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Protomartyr – The Agent Intellect

Ecrit par Beachboy

protomartyr

 

 Doum doum dou dou dou doum…, allez hop, voilà, ne cherchez plus, en 3 secondes, c’est plié, le morceau de l’année , je viens de le trouver. Ce morceau c’est Pontiac 87 qui transforme un grand disque en un p…tain de grand disque !

Cet album, c’est The Agent intellect et le groupe, Protomartyr. Je le pressentais déjà depuis quelques temps, en fait après les avoir vu à la Route du Rock 2014 et dégusté Under Colour Of Official Right, leur second album.  Protomartyr confirme et enfonce la concurrence, renvoie les pourtant très bons Ought ou Viet Cong à la maternelle et The Fall en maison de retraite.

J’ai beau faire le malin à écouter plein de musiques dans tous les styles possibles et imaginables, c’est ces quelques secondes que je recherche, mon Graal quotidien, l’intro qui me paralyse, sourire béat et jambes qui tremblent. Attention, il ne faut pas se tromper, ce que je veux, biberonné que je fus aux Feelies et à New Order, c’est l’intro toute simple, toute bête, pas le truc pour cartonner en radio, non, je veux le frisson, la violence mélodique, l’accident de parcours miraculeux. Bref, je n’en croise pas tous les jours des Pontiac 87.

Avec The Agent intellect, c’est encore pire, parce que des p…tains de chansons, il n’y en a pas qu’une, non, on a aussi un Dope Cloud, un The Devil In His Youth, un….grand disque, je vous dis, très grand disque.

 

 

 

Protomartyr vient de Detroit, enfer industriel, berceau de jeunes hommes en colère. Le groupe lança les hostilités en 2012 avec No Passion All Technique. Ils sont quatre, Joe Casey, le chanteur, Greg Ahee, le guitariste, Scott Davidson, le bassiste et à la batterie Alex Leonard.

Joe Casey a des airs de David Thomas ou de Frank Black, sur scène, on a l’impression qu’impassible et un poil effrayant, il éructe le bottin pendant que les 3 agités du bocal qui l’entourent font tout pour finir à l’asile la plus proche. Pour faire simple et réducteur, Protomartyr, c’est Mark E. Smith qui chante pour Pavement, une sombre coolitude prête à exploser. Ils ont beau être américains, posséder un son garage, c’est vers la perfide Albion qu’ils puisent les racines de leur post-punk tendu mais mélodique, mariant parfaitement Joy Division et le MC5.

Le groupe repose énormément sur la personnalité de Joe Casey, sa voix, son style et ses textes mais ses 3 camarades sont loin de faire pale figuration, tous aussi impressionnants les uns que les autres, surtout sur scène et je ne peux que vous encourager à aller les voir sur scène fin octobre et courant novembre (Au Soy Festival à Nantes, le 28 octobre en compagnie des excellents Suuns & Jerusalem In My Heart). They Don’t See Us chante-t-il sur l’époustouflant Clandestine Time et bien, ça serait une erreur, une grave erreur que de les rater.

 

 

L’univers de Protomartyr est noir, sale et violent, on y croise le démon (The Devil In His Youth), le pape et sa ménagerie mercantile (Pontiac 87), des drogués et des sales gosses paumés, voire même Aristote. Joe Casey évoque également le décès de ses parents, Ellen étant même composée comme un message de l’au delà de son père à sa mère (I Will Wait for Ellen  I’ll Pass The Time With Our Memories For Ellen). L’effet est saisissant tant sa voix se fait basse, presque éteinte, soutenue à bout de bras par la section rythmique toujours impeccable.

Là, où, en effet, le groupe impressionne et se détache de cette nouvelle vague post-punk, c’est l’émotion à fleur de peau, grâce à des mélodies toujours poignantes malgré le mur sonique qu’elles se prennent en pleine poire. A l’instar de l’incroyable Cowards Starve ou du somptueux Uncle Mother’s, c’est en effet un superbe uppercut au détour d’un riff de guitare qu’on se prend dans l’estomac, on a beau le sentir venir, à chaque fois, on n’y échappe pas. I Forgive You ou Boyce Or Boice ne se posent même pas la question et nous tombent dessus dès la première note.

A Classer entre Pere Ubu et Gang Of Four, Protomartyr nous offre là son meilleur album, une bombe incendiaire et lacrymale, un monument de tension.

The Agent Intellect est disponible depuis le 09 octobre chez Hardly Art/PIAS Cooperative

 

 

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