Chroniques Musique

Vital, album intense de Big Brave

Previously on Big Brave :
En 2015, nous avions laissé les Canadiens Robin Wattie (chant/guitare), Mathieu Ball (guitares/chant) et Louis Alexandre Beauregard (fûts) dans l’Au Dela pour un premier album, sur un label officiel, très très réussi. En 2017, nous les retrouvions en compagnie du Godspeedien Efrick pour un Ardor intense à combustion lente. En 2019, après s’être séparé de Beauregard et avoir recruté Loel Campbell, le trio sort A Gaze Among Them, creusant inlassablement le même sillon en compagnie de Thierry Amar, autre membre éminent de Godspeed et du producteur Seth Manchester.

Pour cette nouvelle saison, nouveau changement de personnel aux fûts (Tasy Hudson, qui fait suite à la défection de Campbell lors de la tournée de A Gaze) mais stabilité quant au producteur. De cette stabilité naît une confiance, certains automatismes mais surtout une envie d’explorer plus avant chaque recoin de leur musique et d’aller au-delà de leurs limites, amenant ainsi le trio à une intensité jamais atteinte jusque là. Pour ce faire, les Canadiens vont rigidifier leur propos via une production d’une rare sécheresse, dans laquelle tout semble millimétré, au cordeau, encadrant une fureur, une violence qui  vous explose à la figure par giclées.

Big Brave

Autant sur les précédents albums, cette violence prenait l’apparence d’une coulée de lave, submergeant graduellement l’auditeur jusqu’à l’asphyxie. Autant sur Vital, elle distribue les pains et ce grâce au travail remarquable de Tasy Hudson, impressionnante de rigueur, appliquant les règles édictées par Doug Sharin, batteur de Codeine sur The White Birch, à savoir frappe sèche, précise, violente tout en sachant laisser la place aux silences. Et de fait, Vital est une lutte sans répit entre le silence et les bouffées de violence. Une lutte impitoyable, tendue, rendant coup pour coup dans les premiers temps puis basculant au profit du silence, en milieu d’album, au moment où les fûts se taisent pour laisser bourdonner les guitares. Dès lors, il se permet des audaces folles, allant jusqu’à dicter son rythme (faire une césure de près de 10 secondes sur Of This Ilk, s’imposer sur plusieurs minutes sur Vital), s’immiscer dans ce mur de guitares pour le faire taire et lui soustraire ainsi le chant de Wattie, bien plus incarné sur Vital que les précédents albums. Il apparaît plus brut, rêche, en somme vivant, tout en étant plus nuancé, s’éloignant de l’emprise de Kazu pour trouver sa propre voie.
Il s’en dégage ainsi une sensation d’authenticité, appuyée en cela par les thématiques développées, sur la recherche identitaire, l’acceptation (ou non) de soi, la pression sociale, orientant nos conduites, nos choix.

Tous ces éléments s’imbriquent les uns aux autres et font de Vital, le disque le plus abouti de Big Brave jusque là, formant un mille-feuilles où les strates sonores s’effritent au fur et à mesure de l’écoute pour laisser place à un silence assourdissant, tendu à l’extrême. C’est justement cet effritement qui le rend passionnant, impressionnant. Car vous le visualisez, le ressentez voire subissez cette tension qui en découle, cet espèce d’élan vital, d’instinct qui fait en sorte que vous vous raccrochiez coûte que coûte à lui, au delà du raisonnable même, jusqu’à être, au final, rattrapé, enseveli et ce malgré les multiples déflagrations sonores subies.

En somme, Vital, dans sa démarche, impose de plus en plus Big Brave comme un équivalent drone/sludge de Low première période. Comme les Mormons de Duluth, les Canadiens semblent à chaque fois faire le même disque, utiliser les mêmes recettes mais, toujours comme Low, parviennent à un résultat différent et souvent remarquable en jouant sur l’antagonisme bruit/silence, expérimentation/accessibilité pour créer une tension permanente qui, en bout de course, captera, comme toujours, l’attention de l’auditeur. Ça semble être peu de choses mais parvenir à se recréer en tirant le plus possible sur une corde sans se répéter est une démarche qui est l’apanage des grands groupes. Dont Big Brave semble vouloir faire parti.


Vital – Big Brave

Southern Lord Records – 23 avril 2021

 

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Image bandeau : Matthieu Ball

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