Cinéma

« Nelly et Mr. Arnaud », fêlures secrètes

[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#5A2730″]U[/mks_dropcap]ltime film de Claude Sautet, Nelly et M. Arnaud tente une synthèse douce-amère des motifs qui ont nourri toute la filmographie du cinéaste.

La nouvelle génération aurait pu devenir, à l’instar d’Emmanuelle Béart, la galerie de nouvelles figures sur ces motifs immuables, quelle que soit l’époque : l’amour, l’amitié, les relations générationnelles et la façon de composer avec la vie : ce qu’elle impose, ce qu’on peut lui refuser.

Nelly et Mr. Arnaud affiche

Sur bien des points, le personnage d’Emmanuelle Béart peut rappeler celui de Romy Schneider dans Une histoire simple : une figure libre qui se cogne à la vie. Peu convaincue face aux schémas dans lesquels on pourrait l’enfermer, Nelly commence souvent par mentir, en affirmant avoir fait quelque chose qui ne s’est pas passé : elle dit à son mari avoir accepté l’argent de M. Arnaud, à qui elle confirmera plus tard avoir couché avec l’éditeur. C’est là l’une des singularités de son personnage, Nelly est une spectatrice, la plupart du temps de la vie des autres : la vie de famille de son amie (Claire Nadeau), de la petite communauté autour de M. Arnaud, un Michel Serrault qui sait faire à la fois dans la nuance et les coups d’éclats. Sa vie semble passer au second plan, et l’itinéraire qu’elle va suivre sera celui du délestage : du mari, d’un compagnon, d’un père de substitution.

Comme souvent chez Sautet, il faut composer avec des tentatives qui n’aboutiront pas toutes, et le récit mêle habilement construction (le livre, l’indépendance de Nelly, son retour à l’amour) et démantèlement : de la bibliothèque, de la notion de couple ou de l’orgueil lui-même. Les personnages de Sautet ont toujours cette double qualité fascinante : être des pivots autour de qui tout se joue, et devoir l’assumer avec les fêlures qui empêchent d’en être totalement à la hauteur : c’était le cas de Montand dans Vincent, François Paul et les autres ou Garçon, ou celui de Romy dans Une histoire Simple, d’Auteuil dans Quelques jours avec moi.

Et puisque la vie n’est pas aussi linéaire qu’un récit, c’est là où on ne l’attend pas qu’elle émeut. L’issue des relations a de quoi surprendre : c’est l’ancienne génération qui prend son envol et s’essaie à une deuxième chance, tandis que la jeune première se retrouve étrangement déclassée : un adieu malicieux du cinéaste au soir de sa vie qui met la nouvelle génération face à ses responsabilités, et laisse face à eux-mêmes ces trentenaires qu’il aura accompagnés avec bienveillance durant la majeure partie de sa carrière.

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