On n’a jamais vraiment pu savoir à quoi s’en tenir avec Kurt Vile. Et ce n’est pas ce dixième album qui nous aidera à y voir plus clair sur l’homme âgé aujourd’hui de quarante-six ans.
Philadelphia’s Been Good To Me est un album plus désincarné que ces précédents albums et, disons le carrément, moins confortable.
Kurt Vile, c’est un peu le philosophe nonchalant qui en a vu d’autres mais qui sait que le temps est compté. S’il était un personnage de Tex Avery, il serait sans nul doute Droopy. Décontracté et évidemment désinvolte. Plus cool que cool.
S’il a connu le succès à l’aube des années 2010 avec la triplette Smoke Ring For My Halo/Wakin’On A Pretty Daze/B’lieve I’m Going Down, albums sur lesquels il convoquait les ombres de Neil Young, Bruce Springsteen et Tom Petty tout en ayant l’attitude des cadors 90s, Malkmus et Mascis en tête, il a évolué par la suite vers une sorte de mélange de mélancolie, où les rythmes, en boucles, sont rois et un parlé chanté plus proche du rap que d’un Lou Reed, par exemple.

Si le natif de Pennsylvanie raconte sa ville, ce n’en est pas pour autant une ode. Il s’agit ici de la relation qu’il entretient avec sa femme et ses deux filles, et des sacrifices liés aux tournées
Si le natif de Pennsylvanie raconte sa ville, ce n’en est pas pour autant une ode. Il s’agit ici de la relation qu’il entretient avec sa femme et ses deux filles, et des sacrifices liés aux tournées. Il le dit d’ailleurs dans la chanson éponyme : Philadelphia’s Been Good To Me, L.A. Was Good To Me When I Was Young, Baltimore Is Just Across The Way, une référence pour celui qui a pris l’habitude de démarrer ses tournées US dans la ville du Maryland.
Autre référence sur laquelle il semble insister, c’est que sa véritable drogue, bien au-delà de l’herbe consommée, c’est l’amour envers les trois femmes de sa vie. Pour lui, c’est le véritable graal, sa raison d’être ce qu’il est.
Le disque arpente des parois escarpées et sinueuses. Il essaye, très certainement ,des choses moins conventionnelles en terme sonore. Là où l’on retrouvait une ligne directrice évidente sur ses prédécesseurs, on est ici partagé entre le classicisme habituel et expérimentations plus désincarnées.
C’est peut-être son album le moins évident, ce n’est certainement pas son sommet, mais c’est un album qui s’apprivoise au fil des écoutes.
Je pense que vous devriez pouvoir vous débrouiller avec ça.

Kurt Vile · Philadelphia’s Been Good To Me
Verve Records – 29 mai 2026


