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Une bouffée d’Air Wave

Ecrit par Ivlo Dark

Un sentiment vif de sincérité se dégage des vapeurs éthyliques de l’impétueux Santa Teresa.

L’histoire débute à la fin du millénaire dernier du coté de Tours. Celle d’amis unis par une même passion. Celle de copains de lycée ayant le dessein de fabriquer de belles choses ensemble. Après un premier 45 tours (oui comme la ville) c’est un premier album Comme Tout Va Bien qui débarque. Sorti dans l’urgence, l’effet ne fait hélas pas mouche à une époque où les quotas de la loi Toubon pouvaient déstabiliser ces fans de pop alternative anglo- saxonne (Ride ou Stereolab pour citer des influences d’une liste non exhaustive).

La vie connait son lot de vicissitudes et la mise en veille s’effile, délaissant à regret les désirs de jeunesse. Chacun fait son bonhomme de chemin avec les cartons bien rangés au fond du grenier. Et puis quinze ans plus tard, les amis se retrouvent au hasard d’une soirée. L’idée de déterrer les vieux souvenirs germe, parait un peu folle mais la résurgence des premières sessions live donne l’envie de poursuivre et c’est avec l’écho du compère Matthieu Malon et finalement le soutien du label Monopsone que de fil en aiguille une seconde production pour le moins inattendue voit le jour.

Air Wave

Il faut alors écouter cette musique sans parole avec cette genèse à l’esprit. C’est mieux comprendre la sensation limpide de plonger dans la fierté du travail des artisans.

Si vous cherchez des sonorités « photoshopées », autant prendre directement la tangente car ici la valeur de la musique est dans le souffle authentique qui se consume avec le temps, le grain des accélérations débarrassées des sempiternelles filouteries qui, chez bien d’autres, viennent plomber la trame d’une idée directrice simple mais essentielle.

Les guitares peuvent crépiter, les amplis nous donner l’ivresse car le groupe au patronyme aérostatique Air Wave est de cette veine. Celle qui respire d’une franchise touchante et qui s’écoute attentivement, le soin qui y est laissé ne pouvant s’affranchir de ce respect bien mérité.

On imagine alors les garçons (Joseph Mars, Skist R, Dav P, William M) faire la bamboche lors des fameuses retrouvailles ayant pour décor la campagne berrichonne. L’attente fût longue car semée d’espoirs et d’embuches mais le résultat n’en est que viscéralement plus tactile. A l’écoute des sept pistes de l’opus, c’est l’auditeur qui, naturellement, pose son verre à la table et déguste le breuvage qui lui est sympathiquement offert.

Dès la première rasade, les taverniers nous acclimatent avec un shooter avalé en 2 minutes et 30 secondes. Sur la lancée de cette introduction minimaliste et électrisante, le titre qui donne son nom à l’ouvrage remet une double dose dans le flacon afin de nous embringuer dans ce que j’ose appeler une embuscade. Se brassent alors sans aucune modération une progression d’un rock farouche accoquinée d’une espèce d’humeur blues suintant des enceintes.

Sur les effets chaloupés de Small Club, c’est notre esprit qui titube. Le titre nous grise par ses audaces dodelinantes. Air Wave parvient à briser la monotonie du genre en conférant ruptures et changements de caps aux partitions qui se relaient sans escamotage. Pas de pédales multi-effets chez ces gens-là, pour le titre en question les modulations du phaser combiné avec du delay suffiront amplement. Le rendu est bluffant car si rien n’avait été calculé, la contamination de l’espace audio est redoutable.

Dans un entretien accordé par Cédric alias Joseph Mars, ce dernier m’explique la philosophie de Santa Teresa :

« Pour ce disque nous avions en tête le format classique de chansons. Nous ne voulions pas de math rock mais bien plus l’envie de choses évidentes à l’écoute… Que l’auditeur puisse retenir de notre travail l’énergie et les mélodies (…) Nous sommes des fans de guitares, c’est la base et c’est pourquoi on en essaye des tonnes. Il nous arrive de travailler pendant des heures avec toujours le plaisir d’accorder les sons (…) Au départ, le fait d’enregistrer un album n’était justifié que par le désir de graver pour nous un souvenir de ces retrouvailles »

L’hypermnésie de ce rock décolle littéralement avec Le Silence Est D’or II dans une vision cinématographique du réel. C’est là aussi l’une des pierres angulaires de l’œuvre. Mon interlocuteur m’expliquant à ce titre l’apport de sa fonction de réalisateur de musique pour documentaires. Preuve tangible d’une maturité venant nourrir ce très prenant violon d’Ingres.

« C’est vrai que les répétions prennent beaucoup de notre temps libre mais nos compagnes sont très compréhensives. En fait, elles sont tellement ravies de nous voir rentrer à la maison avec le sourire ! (rires) »

Le plaisir retrouvé, l’échange telle une énorme bouffée d’oxygène, c’est dans les arpèges tout en profondeur de Cosmopolitan (titre ô combien précieux à mes oreilles) qu’ils vont également s’y nicher.

« Cette compo qui clôture l’album est en fait la première que nous avons écrite et rejouée ensemble. C’était incroyable comme émotion car tellement facile (…)  Je suis extrêmement attaché à la beauté des notes jouées façon grecques ou slaves et qui remplacent admirablement l’absence de chant dans nos morceaux.»

Air Wave devrait se produire sur scène pour quelques concerts mais au rayon des projets, les musiciens se laissent le temps de savourer l’instant. Il aura fallu du temps pour engendrer le second chapitre. Si je devine leur soif d’enchainer, le temps est suspendu à la réussite de ce que le groupe considère aujourd’hui comme un heureux accident.

L’album, troisième référence de la collection microcircuit est disponible depuis le 17 Juin 2016.

Avant de vous laisser découvrir l’univers du groupe, je tenais à remercier chaleureusement Cédric/Joseph Mars et Stéphane Merveille (crédit photos) pour leur sympathie et disponibilité m’ayant permis de finaliser cet article.

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