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Chroniques MusiqueMusique

It’s Everly Time

Eric Aussudre
Par
Eric Aussudre
Publié le 7 juin 2015
5 min de lecture

carolina on my mind.jpeg

Le début des années 1960, pour les pionniers du Rock’n’Roll, fut une véritable hécatombe. Buddy et Eddy étaient six pieds sous terre, Chuck derrière les barreaux,  Richard avait vu la vierge, Jerry Lee rasait les murs et même le King, s’il était encore vivant, avait perdu de sa superbe. Avec leur contrat tout neuf d’un million de dollars (une paille pour l’époque !) pour dix ans, les frangins Everly faisaient figure de miraculés. Sur la foi de quelques singles incandescents, la branche musique de Warner en pleine panade avait joué son va-tout sur ces deux jeunes blanc-becs prometteurs. Deux années durant, les pontes de la Warner en auront pour leur argent et les Everly Brothers se feront une joie de gravir comme des cabris les charts américains (qu’il me suffise de citer ici Cathy’s Clown, Walk Right Back ou Crying in The Rain).

Les choses se gâtèrent au tournant de l’année 1963. Une sotte querelle de droits avec leur éditeur Wesley Rose, l’alcoolisme croissant de Don (entre autres addictions), les querelles grandissantes au sein de la fratrie (« We only ever had one argument. It’s been lasting for 25 years« , Phil Everly, 1970) mirent à mal leur statut d’icônes rassurantes. 6 mois d’absence pour cause de service militaire et la cause était entendue : les Everly Brothers ne seraient plus que des seconds couteaux condamnés à voir les 4 de Liverpool ou Simon & Garfunkel engranger les fruits semés par eux.

Comme les Beach Boys, mais avec dix ans d’avance, les Everly se virent contraints par leur maison de disque à jouer la carte de la nostalgie plutôt que celle de l’innovation (le premier best of Warner, The Golden Hits of The Everly Brothers étant disponible dès 1962). Et pourtant, entre 1963 et 1968, les Kentucky Boys multiplièrent les singles épatants (Gone, Gone, Gone, The Price of Love, T for Texas, etc. etc.), les albums foisonnants et surprenants  (échappant à la routine en sillonnant tout à tour la country, la pop British et même le psychédélisme sur The Everly Brothers Sing). Mais rien n’y fit, les ventes n’y étaient plus et Warner voyait l’échéance du contrat s’achever sans chagrin superflux. Après l’échec de Roots (pourtant un audacieux (sans doute trop) concept album qui les voyaient faire le grand écart entre les accents hillbilly de Sing Me Back Home et les guitares saturées de la reprise d’ I Wonder if I Care as Much), la messe était dite.

Sentant venir la fin, tout autre groupe que ces géants aurait laissé tomber l’affaire et se serait acquitté de leur contrat avec une poignée de singles médiocres. Mais, étrangers par nature à toute médiocrité, les frangins ne laissèrent pas passer l’occasion de marquer leur territoire pour la toute dernière fois chez Warner. Et ce, dans le manque de promotion le plus complet. L’espace de 5 ultimes singles (entre It’s my Time et Carolina on my mind), les Brothers démontrèrent, malgré les affres de l’insuccès et une direction artistique quelque peu incertaine, un talent intact.

Autant dire malgré tout que pas un de ces 45 tours ne fit les beaux jours d’une génération plus prompte à se vautrer dans la boue qu’à reconnaître le génie d’une fratrie à la ramasse (du moins en terme de crédibilité). Et pourtant, comment ne pas s’extasier devant la lenteur de Lord of The Manor (face B de Milk Train) et ses fantômes psychédéliques, comment ne pas se pincer  devant les accords miraculeux et la beauté céleste de Empty Boxes (face B d’ It’s My Time) et enfin comment ne pas tomber à genoux, les bras en croix devant la sautillante désolation de My Little Yellow Bird (face B de Carolina on My Mind), chef d’œuvre de minimalisme que seul Will Oldham honorera à sa juste valeur.

Etiquettesalbumalbum 2015articlechroniqueconcertcritiqueinterviewLivemusicmusiquenewsnouvel albumsinglesingle 1968The Everly Brothers
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