Cinéma

While we’re young de Noah Baumbach : marris et fans.

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Après le frais et revigorant Frances Ha, Noah Baumbach accentue sa réflexion sur la jeunesse et ce qu’on emmène d’elle lorsque l’âge avance. Plutôt que de jouer sur la période trouble de la transition, c’est par l’opposition apparente entre deux générations, ceux dans leur vingtaine et leurs aînés ayant presque le double qu’il joue sur les codes, les aspirations et les renoncements propres à chaque catégorie.

Proche de Woody Allen mais plus connecté à son époque, l’univers hipster new-yorkais est restitué avec brio. Toute la première partie du film qui voit cette collusion entre les deux couples est aussi amusante qu’authentique, et l’on s’attache rapidement aux personnages, surtout le tandem des aînés, dans la mesure où la satire ne fait jamais dans le vitriol et l’humour dans le potache. Ben Stiller est un habitué de l’univers du cinéaste, et on se réjouit d’y voir invitée Naomi Watts, de plus en plus convaincante dans ces rôles où elle joue de son âge et ne craint pas le ridicule, à l’image de sa composition d’une prostituée low cost dans le récent St Vincent. C’est avec une vraie tendresse que Baumbach contemple ses personnages, et si les situations décrites sont loin d’être innovantes, le regard est pertinent et l’efficacité humoristique réelle, que l’on pense à l’autre couple évoquant sa parentalité (mention spéciale pour la scène du concert pour enfants) ou les happenings stupides d’une jeunesse dont la rébellion consiste à se déconnecter, élever sa poule dans le salon ou jouer à des jeux de plateau.

Tout cela ne raconte pas une histoire, se dira le spectateur, et c’est probablement la réflexion que s’est faite le réalisateur lui-même, ouvrant la voie à la principale faiblesse du film. En faisant de Stiller et de son jeune ami Adam Driver des documentaristes en galère, Baumbach échafaude une trame narrative assez grossière où l’amitié soudaine de l’apprenti pour l’ainé pourrait être intéressée, où le dilettante pourrait se révéler un ambitieux cachant bien son jeu. La réflexion sur le documentaire, son rapport au réel et sa facticité, n’est finalement qu’un prétexte. Du point de vue de la dynamique du film, c’est assez superflu et fait converger le film vers des séquences convenues et décevantes au vu de ce qu’il annonçait au départ. Sur le plan moral, on évite néanmoins la catastrophe parce que la vision manichéenne est soigneusement éludée, mais il n’empêche qu’on pouvait souhaiter que le film s’en tienne à cette atmosphère savamment restituée, ce portrait de mélancoliques encore un peu flamboyants et cette satire bienveillante sur la société et ses codes. Le jeu des acteurs et le sens du rythme (bien moins inventif que dans Frances Ha, dont tout le charme résidait dans cette gestion de la temporalité trouble de son héroïne) étaient suffisamment substantiels pour que ne se perde pas dans les détours d’épaisses ficelles, au risque de plomber quelque peu cette jolie comédie.

 

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