Chronique Musique

« Summer Solstice », le très bel exercice débranché de A-ha

a-ha
Écrit par Jism

Oui, je sais, on me l’a déjà dit lors de la chronique de Cast In Steel, pourquoi chroniquer A-Ha alors qu’ils vendent leurs disques par camions entiers ?

Peut-être parce que chez Addict-Culture on n’en a rien à foutre de savoir si tel ou tel vend plus qu’un autre et qu’ici, c’est essentiellement le coup de cœur qui prime. Le coup de cœur qui va nous faire chroniquer Squimaoto comme Queens Of The Stone Age par exemple.

Donc, oui, j’aime A-ha. Comme j’aime Dodheimsgard ou Minor Majority, pour rester dans le Norvégien. J’adore Analogue, Scoundrel Days également malgré leurs défauts et d’autres encore. Voilà, c’est un fait, maintenant, passons aux choses sérieuses. Les Norvégiens reviennent avec leur quatrième album live. Bon, vous me direz, un de plus, ça va leur permettre de mieux boucler leur fin de mois sans prendre de risques. Et aussi de sortir un best-of en loucedé, histoire de faire patienter les gogos entre deux vrais albums. Bref, c’est tout bénéf’ et ça ne leur demande pas d’efforts.

Pourtant leur Unplugged c’est tout ça sans l’être véritablement, la dimension cynique du projet telle que je l’ai présentée est probablement à exclure.
D’un parce que s’il s’agit d’un best-of, le trio va puiser dans ce cas dans les tréfonds de sa discographie pour remettre en lumière certains titres dont le souvenir était enfoui je ne sais où (Living A Boy Adventure’s Tale, This Alone Is Love et même Sox Of The Fox, titre composé par Magne et Paul pour leur premier groupe).
De deux, quel intérêt peut-il y avoir à réarranger complètement des chansons qui se suffisent à elle-même ? Comment peut-on faire des chansons « débranchées » quand la composante essentielle de leur musique repose sur l’électro (et la voix de Morten Harket) ?

Cet Unplugged répond assez brillamment à ces deux interrogations en remisant les claviers et autres arrangements cheaps au placard pour ne garder que le squelette des chansons et les orner de nouvelles parures. Et autant le dire, si ce n’est pas de la dentelle certifiée Left Banke, c’est déjà du très haut de gamme musical.
Une très belle section de cordes, un batteur plutôt en retrait qui assure le job, un pianiste (et accessoirement claveciniste et xylophoniste) et Paul et Magne qui vont redessiner, avec l’aide de l’arrangeur Lars Horntvet (collaboration qui ne fut pas évidente à première vue, le groupe ayant quelques réticences à voir ses chansons retravaillées si profondément) les chansons du trio pour les rendre non pas présentables mais somptueuses. Et avouons-le, le résultat est assez scotchant ; s’il manque par moment une dynamique (sur I’ve Been Losing You notamment), certaines chansons vous mettent fissa les poils au garde-à-vous (Stay On These Roads , Hunting High & Low), tandis que d’autres sont transfigurées (le minimal Take On Me, Forever Not Yours, Mahnattan Skyline).

Et puis, soyons lucides, les chansons de A-ha ne seraient pas ce qu’elles sont sans la contribution vocale de Morten Harket. Là, disons le objectivement, le terrain du Unplugged est un matériau idéal lui permettant de briller et se placer au dessus des guests avec une grande humilité. Parce que oui, j’avais légèrement omis ce détail, lors de ce concert, le groupe s’est permis d’inviter trois chanteu/r/ses. Alyson Moyet sur Summer Moved On, Ingrid Helene Havik sur The Sun Always Shine et enfin Ian McCulloch pour deux chansons (Scoundrel Days et The Killing Moon d’Echo & The Bunnymen). Au vue de l’organe vocal plutôt exceptionnel de Morten Harket, l’exercice aurait très bien pu virer à l’humiliation systématique mais la bienveillance dont fait preuve celui-ci à l’égard de ses invités en se mettant à leur niveau, tout en retenue (c’est particulièrement flagrant sur Scoundrel Days où l’humilité d’Harket se mêle à l’admiration qu’il semble vouer à McCulloch), est assez épatante. C’est d’autant plus évident/remarquable quand il s’approprie son répertoire seul, montrant l’impressionnante étendue de sa tessiture et ce avec une facilité déconcertante voire écœurante (Living A Boy Adventure’s Tale)

Maintenant, pour les cyniques un peu fainéants qui se diraient que A-ha, ce ne sont que trois musiciens avec un excellent plan de carrière et du vide à l’intérieur, je dirais que, si on prend un peu de recul sur cet Unplugged, pour un groupe d’une telle longévité, proposer un live avec deux reprises, deux nouvelles chansons et la réinterprétation acoustique d’une bonne partie de son répertoire (mêlant standards et compositions plus ou moins obscures tout en excluant Cast In Steel, dernier album en date), pour un groupe d’électro pop légère, c’est tout de même prendre un sacré risque que d’autres mastodontes des 80’s encore actifs n’ont jusque là pas pris (regards appuyés vers Depeche Mode entre autre). Et je rajouterais également que beaucoup de groupes se damneraient pour écrire du vide d’une telle qualité (suffit de jeter une oreille sur, au hasard, Lifelines, Over The Treetops, Forever Not Yours ou Memorial Beach pour comprendre à quel point les Norvégiens sont d’excellents mélodistes)

Bref, à l’écoute de cet Unplugged, on se dit que non seulement A-ha est un groupe qui, mélodiquement parlant, tient parfaitement la route (ce que démontre clairement cette réinterprétation acoustique) mais qu’en plus le trio fait preuve d’une certaine humilité qui est toute à son honneur. C’en est à un point tel qu’on en viendrait presque à remercier MTV de leur avoir proposé ce concert. Mais bon, ne poussons pas le bouchon trop loin non plus hein, déjà qu’Addict tresse des louanges à un boys band pour midinettes pré-ménopausées, manquerait plus maintenant que le site dise du bien de MTV…

MTV Unplugged- Summer Solstice est sorti le 09 octobre dernier chez We Love Music sous tous les formats possibles (sauf cassette) et dans toutes les grandes surfaces de France équipées d’un rayon disque.

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