les voix des protagonistes changent la vision que nous nous faisons de ce couple. Les malentendus, les mensonges font qu’il y a un décalage, on comprend alors que le couple ne vit pas voire plus du tout sur la même longueur d’onde. Plutôt que d’en parler et d’aborder les problèmes de manière directe, chacun se terre dans sa mauvaise foi, ses contradictions, ses non-dits, alors que paradoxalement Jérôme et Mathilde s’aiment, ils ne savent plus comment se le dire et le montrer.

Le mensonge va devenir alors un moyen de communication, l’égoïsme va prendre tout son essor. On est partagé vis-à-vis de Mathilde. On ignore si ce qu’elle prépare de manière réfléchie et calculé est à cause d’une pathologie autodestructrice ou une peur de se perdre, de toucher le fond et donc d’agir par autodéfense pour éviter ce gouffre ?

L’attitude de Mathilde peut paraître scandaleuse, alors qu’elle a tout pour être heureuse rien ne semble faire obstacle à son bonheur, elle décide de vivre sa vie pour elle seule même si cela peut faire du mal à son entourage. Mais peut-on vraiment la blâmer ?

Grégory Nicolas nous interroge sur le couple du XXIe siècle, est-il le même que nos aïeuls, la vision judéo-chrétienne du couple n’est elle pas surannée, à bout de souffle, est-ce que ce pari du couple jusqu’à la fin de sa vie a t-il lieu d’être, encore ? C’est un choix douloureux dans n’importe quelle situation. Mathilde reprend goût à la vie et se retrouve par le dessin, une activité qu’elle avait mise de coté pendant tant de temps. Jérôme, pour faire perdurer le couple, se compromet par pur désespoir dans le plus gros mensonge, la souffrance est trop dure à supporter.

C’est un livre passionnant et passionné qui laisse au lecteur le soin de s’approprier le texte, de se faire un avis. Un livre touchant et bouleversant.

***

Mathilde est revenue, Grégory Nicolas, Rue des Promenades, Octobre 2015

Mathilde est revenue Crédits : Gaël Coto

Crédits : Gaël Coto

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