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Alain Souchon & Laurent Voulzy : « et deux fois plus d’eux »

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Dire qu’un album en commun à Laurent Voulzy et Alain Souchon était attendu est un doux euphémisme. 40 ans après leur première chanson à deux, aucun album de l’un des compères ne manque d’au moins une collaboration entre eux.

Ils ont tous deux mené des carrières ponctuées de succès publics et de reconnaissance de leurs pairs, chacun sur un registre différent. Certaines chansons sont devenu des classiques de la chanson française.

Pour Souchon, des musiques plutôt basées sur les guitares et quelques nappes de synthés, des textes elliptiques, parfois engagés socialement. En quelques mots, il pose une situation et ses développements. En toute simplicité.

Pour Voulzy, des musiques plus épiques, des claviers plus présents, et des textes plutôt bucoliques ou mystiques.

Souchon écrivant pour Voulzy, Voulzy composant pour Souchon, souvent, on retrouve dans leurs chansons l’expression des sentiments que chacun peut ressentir. La solitude, les premiers émois…

Le premier extrait issu de cet album commun faisait craindre le pire. Une intro au piano, dont le son est typiquement voulzyenne, puis une instrumentation à l’avenant. Et Laurent Voulzy qui commence à chanter. Alain Souchon arrive pour faire des choeurs sur le refrain. Il ne chantera seul qu’au bout d’une minute. Le sentiment d’assister au phagocytage d’Alain par Laurent.

Bien sûr, en présentant cela comme « le pire », on se dit que j’ai une nette préférence pour Souchon, et que je suis injuste. C’est possible. Néanmoins, je n’attends pas d’un disque de duos d’artistes si installés que l’un des deux disparaisse dans l’univers de l’autre, mais bien d’avoir quelque chose de nouveau, issu de la créativité des parties prenantes.

Le second morceau, qui me rassure sur la présence du chanteur de Foule Sentimentale, ne me rassure pas sur les sonorités de l’album, qui semblent totalement rattachées à l’univers du chanteur de Paradoxal System et des synthés caractéristiques de l’album Caché Derrière.

Puis arrive Idylle anglo-normande. Souchon chante seul sur une guitare sèche. Et là je me retrouve dans l’univers d’Alain, et Laurent arrive pour faire les choeurs sur le refrain. Cette fois-ci, c’est l’univers de Souchon qui a pris le dessus.

Et ce sera ainsi sur le reste du disque. Les chansons dont les instrumentations rappellent Voulzy donneront l’impression qu’il a pris le pouvoir, puis celles dont l’instrumentation rappelle Souchon donneront l’impression d’être sur un de ses albums.

Soit au final un équilibre bien trouvé.

Le mixage des voix dans des harmonies parfaites est particulièrement notable. Si sur certaines parties l’un ou l’autre est un peu « au-dessus », à d’autres moments, le mélange des deux voix crée une troisième entité chantante, totalement inédite. On retrouve ce phénomène notamment sur la chanson Il roule (les fleurs du bal).

Le textes, empreints d’une certaine nostalgie dans leur interprétation, reprennent les thématiques abordées par nos deux chanteurs dans leurs chansons personnelles.

Comme souvent dans les textes de Souchon, le name-dropping est de mise. Ici, tout est concentré dans une seule chanson, en exergue dans l’album car précédée et suivi de deux chansons a capella : Bad Boys. Sont invoqués ici les esprits des bad boys que sont Kurt Cobain, AC/DC, Rimbaud et Baudelaire.

Et puis, comment ne pas voir un hommage à Depeche Mode dans cette mention de « Masters and Servants » dans Oiseau Malin, voire aux rageurs Pixies dans la conclusion du déjà cité Bad boys : Les chanteurs finissent le morceau ad lib, en scandant avec douceur un « Bad Boys », comme un « BAG BOY !! » apaisé…

Après plusieurs écoutes du premier morceau, une fois passé le choc de ce sentiment de prise de pouvoir, je me laisse aller à cette belle mélodie qui au final me trotte dans la tête et ne la quitte plus. Ce qui, pour moi, est la définition même de la pop.

Au final, aucun des deux chanteurs ne prend le pouvoir sur l’autre. Cet album fait une belle synthèse des univers qui les habitent. On a le sentiment d’une véritable osmose entre ces deux orfèvres de la chanson française. Le dernier morceau, chanté à deux voix sans les mélanger, conclut en disant « Regarder la mer », et c’est ce que font ces deux artistes : regarder dans le même sens, côte à côte.

 

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