Chronique Musique

B I G▐ B R A V E : Des nouvelles de l’Au De La

Écrit par Jism

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Petite question d’une rare pertinence pour introduire cet article : qui ici, connaît Big|Brave ?
Hormis les membres, la famille proche et quelques illuminés, qui peut dire ici qu’il connaît Big|Brave ?
Pas grand monde.
Pourtant, le groupe Montréalais partage un point commun avec les Doors. Les quoi ???? les Doors !!! wouahhhhhhh !!!!  En effet le trio Montréalais, composé de Mathieu Bernard Ball à la guitare, Robin Wattie à l’autre guitare et au chant et Louis-Alexandre Beauregard aux percussions n’a, comme les Doors, aucun bassiste. Vous me direz, on ne peut pas appeler ça un argument massue pour mettre le groupe en avant, et vous n’auriez pas tort. Pourtant, avec Feral Verdure, leur premier album sorti en 2014, les Canadiens sont tout de même parvenus à titiller les esgourdes avisées de Greg Anderson, co-leader de Sunn O))) et fondateur du label Southern Lord Records. A tel point que pour leur second, Anderson les a fait signer illico sur son label. Faut dire aussi que la carte de visite laissée par les Canadiens était fort prometteuse. Feral Verdure, pour résumer, c’est un rock tendu, flirtant avec le drone, pas loin des débordements torrentiels d’un Bardo Pond (notamment sur A Song For Foxes), incluant les silences plus qu’à son tour et qui a pour particularité de faire du surplace tout en variant les ambiances. Pour résumer si vous cherchez de l’intensité sans que ça ne parte dans tous les sens, Feral Verdure est fait pour vous.

Leur second effort, le bien nommé Au De La est sorti ces derniers jours. Le groupe reprend plus ou moins la même formule que celle évoquée précédemment mais va bien au-delà justement. Si par moment, sur Feral Verdure, on avait l’impression qu’Elysian Fields croisait les guitares avec Bardo Pond (There Are No Victories), sur Au De La les Canadiens lâchent du lest, plombent leurs guitares et alourdissent de façon considérable l’ambiance. La légèreté devient un concept obsolète et la lenteur prend un poids considérable. A tel point que l’entrave qu’ils se mettent aux pieds leur demande un effort surhumain pour avancer, perdant encore plus en mouvement ce qu’ils gagnent en intensité.

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Au De La ne se compose que de 5 morceaux, longs pour la plupart (les deux premiers n’en font qu’un seul de 17 mns), laissant une place prépondérante au silence. Car entre deux riffs, entre deux débordements torrentiels et précis, le silence prend possession de tous les interstices laissés disponibles par le vacarme. Ces silences, ces pauses, n’en sont pas moins inquiets, chargés d’une tension qui ne parvient en aucun cas à redescendre (On The By And By And Thereon en est un bel exemple : morceau dans lequel le silence est si omniprésent, si chargé en tension, que la césure entre les deux morceaux en devient inaudible et de ce fait, troublante). Faut dire aussi que le chant de Robin Wattie, partageant quelques similitudes avec celui de Kazu de Blonde Redhead, n’aide en rien à l’apaisement. Pas plus que le jeu de batterie de Louis-Alexandre Beauregard, précis et fort, sachant créer l’attente, ou encore la présence d’Efrim, de GodSpeed You!, aux manettes (pas à la musique, rassurez-vous ! Hum…), mettant son expérience des montagnes russes musicales au service d’un drone parfaitement maîtrisé (notamment sur l’excellent (re)Collection Part II, passionnant exercice de style entre Earth et GodSpeed You ! justement).

Pour tout dire, on croirait, à l’écoute d’Au De La, être en présence d’une synthèse de ce que pourrait donner Codeine si le groupe s’était mis au Drone, inventant au passage un nouveau courant, le Slowdrone (on exemptera de cette description Do No Harm Do No Wrong… tendu à l’extrême, qui, de par sa position centrale, semble jouer le rôle de réceptacle de toutes les violences passées et à venir sur ce disque). En somme, vous l’aurez compris, si votre appréciation de la musique se fait en fonction des mélodies présentes sur une chanson ou un morceau, passez votre chemin (quoique, sait-on jamais). En revanche, si l’expérimentation, la tension, les montées en puissance vous conviennent, alors n’hésitez pas, ne passez pas à côté de ce très bon Au De La.

 

Au De La est sorti depuis le 18 septembre dernier sur Southern Lord Records et dispo chez tous les disquaires anxieux de France.

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