Littérature Francophone

« Une vie cachée » : une autofiction sur les traces de la famille de Thierry Hesse

Livre de l’interrogation, livre familial, livre sur la ville de naissance de l’auteur et sur l’Histoire, Une vie cachée de Thierry Hesse est un peu tout cela à la fois.
Sorte d’autofiction où l’auteur, à travers la vie de son grand-père, se raconte également. Sa propre vie, celle de son grand-père donc, celle de sa ville, Metz.
On pourrait penser à Emmanuel Carrère mais Thierry Hesse ne raconte en aucun cas une dépression. Il examine des faits, les analyse, les compare aux grands écrivains qui l’ont marqué : Tolstoï, Kafka ou encore Claude Simon auquel il consacre de magnifiques pages à propos de sa recherche de son père, mort sur le front de la Guerre 14-18. Claude Simon écrira sur ce père, sur sa recherche avec sa mère, sur les champs de ruine laissés par la folie des hommes. Et Hesse, de se rapprocher de son modèle littéraire en partant lui aussi sur les traces, non pas d’un père mais d’un grand-père. Je le redis, ces pages-là touchent au sublime. Il y a, en filigrane, des mots sur la filiation qui nous oblige à cesser notre lecture pour nous interroger, peut-être aussi pour pleurer pour certains d’entre nous, touchés par ce thème.

… c’est curieux, il n’a jamais fait d’enfant. En tout cas, aucun qu’il ait officiellement reconnu, qui porterait son nom. Ça ne te surprend pas ?
S’il n’a pas fait d’enfant, n’est-ce pas pour être éternellement un fils ?

Thierry Hesse

Une vie cachée est surtout un livre de recherche. Un grand-père donc que l’auteur a connu mais peu et à propos duquel il s’interroge. Quelle vie pour ce grand-père connu sous le nom de Franz qui aura vécu en tant qu’Allemand puis Français. Qui aura traversé la Première Guerre Mondiale et qui sur la fin de sa vie gardera, pendant toute une année, son petit-fils tous les jeudis. De cela Hesse se souvient avec une grande émotion qu’il sait parfaitement nous faire vivre.

Comme les vieillesses qui s’écoulent éloignées des regards n’intéressent pas grand monde, il y a certainement peu à dire au sujet de « Franz Etgen ». Pour des anonymes tels que lui, le temps a tout sabré : ce qui, de son vivant, faisait battre le cœur, enthousiasmait ses sens, animait son esprit, n’a plus de réalité pour personne, et alors qu’il est mort depuis longtemps maintenant, qu’est)ce qui justifierait qu’on le ressuscite ? Rien.

Thierry Hesse


Une vie cachée, c’est environ 180 pages de grande littérature, Thierry Hesse nous conte dans une très belle langue une histoire qui lui tient à cœur. Partir à la recherche de ce grand-père, reconstituer sa vie, le comprendre et donc comprendre son propre père, son frère, sa famille.

Ici, sur la butte, avec la pluie qui redouble de violence, les bruits finissent par se confondre. Les bruits de la terre comme ceux du ciel noirâtre, le bruit des voitures qui traversent le village rebâti tout en bas, celui du vent furieux à travers les feuillages, des vivants et des morts. Les corneilles, elles, maintenant se sont tues.
Thierry Hesse

On ressort de la lecture ébloui par l’écriture de l’auteur, par des phrases fulgurantes que nous relisons plusieurs fois pour mieux nous les approprier.

Pour la rentrée littéraire voilà un très beau livre qui à travers la mort et les difficultés laisse entrevoir une petite lumière d’espoir.


 

Une vie cachée  de Thierry Hesse

 

Éditions de l’Olivier,  26 août 2021

 

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Thierry Hesse


Image bandeau : Cathédrale de Metz -1916 / George Eastman Museum/ Domaine Public

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