Chronique Musique

Le syndrome de Peter Doherty

Malgré les années qui passent, il reste toujours un peu le même Peter Doherty… Poète déglingué, artiste génial, maudit aussi, il suscite autant l’admiration que le dégoût. Il y a sept ans, il sortait Grace/Wastelands. On y découvrait le songwriter en solo, sans les membres de ses autres groupes The Libertines et Babyshambles. Il berça mes années de collégienne, puis de lycéenne. I am the Rain et Palace of Bones restent d’ailleurs pour moi des classiques, deux morceaux magistraux qui me suivent partout. Son retour, je l’attendais donc de tout mon cœur !

Peter refait enfin surface avec Hamburg Demonstrations, un grand cru pop-folk-rock british comme on les aime. La guitare acoustique et la voix sont reconnaissables entre mille : dès les premières notes du splendide Kolly Kibber, je succombe et retombe en adolescence (qui n’est pas très loin certes !) Il y a dans sa musique quelque chose de très contradictoire. Une naïveté voire une maladresse qui se conjugue à une intemporalité folle, digne de grands songwriters. Parce-que Doherty, c’est un littéraire, mais surtout un grand mélodiste. Ses morceaux sautillent, gigotent, vivent. Il y a toujours une petite surprise, le truc qui fait les grandes chansons, en dépit d’une simplicité apparente.

hamburg demonstrations
Sept ans après son premier album, Doherty sort Hamburg Demonstrations.

Ou peut-être est-ce tout simplement son goût pour l’authenticité. Car si cet album est plus homogène que le premier, il reste tout de même quelques imperfections qui lui donnent tout son charme. Down for the Outing, le second morceau, est nonchalant, chaloupé et pourtant plein de délicatesse. Il est suivi par Birdcage, petite merveille au riff malicieux jusqu’à ce qu’arrive la chanteuse Suzie Martin (pardon Mademoiselle, mais je trouve le duo sans intérêt …) Après le dynamique Hell to Pay at the Gates of Heaven, il revient à ce qu’il sait faire de mieux, des ballades toutes douces, historique pour le morceau Flags from the Old Regime, puis amoureuse avec I Don’t Love Anyone (but You’re Not Just Anyone) version berceuse et violons. Cette dernière refait en effet apparition deux chansons plus loin, dans la version du single éponyme. C’est d’ailleurs un plaisir de l’entendre deux fois, tant le morceau est sobrement somptueux. 

C’est également avec une précieuse chanson d’amour que Hamburg Demonstrations se clôt. Entre violons et accords dépouillés de guitare folk, Doherty nous démontre que c’est lorsqu’il en fait le moins qu’il nous touche le plus.

En équilibre sur un fil, l’anglais manque parfois de se casser la gueule. Mais ne le fait pas. Pourquoi ? Car c’est un génie, un chimiste fou qui, malgré quelques explosions et expériences foireuses, arrive à ses fins. Et à la fin, au milieu de fumées étranges et débris divers, c’est un superbe album qui naît – encore une fois – de ce laborantin de la musique.

Hamburg Demonstrations est disponible depuis le 2 décembre 2016 chez BMG Rights Management.

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