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Ryley Walker, libéré de ses influences. Interview

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Ecrit par David Jegou

Avec “Golden Sings That Have Been Sung”, son troisième album, Ryley Walker envoie valser toutes les influences qui pouvaient parfois irriter sur ses disques précédents. Pour notre plus grand plaisir, tant ce nouvel album semble libre et apaisé. L’américain nous confie pourtant que “Golden Sings That Have Been Sung” est né de ses angoisses et son état dépressif. Il nous parle librement du rejet de son album précédent, de sa vie sur la route et de son amour pour Talk Talk.

Quand tu as déménagé à Chicago, tu jouais surtout du Punk et du Post Rock.
Découvrir par la suite le folk anglais des 60’s et des 70’s a changé la donne pour toi. Comment as-tu découvert ce mouvement et quels ont été les disques qui ont tout déclenché pour toi ?

J’ai découvert différents styles de musiques au même moment. Le punk, la folk. Mais une de mes pierres angulaires a été Led Zeppelin III. Un album fantastique qui m’a poussé à la découverte d’autres artistes anglais comme Pentangle et Berth Jansch. Mais aussi Joni Mitchell. J’ai commencé à découvrir certains albums tout seul, par curiosité. Puis j’ai rencontré des collectionneurs acharnés et des disquaires qui ont été de bon conseil. Je leur dois beaucoup.

As-tu travaillé encore plus sur l’improvisation à partir de ce moment ou bien c’est quelque chose qui t’était déjà familier à travers le Post Rock ?

C’est quelque chose que je voulais tenter, mais que je n’ai commencé à faire que vers l’âge de 20 ans. Avant ça les groupes de punk dans lesquels je jouais étaient trop rigides, nous n’étions pas d’excellents musiciens. L’improvisation m’intéressait déjà, mais j’ai dû attendre d’atteindre un certain niveau pour avoir confiance en moi.

Tu sembles passer ta vie sur la route.
Jouer tes chansons devant un public est-il une nécessité pour toi ?

Je me sens bien sur la route, j’y prends un réel plaisir. Ce qui tombe bien car j’adore voyager, et tourner représente ma source principale de revenu. Je ne vais pas te mentir, tout n’est pas rose, mais globalement le positif prend le dessus sur le négatif. De toute façon rien n’égalera jamais pour moi le plaisir de jouer devant un public. Par manque de moyens, j’ai longtemps été dépendant de la générosité des autres, ne serait-ce que pour trouver un endroit où dormir. Grâce à ça, des amitiés fortes se sont créées avec des gens aux quatre coins du monde.

Ce mode de vie sur la route t’apporte t-il une sorte de liberté totale, qui en t’éloignant de contraintes stimule ta créativité ?

Oui car je compose surtout pendant les tournées. Cet environnement et les gens que je rencontre ont une influence directe sur mes chansons. C’est étrange, mon cerveau est en hyper activité sur la route. Bon, sauf si je me bourre la gueule un peu trop souvent, là c’est plutôt l’inverse (rire). Mais quand je suis clean, les chansons arrivent toute seules.

C Tom Sheehan

Tu joues souvent de nouveaux titres en concert que ton public ne connaît pas forcément.
Est-ce pour toi un moyen de casser la routine tout en faisant évoluer tes chansons de la meilleure façon possible ?

C’est bien résumé car je pense que c’est le meilleur moyen de développer des idées. Seul à la maison, tu trouves moins de pistes intéressantes. Sur scène je prends plus de risques, il y a parfois des accidents, bons ou mauvais. J’ai vraiment foiré des morceaux à plusieurs occasions, c’était embarrassant. C’est cette partie d’improvisation sur les nouveaux titres qui fait que je ne me lasse pas de tourner et que j’y prends autant de plaisir. Aucun concert ne se ressemble, c’est motivant. Bon, après, personne ne connaît ma musique par cœur, donc je ne pense pas ennuyer tant que ça le public à expérimenter sur des titres inédits.

«Golden Sings That Have Been Sung” est plus lent, plus détendu. Il est plus raccord avec qui je suis, ma voix est plus naturelle. Il est surtout débarrassé des clichés de la musique du passé.»

Tu dois vraiment avoir d’excellents musiciens avec toi pour te lancer dans ce genre de pratique !

Oui, nous nous entendons super bien musicalement. Leur apport aux chansons est aussi important que le mien. Ce sont principalement des musiciens qui viennent du jazz. Mais le line up change souvent. Non pas parce que les égos entrent en jeux, mais plutôt pour des raisons économiques. Le groupe est différent d’un continent à l’autre car avoir les mêmes musiciens en permanence coûte beaucoup trop cher. Ce sont des amis fidèles que je retrouve régulièrement. Mais ça a un côté positif car ma musique est jouée différemment suivant l’endroit où je me trouve. Les sensibilités de chacun et les fondations des morceaux varient. C’est stupide comme comparaison, mais c’est comme à une maison qui brûle et que tu dois reconstruire.

Tu as déclaré ne plus vraiment aimer ton album précédent “Primose Green”.
Qu’as- tu essayé d’apporter de nouveau en réaction à cet album ?

Le nouveau est tout simplement meilleur. Meilleur dans le sens plus honnête. Je ne suis pas en train de dire que les gens qui aiment “Primose Green” ont tort, c’est juste une opinion très personnelle. Je ne l’aime pas, c’est tout. “Golden Sings That Have Been Sung” est plus lent, plus détendu. Il est plus raccord avec qui je suis, ma voix est plus naturelle. Il est surtout débarrassé des clichés de la musique du passé. On n’a pas l’impression d’écouter l’album d’un collectionneur de disques.

Comment es-tu parvenu à ce résultat ?

Je pense que c’est parce que je me suis énormément produit en concert l’année dernière. C’est comme apprendre une langue. Si je restais quelques mois à Paris, mon français deviendrait meilleur. Jouer beaucoup plus m’a permis de mieux comprendre la musique, d’améliorer ma technique et donc de gagner en confiance. C’est 90 % de l’explication. Jouer avec un groupe ultra soudé de musiciens talentueux m’a beaucoup aidé.

Golden Sings That Have Been Sung” semble plus sombre, plus profond. Es-tu d’accord avec ce point de vue ?

Oui il est sombre par moments. J’y montre mes faiblesses. Je suis sujet à la dépression et aux crises d’angoisse, beaucoup de titres y ont pris leur racine. Je suis vidé de mes forces quand je suis dans de tels états, ma musique le reflète. Je ne suis pas quelqu’un de triste en permanence, je suis plutôt mélancolique. Ma famille, mes amis et ma petite amie me manquent énormément quand je suis sur la route….

Et pourtant, tu as enregistré l’album pendant les vacances de Noël, un moment de l’année où tout le monde est réuni.
Ça a forcément eu un impact sur l’album.

Oui, c’était étrange. L’album a été enregistré à cette période car c’est le seul moment pendant lequel musiciens et producteur étaient disponibles. C’était génial d’être en studio le jour de Noël. Tout le monde était occupé à célébrer pendant que nous étions dans un studio minuscule et glacial à Chicago. C’était comme être sur notre petite planète. Nous buvions de la bière et fumions des cigarettes. C’était comme un jour de studio normal pour nous, nous n’arrivions pas à réaliser que c’était Noël.

J’espère que tu as fait un petit cadeau à toute ton équipe !

Juste de la bière, c’est ce qu’ils avaient sur leur liste (rire).

Tu as déclaré que “Golden Sings That Have Been Sung” était ton premier disque libéré de toute influence. Un disque qui te représentait à 100%.
T’es-tu volontairement coupé de la musique des autres pendant une période afin d’y arriver ?

Il n’y avait rien de conscient. J’ai effectivement arrêté d’écouter autant de musique qu’avant, mais simplement parce que je n’en avais pas le temps. Travailler sur ma musique me prend beaucoup de temps, j’étais donc moins à même de piquer des idées aux autres. Je voulais juste que l’album soit plus lent, un peu vaporeux, plus aéré et moins produit. Il y a tout de même quelques influences, mais elles sont minimes. Pendant cette période je n’écoutais qu’American Music Club, les deux derniers albums de Talk Talk, “Spirit Of Eden” et “Laughing Stock”. Ils m’ont inspiré en termes d’instrumentation et d’espace.

Pour moi le chef d’œuvre en la matière reste l’album solo de Mark Hollis de Talk Talk.

Oui, ce disque est splendide. C’est l’un de mes préférés en fait.

Écrire les paroles de ce nouvel album a t-il été aussi difficile que d’habitude ?

Pas du tout en fait. Dès que j’ai su ce dont je voulais parler, les paroles me sont venues naturellement. Elles contiennent une bonne dose d’humour que parfois seul moi et quelques proches peuvent déceler. Mais aussi beaucoup de références à des endroits qui me sont familiers. Par le passé j’essayais d’écrire à la façon de James Joyce ou de Nietzsche, c’était un peu prétentieux mais surtout super difficile à produire. Cette fois, j’ai pris du plaisir.

Cet esprit d’improvisation que tu appliques sur scène avec tes musiciens se retrouve t-il également dans votre travail en studio, ou bien les chansons ont tellement été travaillées sous différents angles que tu vas directement à ce qui fonctionne le mieux ?

J’utilise le studio comme un outil. Nous continuons donc à improviser si nous avons le temps. On part d’une base classique “couplet refrain couplet” et l’on fout tout en l’air. On essaie d’en faire une version la plus dingue possible. Mais le studio coûtant de l’argent, on travaille principalement de manière plus directe et concertée. En concert, on ne discute pas, il n’y a aucune règle. On se laisse influencer par l’endroit où on se trouve, c’est notre esprit qui dirige les chansons.

L’album a t-il été enregistré dans un studio plus confortable que précédemment ?

Non, exactement le même que pour les précédents. C’est un super studio qui a été construit par un très bon ami. Il est à deux pas de chez moi, à Chicago. Je m’y sens bien, y passer du temps est donc agréable.

C Tom Sheehan

Pourquoi avoir choisi de travailler avec un producteur, Leroy Back de Wilco, pour la première fois ?

Je voulais avoir quelqu’un d’autre que moi ou un membre du groupe qui puisse tenir un discours objectif. Leroy est un bon ami qui est en plus un musicien et un compositeur brillant. Je savais qu’il serait parfait pour m’aider à obtenir ce que j’avais en tête. Je souhaitais une instrumentation particulière, avec une touche de baroque. C’est quelqu’un d’une grande sagesse avec une réelle expérience du studio. Nous nous entendons super bien. Je n’avais aucun autre nom que le sien en tête pour produire l’album.

Savais tu dès la fin de l’enregistrement de l’album précédent que le prochain serait produit par quelqu’un d’autre que toi ?

Non, l’idée m’est venue bien plus tard, en juin 2015 lorsque j’ai commencé à sérieusement travailler sur l’album. Mon objectif était qu’il soit enregistré d’ici la fin de l’année. J’ai appelé Leroy pendant l’été en lui disant que j’aurais besoin de son aide, et il a tout de suite accepté.

Cela a t-il rendu l’enregistrement plus facile pour toi ?

Nous avons travaillé très dur, mais pourtant l’enregistrement est le plus simple et le plus fun que j’ai jamais effectué. Nous avons travaillé jours et nuits pendant dix jours. Les versions des titres lors de mon arrivée en studio sont incomparables avec le résultat final. Leroy m’a montré des pistes que je n’aurais jamais imaginées. C’était fascinant.

Tu as l’air de beaucoup aimer le travail de ton ami Steve Gunn. Comme lui tu sors des disques en collaboration avec d’autres artistes (Bill McKay, Charles Rumback, Chris Brokaw).
Pourquoi cette envie ?

C’est quelque chose que je faisais avant même de sortir mes propres albums. Si je suis tout à fait honnête, sortir des albums en solo me paraît étrange. Je collaborais avec des musiciens vraiment bizarres à Chicago. Il y a une scène underground là bas au sein de laquelle collaborer avec d’autres personnes est presque naturel. Il y a dix ans, tu jouais avec un artiste et tu sortais le résultat sur disque. C’était souvent de l’improvisation, il y avait un côté spontané et très relax. J’ai beaucoup appris car ces rencontres relevaient souvent du challenge. Je suis sous contrat avec une maison de disque maintenant. Je n’ai plus la même liberté qu’avant pour ce genre de choses. Je joue souvent avec d’autres personnes, mais rien ne sort en format physique car pour le label tout doit être concentré sur ma carrière solo. Ce que je comprends.

A quand une collaboration avec Steve ?

Nous avons tourné ensemble l’année dernière. J’ai adoré passer du temps avec lui. C’est un excellent guitariste. J’aimerais enregistrer quelque chose avec lui mais son agenda est surchargé.

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Crédit Photo : Tom Sheenan

Merci à Agnieszka Gérard

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