Cela fait maintenant plus de 25 ans que Jonathan Meiburg et Will Sheff ont fondé Shearwater, groupe qui était censé être une version calme d’Okkervil River, leur projet de base commun. Will Sheff ayant abandonné le navire assez rapidement, le groupe a continué son chemin au gré des humeurs de son leader, par ailleurs biologiste de formation. Ce détail à toute son importance.
Si le groupe a atteint son apogée artistique entre 2006 et 2010, soit le temps de trois albums (Palo Santo, Rook, The Golden Archipelago), il n’y eut pas de percée publique importante, le groupe restant somme toute assez confidentiel.
Les années 2010 furent l’époque d’albums Rock « héroïque » et il a fallu attendre 2022 pour un retour aux origines, six ans après Jet Plane And Oxbow, avec le très bon The Great Awakening.
Avec The New World, Jonathan Meiburg reprend les choses là où il les avait laissées tout en poursuivant la progression du groupe vers une musique onirique, comme le proposait Mark Hollis dans la seconde partie de carrière de Talk Talk.
The New World alterne le chaud et le froid, ce qui est à prendre au premier degré car l’inspiration est venue suite à un voyage en Arctique et que cela s’en ressent, la tendance allant vers une Pop très orchestrale. Si l’ambiance générale de l’album évoque des climats inverses de ce qu’on a connu ces derniers mois dans nos contrées, il procure néanmoins une sensation de chaleur, de celle que l’on ressent au crépuscule devant une cheminée crépitante. Ce voyage en Arctique, en tant que scientifique, lui a permis non seulement d’y puiser son inspiration, mais aussi de capturer des images qui nourriront le thème général de l’album ainsi que les clips vidéos qui en seront issus.

On a l’impression de naviguer en plein rêve dans un état semi conscient, passant d’un état comateux à un autre, plus violent, qui nous emporte tel des fétus de paille pris au piège des éléments qui se déchainent
En évoquant le fantôme de Mark Hollis, c’est la période Spirit Of Eden et Laughing Stock qui sert de référence. On a l’impression de naviguer en plein rêve dans un état semi conscient, passant d’un état comateux à un autre, plus violent, qui nous emporte tel des fétus de paille pris au piège des éléments qui se déchainent. Cette impression, on la doit au travail de production exceptionnel et à l’ajout de nombreux éléments extérieurs comme le London Music Orchestra, conduit par Ben Foster, ainsi que l’apport de musiciens maliens, et leurs instruments traditionnels. Malgré le fait que l’enregistrement s’est fait à de multiples endroits, comme Londres, Berlin, Brooklyn et Austin, l’album affiche une cohérence sans faille.
En plus des fidèles Emily Lee et Dan Duszynski, on y retrouve l’ami de toujours, Thor Harris, qui vient prêter main forte aux percussions, mais aussi et surtout Laurie Anderson qui, sur You And Your Dog, titre de clôture, prête sa voix pour la narration de retrouvailles de deux amis perdus de vue, dans un élan mélancolique d’autant plus captivant qu’il semble échapper aux lois de la pesanteur.
The New World est un disque magnifique, un de ceux pour lesquels on se relèverait dix fois d’affilées pour appuyer sur le bouton start, afin que le moment de grâce continue, encore et encore, jusqu’à la nuit des temps.

Shearwater – The New World
Polyborus / Modulor – 31 Juillet 2026


