Chronique Musique

Bill Fay, « Countless Branches », en plein cœur !

C’est une histoire qui échappe aux lois du temps, un destin qui fait un bras d’honneur aux excitations calendaires et à l’infatigable trotteuse. Cette histoire c’est celle de Bill Fay dont la carrière artistique aurait pu s’éteindre telle une étoile filante, sans lendemain, oubliée après un succès d’estime aussi peu relayé qu’insuffisamment soutenu en son propre « foyer » (un album homonyme sorti en 1969 puis un second intitulé Time Of The Last Persecution l’année d’après). Il y a le décès du père qui changea la donne et engendra le silence, une éclipse de presque quarante ans avant ce retour vers l’ombre d’un coin de la scène, une sorte de résurrection toujours discrète, marquée par la volonté de quelques obstinés qui tordirent le cou à cette absence. La réapparition s’exprima via des pointillés qui trouvèrent finalement leur impensable conclusion puis l’édition en 2009 de Still Some Light, recueil bien nommé et double masse faisant la jonction entre quelques anciennes compositions et de nouveaux titres enregistrés dans le refuge même du songwriter anglais.

Countless Branches - Bill Fay

A l’âge où les recommandations d’un célèbre auteur belge de bandes dessinées auraient bien fait de vous mettre sur la touche,  Bill Fay remonte à la surface avec finesse et grande classe. L’arborescence qu’il présente est robuste malgré sa fragilité apparente. La sobriété mélodique des brefs morceaux épouse un chancellement narratif troublant alors que les touches de son piano imposent l’attention particulière des convives. La musique de Countless Branches se décline en toute aération, dépourvue du superflu, marquée par quelques ballades sereines dont les lancements laconiques procurent la plus aboutie des suspensions. C’est le cas de How Long, How Long comme le reflet généalogique d’humeurs moroses déjà penchées sur l’avenir. C’est la contagion plaintive mais pleine de charge émotionnelle de Salt Of The Earth, titre d’une singularité de ton puisant sa haute valeur ajoutée dans de désarmants ébranlements vocaux.

L’envie qui se présente au fil des secondes est de prendre place, de profiter de l’instant présent face à cet homme qui murmure son désir de regain amoureux. L’évasion sensorielle est de mise avec la guitare folk de Filled With Wonder Once Again… Plus rieuse (toute proportion gardée) au travers du décalage saisissant de Time’s Going Somewhere. L’unité ses saveurs est parfaitement agencée par Bill Fay, épaulé pour se faire par le producteur Joshua Henry. La subtilité des arrangements réside dans le dépouillement total des dix titres qui composent la nouvelle œuvre. Il en découle une  véritable mise à nue dont l’économie salvatrice souffle d’un esprit rafraichissant, en parfaite cohésion avec la beauté du frémissement ressenti. Preuve en est à l’écoute de One Life, accroche-cœur chanté par un vieux monsieur se préservant de tout artifice superfétatoire et déclinant sa prose sur une partition qui, dans la quasi lignée du reste, ne dépasse jamais les trois minutes.

Un album au charisme sage, affublé d’un second volet visant quelques bonus aux charmes bien plus étoffés. Pour ma part, je ne retiendrai que la trame principale dont la diffusion bouleverse par sa capacité à flatter l’essentiel : une offrande retenue, concise, précise, en plein cœur !


Countless Branches de Bill Fay

sorti le 17 janvier 2020 chez Dead Oceans

 

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