David Peace revient déjà, après Patient X paru fin 2024. Et surtout David Peace revient au football et ça, c’est une sacrée bonne nouvelle. Livre écrit en hommage à son père dont l’auteur nous explique qu’il avait été profondément marqué et meurtri par la catastrophe de Munich.
Quelques mots de David Peace pour commencer :
« …avant de faire des recherches et d’écrire ce roman, je n’avais pas vraiment perçu à quel point cette catastrophe avait été une tragédie nationale et une tragédie pour la classe ouvrière. Dans ces temps actuels bien souvent marqués par les divisions et les clivages, où certains semblent si prompts à la haine et à la moquerie, il est facile d’oublier qu’il n’en a pas toujours été ainsi. En février 1958, pour la plupart des gens – pas tous, il faut le dire –, peu importait d’où l’on venait, quel club on supportait, qu’on aime ou pas le football, on partageait le chagrin de Manchester United. Et je pense qu’il est bon de s’en souvenir. »
─ David Peace
Munichs, c’est donc un double hommage. Ou plus encore si l’on veut.
David Peace, tout au long de plus de 500 pages, parfois très éprouvante, se fait plus humain que jamais encore et nous conte à travers son style si particulier, fait de longues phrases, cependant moins répétitives que lors de ses précédents romans, l’histoire de ces hommes qui perdent la vie, de ceux qui survivent, la façon dont le club gère la tragédie, les réactions des familles, de la ligue anglaise de football, des clubs adversaires de United. C’est très précis et très documenté. Pourtant Peace s’attache principalement aux hommes et aux femmes touchés par ce crash, de près ou de plus loin.
Il utilise souvent des « voyez » pour nous prendre à témoin , pour nous intégrer à la souffrance. Ces heures d’attente notamment des mères et des pères, de toutes les familles : faites que mon fils ne soit pas sur cette liste maudite. Ces heures à écouter la radio ou lire la presse, attendre un coup de fil du board de United ou encore attendre que la police passe, pour annoncer la terrible nouvelle.
Munichs, c’est tout cela. Une longue attente.
« …et si personne n’avait l’air trop vaillant, si certains paraissaient même vraiment mal en point, au mois ils étaient là, et Bobby eut envie de sauter de son lit, de faire des bonds, de les enlacer et de pousser des cris de joie. Au moins, on s’en est sortis ! Au moins, on est vivants ! Mais juste après il pensa à Dennis, à Duncan, et au patron, et il se demanda où ils étaient, pourquoi ils n’étaient pas avec eux dans cette chambre, et puis la mémoire lui revint, il se rappela les morts, et il sut qu’il n’y avait aucune raison de faire des bonds, aucune raison de pousser des cris de joie. Plus jamais, aussi longtemps qu’il vivrait. Alors Bobby se tourna de l’autre côté et referma les yeux. »
─ David Peace
Quelques images ou scènes resteront en tête : le premier match après la catastrophe et l’incroyable silence dans le stade, silence explosif après le premier but marqué par United.
Ou encore Bobby Charlton qui ne veut plus jouer, jamais, qui veut oublier tout du football et qui finalement va se retrouver avec son ami gardien à s’entraîner sous la neige et à marquer but après but pour ses copains, tous les morts. Une litanie de prénoms s’engage alors dans le livre. Et pour lui aussi. Pour United. Scène absolument fabuleuse et tragique. De celles qui vous tirent des larmes. Et elles sont nombreuses dans Munichs. Munichs, avec ce fameux « s » en trop, qui marque peut-être les morts, les vivants et les survivants, le football dans son ensemble et une tragédie nationale aux fortes répercussions en Angleterre.
Contrairement aux livres précédents, Peace ne s’appesantit pas tant sur les matchs après la catastrophe. Quelques lignes éparses. Quelques paragraphes. Et que Man United atteigne la finale de la Cup quelques mois seulement après avoir perdu la moitié de son équipe, parait presque anecdotique. Et reléguer ce match et son résultat dans la dernière pages va dans ce sens.
Ce qui compte ici sont les hommes, ce qu’ils vivent et les hommages rendus aux Morts, avec une majuscule comme dans Munichs.



