La sortie de Fly The Ocean In A Silver Plane, le dixième album de Pan American, le projet musical de Mark Nelson était une trop belle occasion de revenir sur la parcours intrigant et passionnant du musicien de Richmond, aujourd’hui installé à Chicago. Pour beaucoup, son nom est avant tout associé à Labradford, légendaire groupe post-rock des années 90, à la tête de 6 albums, sur lesquels Mark Nelson jouait de la guitare et chantait sporadiquement en compagnie du bassiste Robert Donne et du claviériste Carter Brown.
Des disques comme Labradford (Phantom Channel Crossing) ou Mi Media Naranja sont des modèles du genre, musique répétitive, mélancolique et sombre, ils accompagnent encore nos nuits d’insomnie, gardant 30 ans plus tard, la même fascination et tous les mystères insondables d’un groupe qui disparut comme il apparut tel un ovni miraculeux.
L’aventure Labradford s’arrête en effet en 2001 avec Fixed::Context, alors que Mark Nelson a déjà commencé son voyage en tant que Pan American, dès 1998, en prenant un virage électronique le menant vers l’Ambient Dub et le chillout, grâce à l’apport de Steven Hess, avec lequel il enregistrera deux albums sous le nom d’Anjou, en compagnie également de Robert Donne (Anjou en 2014 et Epythimia en 2017).
Toujours aussi discret et mystérieux, Nelson délivre ainsi ses carnets de voyage à intervalle régulier, atteignant quelques sommets tels The River Made No Sound, Quiet City ou Cloud Room, Glass Room et multipliant les collaborations avec des artistes comme Kramer ou Michael Grigoni.
Ce Fly the Ocean In A Silver Plane est sans aucun doute l’un de ses plus beaux et personnels, à l’émotion très palpable puisque ce voyage est aussi celui du temps qui court, marqué par l’arrivée de ses enfants mais aussi la disparition de ses parents. La superbe pochette est ainsi une photo de sa mère découverte après le décès de celle-ci et quelques titres portent en eux-mêmes la notion de deuil, de l’immense Death Cleaning à Heaven’s Waiting Room en passant Entrance To Afterlife.
Inspiré par deux chansons, You Belong To Me de Jo Stafford et Promised Land de Chuck Berry, l’album a été enregistré par Mark Nelson chez lui, avec quelques guitares électriques et acoustiques et un synthé, seulement accompagné de la violoniste Mallory Linehan alias Chelsea Bridge, chantant également sur un album par ailleurs quasiment instrumental.
Silver Plane, No Boarding nous emmène directement au dessus des nuages, en route pour le paradis au cri des enfants et du chant des criquets. Desert Under the Bridge fait onduler les guitares dans un paysage majestueux alors que Silver Tramway (In Storm) donne le sentiment de croiser quelques créatures elfiques jouant au fond d’une forêt imaginaire.
Fly The Ocean In A Silver Plane mélange ainsi harmonieusement guitares (Honeyman Scott) et synthés (Taxi To the Terminal Gate), retrouve une ambiance mélancolique à la Labradford (A Window In the Strings) avant d’achever son périple, comme il a commencé, sous la douce lumière d’un splendide Golden Gate, Silver City.
Pan American signe là un superbe album, certes rempli de tristesse, le dernier morceau étant également dédié au regretté Brian McBride, le guitariste de Stars Of The Lid décédé en 2023, mais dont l’écoute se révèle comme un moment suspendu nimbé d’un bonheur simple et doux.

Pan American· Fly the Ocean In A Silver Plane
Kranky– 27 mars 2026


