
Il y a dans Eimuria de Bank Myna la texture d’une chair sonore mise à nu par la distorsion. Dès les premiers vrombissements, le disque expose son dessein : un post-rock vocal aux couleurs charbon, qui n’a plus peur de salir ses lignes avec les éclats brutaux du doom et les ombres lentes du slowcore.
Si le premier album Volaverunt laissait entrevoir une esquisse, Eimuria en est la coulure assumée. Il ne s’agit plus de construire un espace mental mais de le graver dans le roc.
Le groupe ne cherche pas la clarté mais l’impact. Le chant envoutant de Maud Harribey nous rappelle à plus d’un titre celui de la consœur Anna Von Hausswolff, trace humaine dans le tumulte d’une matière vivante. Bank Myna explore un langage de tensions, de silences, d’incantations épargnées de toute formes fixes.
À mesure que la transe progresse, Eimuria devient fresque. Bank Myna peint avec le souffle des guitares saturées et de moult réverbérations lentes. L’ossature doom donne du poids aux compositions, mais jamais de lourdeur : c’est un cadre, une carcasse, à l’intérieur duquel circule un flux fragile, une douleur presque translucide qui s’égraine au fil des cinq pièces qui traversent le recueil avec une spontanéité déconcertante .
Aux bordures, il y a ces influences fantomatiques, comme autant de spectres penchés sur la toile : la voix de la poétesse argentine Alejandra Pizarnik, le regard fiévreux de Camille Claudel. Elles s’incarnent dans les failles, dans les ruptures, dans les convulsions mêmes de la musique. Eimuria, c’est une sculpture sonore brisée, recollée avec des larmes et de l’électricité. Une catharsis qui hurle sans cri.
Avec ce deuxième album, la formation parisienne s’expose et s’impose. Dans la noirceur de ce disque, il y a cette beauté rare… Celle d’un art bruyant qui, au lieu d’éblouir, creuse… Au titre d’un genre pas facile d’accès pour les néophytes, c’est bien plus qu’une réussite.


