Littérature Etrangère

« Retourner dans l’obscure vallée » : la poésie violente de Santiago Gamboa

Voie Lactée / Sushantk2212 / Wikimedia commons
Ecrit par Gringo Pimento

Je ne connais que peu Santiago Gamboa, auteur de sept œuvres parues chez Métailié. De lui, je n’avais lu que Le syndrome d’Ulysse, que j’avais apprécié mais sans être tenté de me lancer dans d’autres livres.

Retourner dans l’obscure vallée fait partie de la rentrée littéraire, toujours chez Métailié. Imposant ouvrage de 450 pages, ce texte ne se laisse pas apprivoiser facilement. D’abord, l’auteur change de point de vue à chaque chapitre et il reste mystérieux quant aux tenants et aboutissants de ceux-ci. Plusieurs personnages racontent leur histoire et, si d’emblée on rentre dans certaines, d’autres sont moins accessibles.

Ainsi, Tertuliano, sorte de philosophe et de prophète, m’a longtemps laissé de marbre. Jusqu’à ce que Gamboa l’intègre plus pleinement à son récit et en fasse un personnage assez délirant et impressionnant. De même, les longs chapitres sur la vie de Rimbaud, de Verlaine, s’ils sont intéressants, ne semblent pas – au premier abord – apporter grand chose au roman. J’ai fait preuve d’une belle impatience car là aussi, Santiago Gamboa réussit à tout rattacher à son intrigue première.

 

Tout ceci pour vous prévenir qu’il faut s’accrocher à ce livre, ne pas l’abandonner en cours de route. Tout va finir par s’éclairer. La violence et le sexe sont très présents, voire omniprésents. Il faut s’y attendre et s’y préparer. Certaines scènes sont très difficiles à lire et à imaginer. D’autres passages sont beaucoup plus marqués par la poésie (Rimbaud et Verlaine sont convoqués, disions-nous) et rendent la lecture plus agréable.

Certains personnages vont marquer le roman de leur empreinte. Telle la pauvre Manuela, au destin si compliqué.

De fait, je ne ressentais d’amour pour personne. Je ne savais même pas ce que c’était.

Roman choral, Retourner dans l’obscure vallée impressionne par la multiplicité de ses personnages. Certains à la vie meurtrie, d’autres en proie au doute, essayant de trouver le bonheur ou du moins de sortir du malheur. Pour cela l’écriture paraît être un refuge important. En tout cas plus que l’Europe, pas si accueillante au final. D’où le titre qui semble proposer aux enfants du pays de repartir dans un pays, la Colombie, peut-être plus apte maintenant à leur proposer une vie meilleure.

En cela, Retourner dans l’obscure vallée pourrait faire référence au Syndrome d’Ulysse, comme quelque chose qui se termine, un long voyage qui prend fin.

Retourner dans l’obscure vallée de Santiago Gamboa

Traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry, éditions Métailié, août 2017

 

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