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The Dø le fait.

ShakeShookShaken-The_Do

Quand notre rédactrice en chef adorée nous a annoncé non sans un certain enthousiasme que The Dø sortait un nouvel album, je vous avoue sans ambages ni fioritures, droit dans les yeux, de vous à moi, que ça m’a touché autant que l’annonce d’un nouvel album de Patrick Fiori.

Pour moi, The Dø, c’était ce groupe qui avait sorti On My Shoulders, une chanson qui avait eu son petit succès à l’époque. Soyons clairs : On ne pouvait pas utiliser un ascenseur sans entendre cette ritournelle, pas aller dans un quelconque supermarché sans avoir dans l’oreille cette voix suraigüe qui chantait ses problèmes de pellicules (je ne voyais pas ce qu’elle pouvait avoir d’autre sur ses épaules, j’avoue). Au point que ça en devenait agaçant. J’ai beau admirer Tori Amos et Kate Bush, il y avait dans les fréquences de cette voix quelque chose qui mettait mes nerfs en pelote et mes tympans en « mode alerte rouge, otite en vue ».

Je laissais donc couler sur moi cette annonce d’un nouvel album.

Puis au détour d’une compilation réalisée par un journal par lequel la corruption ne passerait pas, j’accrochais sur un titre. Keep Your Lips Sealed. Une voix en sourdine prenant du volume. Un rythme martial. Un crescendo. Puis soudain les cuivres qui arrivent, puissants. Puis un couplet sautillant. Et encore ce refrain. Des synthés pour soutenir le tout. Je ne suis pas un fanatique du name-dropping, mais je ne peux pas m’empêcher d’y voir une certaine similitude dans les rythmes, avec le Bavarian #1 (Say You Will) de Miike Snow (promis, après, je ne ferai plus qu’une seule comparaison).

En un mot : Accrocheur ? Non, exaltant.

Je me précipitais donc sur la pochette de la compilation pour découvrir, non sans stupéfaction, que les auteurs de cette merveille étaient The Dø. Après la stupéfaction, l’effroi. Et la honte d’avoir été incapable de faire confiance à notre cheffe à tous.

Lorsqu’elle nous proposa donc de chroniquer l’album du groupe à venir, Shake Shook Shaken, je me portai volontaire pour écouter le disque, puis pour le chroniquer, parce que je suis d’une mauvaise foi inébranlable, mais il ne faut pas non plus pousser mémé dans les orties depuis l’hélicoptère : Ce titre donnait envie d’en écouter plus.

Au final, ce premier extrait entendu inaugure l’album, et il n’y augure que du bon.

Je ne connais rien de la carrière du duo, si ce n’est ce hit d’il y a quelques années. Si je me réfère toujours à ce morceau, The Dø était un groupe aux sonorités somme toute assez classiques. Guitares, basse, batterie quelques cordes et c’était plié. Et cette voix minaudant dans un spectre fréquentiel à faire hurler à la mort des hordes de chiens errants.

Sur cet album, de son propre aveu, le groupe a voulu changer sa formule, n’utiliser que des instruments synthétiques pour ses nouvelles compositions et aller vers des sonorités plus expérimentales. Si la révolution dans les sonorités est bien au rendez-vous, l’expérimentation, elle, n’est pas évidente. On reste dans un format pop, avec des hymnes et toujours des ritournelles. Les titres qui se veulent directs sont même parfois trop courts et laissent avec un goût de reviens-y (ce qui, je vous le concède, et mieux qu’une sensation de gavage).

Pour ce qui est de la voix, la chanteuse s’essaie encore parfois aux ultrasons. Mais elle fait surtout preuve d’une faculté à faire varier ses intonations et ses hauteurs de voix, allant du chant du rossignol au chant plus profond. Sur Despairs, Hangover & Ecstasy, on a même l’impression d’entendre Eliot Sumner (la fille de Sting qui se faisait appeler I Blame Coco. Bon voila, on cite des références, et personne ne connait, c’est malin ! Elle reviendra bientôt sur le devant de la scène, je me ferai alors un plaisir de vous en parler).

Pour ce qui est des paroles, j’avoue ne pas être bilingue et ne pas avoir les textes sous les yeux. Olivia Merilahti, chanteuse et auteure du groupe, déclare écrire des « poèmes plus ou moins surréalistes ». Le jeu de sonorités sur le titre Anita No ! (« Anita, I need to know ») semble aller dans ce sens.

Au final, et ça semble logique, les préjugés ont la vie dure. Si leur premier succès m’agaçait, leur nouvel album me ravit. Le groupe réussit à se renouveler et à proposer des compositions sortant de leur spectre de confort. Ils se sont secoués. C’est une véritable réussite.

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