Musique

_Xantastic Darren Cross

Écrit par Jism

Partons d’un postulat très simple : vous n’êtes ni Australien, ni de la génération des 90’s appréciant la Dance, et vous n’êtes pas fan de comics. À partir de là, il y a de fortes chances que vous n’ayez jamais entendu parler de Darren Cross, ex-leader de Gerling, groupe électro australien lorgnant vers Underworld, Rapture ou encore Primal Scream, précurseurs de groupes comme Shaka-Ponk. Est-ce un drame ? En soi, non. Le groupe n’ayant pas laissé un grand souvenir avec Bad Blood, dernier album datant de 2003. Maintenant, il serait dommage que vous passiez à côté de _Xantastic, son premier album en treize ans, parce que le fossé qui le sépare de Bad Blood s’apparente plus à la faille de San Andreas qu’autre chose.

En 2017, l’Australien a abandonné toute velléité punk ou dance, pour se tourner vers une folktronica bricolée avec trois bouts de ficelle et énormément de talent, pour un résultat vraiment très bon. Néanmoins, ne nous méprenons pas : réduire _Xantastic à la seule folktronica serait injuste : disons que le champ musical exploré sur cet album va au-delà de ce seul genre, au point que Cross parvient sans problème à pratiquer une sorte de grand écart musico-facial en toute simplicité.

Pour résumer, _Xantastic oscille constamment entre deux pôles : le folk et l’électro. Vous vous direz, au vu du pedigree du gars, le folk ne doit pas être vraiment son rayon, donc peu de chances qu’il y excelle. Détrompez-vous, car du côté du folk, si vous n’avez pas jeté une oreille à ses précédents EPs, c’est relativement simple : vous avez le choix entre le sublime (When The Chills Are Coming, première chanson, vous colle une droite directe), et l’excellent (les ballades mélancoliques et poignantes que sont And The New York Rain Came Down déjà présente sur No Damage, son second EP, et Louisiana), Neil Young ou encore John Vanderslice.

Pour l’électro, c’est un peu plus compliqué, ou pas. L’hédonisme des 90’s n’est plus qu’un souvenir lointain et laisse place à une électro angoissée, à 10bpms, regard dans le miroir (du côté de Colin Newman ou encore Tubeway Army sur New Angels). Par moments, un sursaut, une tentative d’accélérer le mouvement (le très new wave, un peu Denim et excellent Highway Lights), mais la voix fatiguée, lasse, de Cross contrecarre tout essai, plombe le morceau et lui maintient la tête sous l’eau. D’autres fois, il tente et réussit une greffe entre le folk et l’électro, entre humanisme et désincarnation. Pour preuve, le robotique et terriblement mélancolique Time Destroys The Innocence, évoquant des Chromatics en pleine crise lo-fi complètement déprimés, et sur lesquels l’humain, après une âpre bataille, finit par prendre le dessus.

En revanche, quand il se frotte à d’autres genres, tente d’autres hybrides, le résultat est en demi-teinte : la greffe entre country et pop qu’est Just Got Along pourrait être une réussite totale, si le refrain (ces lalala lalalo lalili qu’on verrait bien scander dans des stades en délire) ne venait pas contrecarrer la finesse des arrangements (cette pédale steel omniprésente sur une pop rayonnante, comme si Barzin avait ravalé ses larmes et se laissait aller au bonheur), ou pire encore, quand il tente de fusionner le jazz et le rock sur Never Again Again, en voulant instaurer une tension qui ne mène nulle part, et en y incrustant des nanana nana nana na assez horripilants.

Mais la suite, ainsi que ce qui précède, permet de relativiser le propos : le gars a du génie et l’enchaînement Metalbird/High Mum le montre clairement. La prise de risque s’avère payante (chant a capella à travers un téléphone enchaînant sur du dark ambient), et démontre que Cross n’est pas seulement bon pour aligner les couplets/refrains d’usage, faire un folk beau et classique, mais qu’il excelle également dans le fait de s’approprier et habiter les silences.

Et pour terminer, il a un autre atout non négligeable, qui était minimisé quand il était leader de Gerling : sa voix. Qu’elle soit noyée sous des réverbs, nue comme un ver, piétinée par la prise de son d’un téléphone, ou qu’il fasse le crooner fatigué sur Highway, partout cette voix est mise en avant et fait des étincelles.

À vrai dire, _Xantastic se présente un peu comme une carte de visite dans laquelle Darren Cross semble faire table rase de son passé, et montre toute l’étendue de son talent. Le gars a un appétit d’ogre, voudrait tout digérer, de la pop au folk, de l’électro à la country, et de ce fait ne réussit pas tout ce qu’il entreprend.

Mais il y a dans _Xantastic une véritable promesse, un talent tel, que l’on espère qu’une fois fixé, l’Australien saura se faire l’adepte du « Less Is More », et livrer des albums passionnants.

Pour cela, il faudra seulement attendre la prochaine livraison.

Dispo en vinyle  le 13 janvier chez Rockers Die Younger, en CD chez No Drums Records, sur le Bandcamp de Darren Cross en numérique, et chez tous les disquaires de France et de Navarre.

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