Bruno Patino est le président d’Arte. Mais pas seulement. Il est aussi l’auteur d’un best-seller qui s’appelle La civilisation du poisson rouge, petit traité pratique de l’attention. Son adaptation en BD par Morgan Navarro met en lumière une étrange mutation : désormais, l’être humain possède une capacité de concentration à peine supérieure à celle du locataire d’un bocal !
En effet, depuis que le smartphone est entré dans nos vies, il souffle certes comme un vent de liberté sur notre manière d’exister, de chercher, de comparer et de rester informé. Sauf que, au fil du temps et de la réussite économique des acteurs du numérique, ce formidable outil d’échange, de partage et de socialisation a perverti notre manière de penser par nous-mêmes et notre capacité à rester… durablement « éveillé ».

C’est ainsi qu’aujourd’hui, on saute du coq à l’âne sans coup férir. On gobbe. On zappe tellement vite qu’on ne retient pas grand-chose de ce qu’on vient de voir. Vous en doutez ? Tout cela est étayé : les ingénieurs de Google ont réussi à calculer la durée maximale d’attention de la génération des millenials, celle qui a grandi avec les écrans connectés : 9 secondes !

Cette nouvelle servitude, qui vaut aussi pour une large part de la population, est parfaitement décryptée et mise en perspective dans la bande dessinée, dont les 144 pages exposent avec simplicité et efficacité notre soumission aux alertes, aux messages instantanés et à l’algorithme.
La BD nous parle ainsi de neurosciences, de captologie et d’UX design mais aussi de pulsions et d’émotions. C’est à la fois très explicite et tout à fait passionnant avec, d’un côté, la mise en scène d’un discours et de techniques bien rodées de la part d’usines à clic ultra performantes ; de l’autre côté, la construction d’un piège grandissant pour les consommateurs en tout genre que nous sommes, incapables de résister à l’envie d’en savoir toujours plus, peu enclins à réfléchir pour distinguer le vrai du faux et englués dans cette économie de l’attention ayant la publicité pour seule boussole.

De l’addiction à la guérison, il n’y a pourtant qu’un pas à franchir : crier haut et fort « Je ne suis pas un poisson rouge ». Plus facile à dire qu’à faire. Puisse la lecture de cette bande-dessinée et de cette chronique vous y aider !



