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Belle & Sebastian : Dansez en tout temps

Ecrit par Vznt Inc.

Belle & Sebastian - GIPTWTD

Ignorez dédaigneusement Belle and Sebastian pendant ses 19 ans de carrière.

Soyez indifférent. Découvrez, presque par hasard, I Fought In a War. Appréciez. Notez comme il est incontournable. N’allez pas plus loin, ne creusez pas. Continuez à fermer vos oreilles à toute note provenant de la bande, regardez leur carrière évoluer d’un oeil distrait.

Par un autre hasard, tombez sur Girls in Peacetime Want to Dance chez un disquaire. Rappelez-vous de vos amis qui encensent le groupe. Cédez.

Regardez la pochette avec attention. Rendez vous compte de son aspect absolument illustratif. Soyez surpris. Soyez étonné.

Jetez-vous avec curiosité sur les autres pochettes d’albums du groupe. Notez la cohérence : Une femme allaite un tigre en peluche pour Tigermilk, la jeune fille photographiée sur If you’re feeling sinister ne respire pas la joie de vivre, le garçon sur The Boy With The Arab Strap, menacé d’une barre de fer (« UNE EPEE !!!! », m’hurle-t-on à l’oreillette) semble en extase (un arab strap est un gadget sexuel empêchant l’érection) etc, etc…

Remarquez-vous comme ces photos sont douces ? Jamais frontales. Leur aspect illustratif est subtil. Et l’ensemble, toujours classieux. Preuve de délicatesse, mais aussi d’implication du groupe dans tous les aspects que revêt leur musique.

Découvrez que c’est Stuart Murdoch, le leader du groupe qui a réalisé la dernière pochette. Demandez à vos amis fans absolus du groupe de vérifier, et ne soyez pas étonnés lorsqu’ils vous disent que les photos sont soit réalisées par le groupe, soit réalisées par leur leader mentionné plus haut, lorsqu’elles sont créditées.

Observez que toutes les pochettes sont en noir et blanc « colorisé ». Le terme le plus adéquat serait plutôt « noir et couleur unique », bicolores. Une fois encore, grande cohérence dans l’aspect pictural de l’oeuvre. Néanmoins, la pochette de Girls in Peacetime Want to Dance déroge à la règle. La photo illustre le titre de l’album mais on se trouve cette fois-ci devant un noir et blanc classique (noir et nuances de gris, donc). Somptueux.

Détaillez ces photos. Analysez-les. Voyez comme les sujets sont habillés de manière surannée. Observez les artifices de strass, cuir et paillettes, symbolisant des blessures de guerre. Classicisme et modernité.

Regardez les photos intérieures, voyez comme elles reprennent les sujets de la pochette. Voyez comme elles sont, elles, bicolores. L’extérieur est différent. L’intérieur reste dans la continuité.

Imaginez ce que cette suite de photos raconte. Les meurtrissures de guerre. La paix n’existe que parce qu’il n’y a plus de conflits. La jeune fille ne peut plus bouger les jambes. Elle est pourtant sollicitée par le jeune homme. Il la soutient pour qu’elle puisse se lever, aidé d’un autre garçon. La jeune fille est blessée, mais elle veut bien danser.

Capture d’écran 2015-01-17 à 20.18.34

Ecoutez enfin le disque. Prenez une claque.

Remettez vos idées en ordre, et rendez vous compte du fait que la pochette du disque n’illustre pas que le titre de l’album, mais que tout l’aspect pictural illustre l’intention de l’album : En temps de paix, les jeunes filles meurtries veulent danser. Et ce disque va les y aider.

Et d’une manière brillante. Non, pas brillante. Lumineuse.

Discutez avec vos amis fans. Ceux qui vous mettent la pression, vous menacent lorsqu’ils découvrent que vous allez chroniquer le dernier album de l’un de leurs groupes préférés.

Demandez-leur si cet album est, selon eux, un classique.

« – Bonne question. A cause des mélodies

– Qu’est ce qu’elles ont ?

– A cause des références aux autres albums. Ca, je le sens, mais je n’ai pas d’exemples précis à donner.

– …

– Elles sont magnifiques et c’est comme si toute la composition des titres était construite autour de la mélodie. Et je perçois que Stuart Murdoch a de nouveau un rôle plus central dans le groupe. Ce qui à mon avis fait toute la différence. Par ailleurs son expérience cinématographique apporte un éclairage différent. Il y a autre chose de différent dans cet album mais c’était déjà le cas avec Fond your hand : Le titre de l’album n’est pas un titre de chanson. »

Bénéficiez de la générosité de vos amis, qui vous feront une belle compilation de leurs morceaux préférés de Belle & Sebastian.  Faites-leur remarquer que les instrumentations et productions semblent plus simples que sur Girls in Peacetime Want to Dance. Amusez-vous alors en les entendant vous répondre « Je ne m’en suis pas rendu compte, mais oui, la production sur le dernier album est bien plus riche que sur les oeuvres précédentes. Et pourtant, comme pour chaque album, j’ai la sensation qu’ils sont nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont jamais vécue. »

 

Revenez à la pochette de l’album. Soyez une fois de plus ébloui par la cohérence de l’oeuvre. Enrobage différent, intérieur similaire. Modernité et classicisme. Cohérence et rupture. Extérieur noir et blanc, Intérieur bicolore. Production enrichie, mélodies intemporelles.

Essayez de comparer. Essayez de trouver des références, de les citer, faites l’exercice de l’analyse des paroles ou de la musique.

Abandonnez.

Dansez, pleurez, vivez à l’écoute de ces chansons.

Laissez-vous emporter.

Remerciez vos amis, ces inconditionnels qui savent partager.

Tombez amoureux. Eperdument amoureux. De cet album, puis de ce groupe.

 

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1 commentaire

  • […] « Ah mais NON !!!! Non, non, non, non, non (ad lib) !!! J’ai passé des heures, que dis-je des heures ! Des jours, des semaines, des mois… Des années, oui, on peut dire des années ! Des années à essayer de t’éduquer, de t’apprendre, de te faire apprécier ce qui est appréciable ! J’obtiens un résultat, UN résultat satisfaisant (voir B&S, GIPWTD), […]

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