Cinéma

007 Spectre de Sam Mendes : Poupées de cire, purée sans fond

Le nombre de reproches qui se présentent face à Spectre est à peu près équivalent à l’armée massée devant Minas Tirith : on ne sait plus où donner de la tête.

Dès lors, raisonnons. Nous sommes face à une mythologie qui comporte, depuis bien des décennies, un cahier des charges incontournables. On baise la veuve, la vraie girl résiste au moins une fois avant de laisser ses hormones parler suite à une baston mettant à sac un train, l’homme de main du méchant fait trois mètres et semble avoir des muscles en titane, bases secrètes dans des cratères, tout ça.

spectre-affiche

De la mythologie, Spectre en tellement gangrené qu’il semble être une pièce de musée. Et c’est bien là le problème. Skyfall prenait des directions nouvelles sans pour autant trahir la franchise, que ce nouvel opus semble complètement nier. L’humour est pathétique, les dialogues consternants, et, surtout, l’intrigue d’une linéarité confondante.

Nous jouer la carte des agents 00 sur la touche parce qu’aujourd’hui, on a des drones et une société de surveillance, voilà qui estomaque par son originalité.

L’essentiel est ailleurs, me dira-t-on. Cherchons. Les scènes d’action ?

L’ouverture est effectivement prometteuse : superbe plan séquence, percussions martiales, le parcours de Bond de la rue aux toits a tout d’une érection revigorante. Las, à partir du moment où il monte dans l’hélicoptère, tout s’effondre : le grand n’importe quoi sclérose à la fois le montage et les répétitions, la scène n’a aucun rythme, aucun enjeu véritable.

Certes, Mendes varie les décors et les couleurs, de la neige au sable en passant par les nuits romaines ou londoniennes. La poursuite en voiture n’est pas dénuée de fluidité, mais qu’on se permette d’avoir des réserves sur le concept de l’avion traîneau, bourrinage gratuit et sans aucune grâce. Et passons sur la scène de torture, aussi éculée qu’inutile, ou du double compte à rebours final.

La première bande-annonce, faisant fi de tous ces passages obligés, insistait, dans la lignée de Skyfall, sur la sombre quête de l’agent dans les arcanes d’une société obscure et d’une filiation mystérieuse. C’est là, censément, le cœur de Spectre. Et c’est là son point le plus faible. Quelle insulte à Christoph Waltz que le rôle qu’on lui offre ! Quelle banalité que sa quête, quelle paresse que le lien fait entre la destinée des services secrets britanniques et ce conquérant du monde moderne de l’information…

Et, puis, tout de même, au rang des mobiles les plus grotesques de l’histoire, Spectre monte sur le podium avec des échasses :

[Spoiler
Je vais conquérir le monde, saigner femmes et enfants, développer esclavage, prostitution attentats, orwellisation, parce que Papa faisait du ski avec James.
Fin du Spoiler]

Interminable, inexpressif, sans chair, il ne reste à ce Spectre qu’une vague classe qui vous permettra d’avoir du vodka-martini au shaker et des voitures très chères, des costumes impeccables et une montre explosive.

Et à ceux qui prétendent que cette mythologie est à prendre ou à laisser, qu’on se remémore la belle audace du précédent opus, ou, au hasard, la façon dont une autre franchise parvenait à jouer de ses codes pour un véritable plaisir : Mission Impossible 5.

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