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Solak, de Caroline Hinault, une saison en enfer

Derrière les figures de proue du catalogue que sont Colin Niel et Peter May, le Rouergue Noir propose régulièrement des premiers romans,  de nouveaux auteurs, dont certains méritent sans aucun doute que l’on s’y intéresse. On se souviendra en particulier des voix de Valentine Imhof ou Gilles Stassart dont la singularité a marqué les esprits avec des romans comme Par les rafales ou Grise Fiord qu’il est encore temps de découvrir. Le Solak de Caroline Hinault devrait rejoindre ces livres aussi forts qu’originaux tant la jeune bretonne s’y montre décidée à ne pas ménager le lecteur.

Marcher sur la banquise, c’est découper de grosses parts de silence. Y a que les infimes décibels de la circulation du sang  et des battements du cœur pour marteler aux tempes qu’on est encore vivant jusqu’à quand. »

Caroline Hinault.

Solak, presqu’île au nord du cercle polaire arctique. Une base au sein de laquelle cohabitent tant bien que mal trois hommes, un scientifique dont les mesures et les relevés permettent de travailler sur le climat et deux militaires en charge de la surveillance du drapeau et du territoire. L’équilibre fragile qui règne entre eux va se voir menacé par l’arrivée d’une nouvelle recrue, un jeune homme muet dont la simple présence va accentuer les tensions existantes. L’hiver arctique est là, accompagné de sa grande nuit et le drame couve.

De cette intrigue pour le moins ténue, Caroline Hinault parvient à tirer un texte sombre et puissant, une plongée au cœur de la nuit et du froid, au cœur des hommes, également, malgré le peu d’informations sur leur passé et les raisons de leur présence sur ce morceau de terre gelée, tout au bord du monde. Maniant une langue rêche et intense peuplée d’images dont la violence le dispute à la noirceur, la jeune autrice déroule sans reprendre son souffle un récit implacable et dont il est évident qu’il finira mal. Huis-clos au cœur des étendues gelées de l’Arctique, Solak est un texte paradoxalement étouffant malgré la fureur des vents polaires que rien n’arrête.

« Comme quoi, même si on est toujours seul avec soi, et encore plus dans un endroit comme Solak où on touche franchement la solitude à l’os, j’en sais quelque chose, faut croire qu’on l’est jamais complètement. »

Ramassé sur à peine plus de 120 pages, tout en nerfs et en tensions, Solak en dit beaucoup sur l’Homme sans rien dévoiler (ou presque) de l’histoire de ses protagonistes. Dans un lieu où chacun passe la plus grande partie de son temps face à lui-même, la cohabitation n’est pas chose aisée et un orage peut éclater à tout moment et dévaster le fragile statu quo qui régissait la vie sur la base. Le poids de leur passé, on le comprendra bien assez tôt, est un véritable fardeau pour Piotr, le narrateur, et Roq, le militaire sous ses ordres. La mémoire vient parfois ajouter à la dureté de la vie sur Solak et certaines choses auraient dû rester enfouies. Il ne manquait qu’un détonateur pour faire voler en morceaux le semblant de communauté qu’ils étaient parvenus à instaurer. Caroline Hinault s’en empare et livre un premier roman habité, traversé par une tension continue, avec, en toile de fond, ce paysage que l’on ne fait qu’entrevoir et qui, allié à des conditions climatiques extrêmes, finit par devenir un personnage à part entière, indifférent aux hommes, à leurs souffrances comme à leurs états d’âme.


 

Solak de Caroline Hinault

 

Le Rouergue Noir, Mai 2021

 

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Solak


Image bandeau : Photo by Asgeir Pall Juliusson on Unsplash

 

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