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The Beatles – « Revolver » : les 50 ans d’un chef-d’oeuvre intemporel

[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]L[/mks_dropcap]e 05 août 1966, soit il y a à peine plus de cinquante ans, les Beatles sortaient un album qui fit date dans le monde de la Pop Musique. Revolver prit rendez-vous avec l’histoire en tant qu’élément clé, non seulement pour leur carrière à venir, mais aussi pour le mouvement psychédélique qui allait en découler. Non pas qu’ils aient inventé le genre, mais ils allaient grandement y contribuer.

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Si Rubber Soul était un disque sous influence de la marijuana, initiés qu’ils furent par Bob Dylan, Revolver était lui sous influence de l’acide. A propos de ces deux disques, George Harrison les considérait comme étant très complémentaires, le volume 1 et le volume 2. Les 2 faces d’une même pièce, en quelque sorte. C’est à partir de là que la période « Pop infantile » prit fin et que débuta leur apogée artistique.

Le LSD était entré dans leur giron, ils en firent une grande consommation. Leur perception de la musique en particulier et du monde en général en fut modifiée, il ne semblait plus y avoir de limites.

[mks_pullquote align= »left » width= »220″ size= »22″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]Ce qui est aujourd’hui la norme, était à l’époque une révolution.[/mks_pullquote]

Sur Tomorrow Never Knows, John Lennon s’inspirera d’ailleurs d’un texte de Timothy Leary, chantre du LSD, intitulé The Tibetan Book Of The Dead. L’époque était lysergique. Pour en finir avec l’acide, l’histoire veut que le premier à les avoir initié au LSD fut un dentiste appelé Robert Freymann (Doctor Roberts), qui officiait à New York. On raconte que ce dernier aurait offert à John Lennon et George Harrison une tasse de café dans laquelle ils plongèrent un sucre chargé de la drogue hallucinogène. Paul McCartney, lui, aurait été initié plus tard.

revolver-1C’est aussi à cette période que George Harrison s’intéressera à l’Inde, sa culture et sa philosophie. Il partira à Bombay pour y apprendre le sitar aux côtés de Ravi Shankar. Plus tard, il poussera plus loin l’expérience de méditation transcendantale avec le Maharashi Mahesh Yogi. Bien entendu, ces gens-là étaient très talentueux, et il serait sot de considérer que seule l’emprise de la drogue fut responsable de ce qui reste peut-être leur meilleur album.

En plus d’avoir écrit de grandes chansons, un jeune ingénieur du son de 19 ans, Geoff Emerick, se retrouva sur leur chemin. Faisant fi des techniciens du studio Abbey Road, il expérimenta des techniques entièrement nouvelles pour l’époque. Il commença par placer des micros sur les toms de la batterie de Ringo Starr, avec la conséquence d’avoir un son amplifié plus sec et dynamique. Il mit aussi une couverture dans sa grosse caisse, et il l’équipa aussi d’un micro. Résultat : un son plus grave et plus puissant. Même chose avec l’ampli de basse de Paul McCartney, ce qui donnera un son plus lourd. Ce qui est aujourd’hui la norme, était à l’époque une révolution. Par ailleurs, la notoriété du groupe était telle qu’à l’époque, ils pouvaient disposer des Studio d’Abbey Road sans contrainte d’horaires. Ils étaient chez eux et pouvaient utiliser tout le matériel qu’ils souhaitaient.

Contrairement aux idées reçues, c’est McCartney qui s’intéressait aux musiques d’avant-garde. Rappelons que pour l’album Sgt Pepper, il proposera un collage similaire au Revolution 9 de Lennon sur le White Album que celui-ci refusera catégoriquement.

revolver4Enfin, le groupe prit la décision, en cours d’enregistrement, d’arrêter les concerts. Plusieurs facteurs entrèrent en compte pour cette décision lourde de conséquence. D’une part, on ne les entendait pas jouer, couverts qu’ils étaient par les cris des fans hystériques et d’autre part les arrangements devenaient bien trop complexes pour être reproduits sur scène. Revolver, notamment, devenait tout simplement impossible à reproduire en live. Par ailleurs, ils ont tellement tourné, avant et après leur célébrité, qu’ils sont littéralement épuisés. Il fût donc décidé, dès les premières sessions d’enregistrement, de terminer la tournée en cours, et de mettre fin aux concerts ensuite. Le dernier concert sera donc donné quelques semaines plus tard.

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[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]C[/mks_dropcap]omme souvent, chez les Fab Four, rien ne se perd, rien ne se créé et tout se transforme. Les chansons sont enregistrées au fur et à mesure qu’elles sortent du chapeau des têtes pensantes et à ce jeu là, c’est Lennon qui dégainera le premier.

L’histoire de l’enregistrement de Revolver commence par une mauvaise manipulation de Lennon, chez lui, alors qu’il jouait avec un enregistreur lors de la confection d’une chanson prévue pour devenir une face B, intitulée Rain. Il rembobina la bande tout en enregistrant le résultat, ce qui donna les sons reproduits à l’envers. Les quatre Beatles aimèrent tellement le résultat que désormais, tout ou presque serait testé à l’envers en studio.

Le premier titre à être travaillé pour l’album fût Tomorrow Never Knows. Paul avait passé la nuit à manipuler des bandes, les coller, les assembler. En soit, cela n’avait rien de nouveau, de nombreux artistes avant-gardistes avaient déjà fait ce genre d’expérimentations mais dans le monde de la pop, c’était une véritable innovation. McCartney revint le lendemain avec un sac complet de bandes trafiquées qui servirent, notamment, à créer ce son de mouettes que l’on entend sur le morceau. De plus, tous les magnétophones des studios furent réquisitionnés pour les mettre en dérivation, créant ainsi une superposition plutôt réussie. Enfin, Lennon souhaitait une voix qui sonnerait « de loin comme le Dalaï Lama au sommet d’une montagne ». Mais n’y connaissant rien à la technique, et ne s’y intéressant pas du tout, c’est à l’ingénieur du son que revint la charge de trouver la solution, qui eut l’idée de faire passer la voix par un Leslie, ce qui à l’époque, n’était pas autorisé… Mais les Beatles pouvaient se permettre ce qu’aucun autre groupe n’aurait pu faire.

Les expérimentations d’enregistrement pour cet album furent nombreuses, bien plus que pour n’importe quel autre album des Beatles. Pour la première fois, aucune chanson n’avait état répétée à l’avance et toute ont été créées littéralement en studio. Comme pour chaque album, Ringo eut le droit à sa chanson, Yellow Submarine, et c’est Paul qui se colla à la composition. Exceptionnellement, Georges Martin, malade, n’assista pas à l’enregistrement. Heureusement car il n’aurait jamais permis toutes les expérimentations qui allèrent autour. Lors de l’enregistrement de la voix de Ringo, la bande fût ralentie pour coller à la tonalité du batteur. C’est Lennon qui eût l’idée, pour « muscler » un peu la chanson d’ajouter les « réponses » sur le dernier couplet. Pour le moment festif de la chanson, de nombreux amis des Beatles furent conviés à participer au simulacre de fiesta qui dégénéra rapidement suite à la prise de substances plus ou moins illicites. On peut y entendre entre autres Mick Jagger, Marianne Faithfull, Brian Jones ou Patty, la compagne d’Harrison. Tous les instruments à portée de mains furent utilisés pour les bruits d’ambiance. Les bruits « nautiques » proviennent d’une paille dans laquelle Lennon souffla dans un verre d’eau. Il voulut même chanter la tête plongée dans l’eau. Un micro fût même précieusement emballé et plongé dans le liquide, mais le résultat, peu probant, ne fût pas retenu. Les autres effets « nautiques » ont, quant à eux, ont été pêchés dans la bibliothèque sonore des studios. Quant aux cuivres, ils devaient être « samplés » d’une fanfare, mais pour des raisons de droits, la bande fût découpée, et assemblée au hasard. Le résultat fut étonnamment cohérent, pour un montage aléatoire.

I’m Only Sleeping, composée par Lennon posa problème quant au solo que Harrison n’arrivait pas à exécuter. Il fût décidé d’en garder les meilleurs passages, de les monter, et de les passer à l’envers, ce qui résolvait le problème de mise en place.

[mks_pullquote align= »right » width= »220″ size= »22″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]Contrairement aux idées reçues, le plus réfractaires aux compositions d’Harrison était Georges Martin qui ne voyait aucun potentiel commercial en ses chansons.[/mks_pullquote]

Il est de notoriété publique que le moins écouté des Beatles était George, le plus timide et sans doute le moins bon compositeur. Pour autant, il fût le premier à s’intéresser à la musique indienne. Love To You fût entièrement jouée par l’Asian Society. Devant le scepticisme des deux autres comparses qui, à l’époque, s’entendaient encore comme larrons en foire, il insista lourdement et un tel morceau n’ayant jamais été incorporé dans un disque pop, ils décidèrent d’accepter, ce qui posera problème lorsqu’il réitéra l’opération pour Sgt Pepper. Les micros furent placés au plus près des instruments, ce qui ne se faisait pas à l’époque, et ce qui donna un son relativement agressif qui finit par convaincre les autres membres du groupe. Il est à noter que pour la première fois, Harrison parvint à placer trois compositions à lui sur un album des Beatles, une première.

revolver-2Contrairement aux idées reçues, le plus réfractaires aux compositions d’Harrison était Georges Martin qui ne voyait aucun potentiel commercial en ses chansons. Taxman fût l’exception car c’est Martin qui imposa de la placer en ouverture de l’album. A l’époque, George avait quelques problèmes avec le fisc et décida d’en faire une chanson particulièrement virulente. Pourtant, une fois de plus, il ne parvint pas à jouer le solo qu’il avait lui-même composé, la bande fût donc passée à une vitesse inférieure, lui permettant ainsi de placer toutes les notes, refusant que McCartney s’en charge. Malgré tout, il n’y parvint pas et Georges Martin trancha et finit par persuader Harrison de laisser sa place à McCartney à son plus grand désarroi. Par ailleurs, ils firent gonfler le son de la basse, la faisant groover comme rarement sur un disque des Beatles, McCartney étant, à l’époque, très influencé par la musique Soul Américaine.

Eleanor Rigby fût composée à la guitare sèche, mais Martin décida qu’un quatuor était plus adapté. Paul n’était pas d’accord, mais se laissa finalement séduire à la seule condition que celui-ci sonne avec beaucoup de mordant. Les micros furent donc pratiquement collés aux instruments, leur donnant une attaque rare pour des instruments à cordes. Les musiciens qui enregistrèrent le morceau refusèrent dans un premier temps car ce n’était pas une méthode orthodoxe, mais devant la pression, ils furent contraints de céder. Paul y évoque, notamment, son enfance, et « Father McKenzie » devait en réalité être « Father McCartney », comme initialement écrit par Paul. Malgré l’insistance de Lennon, McCartney refusa d’y laisser son nom.

Les cuivres de Got To Get You Into My Life furent enregistrés dans les mêmes conditions, les micros placés encore une fois au plus près des instruments, ce qui déplut également aux musiciens. reolver-3La prise n’ayant pas assez de mordant pour le groupe, et les musiciens étant payés pour une seule session, il fût impossible de les faire rejouer. La décision fût alors prise de ralentir légèrement la bande et de doubler cette même prise afin d’en accentuer l’effet de profondeur. Lors de la prise de voix, Paul s’arracha littéralement les cordes vocales, Lennon hurlant au travers de la cabine, l’encourageant ainsi à donner encore plus de la voix, preuve qu’à l’époque, l’intérêt du groupe et la qualité des chansons primaient sur les personnalités.

For No One connût également quelques déboires car le musicien engagé ne parvenait pas à atteindre la note souhaitée par le groupe. Georges Martin essaya d’expliquer aux membres du groupe qu’on ne pouvait pas demander plus à ce musicien qui semblait pourtant avoir tout donné. Ce « premier trompette » du BBC Symphony Orchestra s’offusqua de cette remarque désobligeante, estimant que les Beatles n’y connaissaient rien, ce qui, en soi, était plus ou moins vrai. Il finit, après plusieurs essais à obtenir la note souhaitée par McCartney, particulièrement réputé pour son obstination, ce qui, à l’avenir, finirait par mener à des tensions fatales au groupe.

https://www.youtube.com/watch?v=SuvMcoZVYUM

Here, There And Everywhere demanda quant à elle trois jours de travail, ce qui, à l’époque, était considérable. La ligne de basse posa problème face aux harmonies vocales complexes mises en place par les Fab Four.

Doctor Robert ne connût pas de manipulations particulières en studio, mais le texte fût l’objet d’une légère polémique. En effet, le fameux Docteur Robert était bien connu du monde artistique pour être un fournisseur de pilules magiques qui commençaient à faire fureur à l’époque. Il n’était pas vraiment dealer, mais fournissait malgré tout ce qu’on n’allait pas tarder à connaître sous l’appellation LSD. Il fournirait les plus grands noms tels que Jagger et autres têtes de gondole et initia, comme expliqué plus haut, les Beatles, à leur insu, aux joies hallucinatoires.

A la fin des sessions, l’album fût jugé trop court, et She Said, She Said fût bouclée en neuf heures, sans aucun re-recordings ou presque.

[mks_pullquote align= »left » width= »220″ size= »22″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]Ce disque est un tour de force, dans le monde de la pop, et les détails comptent alors autant que les compositions.[/mks_pullquote]

[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]P[/mks_dropcap]our la première fois, les quatre membres du groupe s’intéressèrent au mixage de l’album, mais sans véritablement y prendre part. Du moins pas encore. Le duo Lennon/McCartney s’inquiétait surtout de savoir si les effets imaginés lors des enregistrements rendraient comme ils le souhaitaient. Seule chose certaine, ils détestaient, Lennon en particulier, le mixage stéréo. A l’écoute cette aversion pour le stéréo leur donne tout à fait raison puisque c’est probablement l’album qui sonne le mieux en mix Mono. La simple comparaison des deux versions de Taxman suffit à s’en persuader.

Ce disque est un tour de force, dans le monde de la pop, et les détails comptent alors autant que les compositions. Revolver est le résultat d’un travail en studio sans précédent et annonce le travail des Fab Four pour les deux années à venir. Sgt Pepper et Magical Mystery Tour bénéficieront du même travail en studio, amenant certains membres à s’ennuyer durant les sessions d’enregistrements (Ringo apprendra la maîtrise des échecs en studio pendant que ses camarades s’amusent comme des fous), et à terme faisant entrer l’ennui au sein du studio.

revolver5Pour l’heure, les quatre garçons sont dans un état d’euphorie en découvrant toutes les possibilités des studios que l’on leur sert sur un plateau. Mais Revolver ne s’arrête pas au contenu. En effet, la révolution se joue également sur la pochette. Elle fut réalisée par Klaus Voormann, musicien et graphiste Free-Lance rencontré lors des années de formation à Hambourg. L’idée graphique de départ fut basée sur la chanson Tomorrow Never Knows, qui fut pour Voormann le point culminant de l’album. Les quatre visages ont été dessinés à main levée à l’encre de chine, de mémoire. Il lui aura fallu plus ou moins trois semaines de travail pour la réaliser, travail pour lequel il aura été payé entre 40 et 50 livres sterling par EMI.

Et pour en terminer avec une dernière anecdote, la partie de basse de Paul McCartney sur Taxman aura dû fortement influencer le jeune Paul Weller. Celui-ci en fera la base de Start!, single de The Jam qui apparait sur l’album Sound Affects et qui rencontra un joli succès en 1980. Le single fut publié le 11 Août 1980, soit à 6 jours près, 14 ans après la sortie de Revolver.

https://www.youtube.com/watch?v=fdSqpT6gfDU

Esther & Davcom
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