Chronique Musique

Les prescriptions du Dr Jism : « Chiaroscuro » de G Lolli

G Lolli
G Lolli/l'astrophone 2011/service presse
Ecrit par Jism

Cabinet du Docteur Jism, médecin généraliste/thérapeute musical.

– Ah, tiens, bonjour, cela faisait un petit bout de temps que je ne vous avais pas vu.
– Bonjour docteur.
– Qu’est ce qui vous amène aujourd’hui ? Dites moi tout.
– Voilà docteur, j’ai des problèmes … humm … intimes.
– Oui?
– Alors, j’ai rencontré quelqu’un il y a trois mois.
Jusque là tout allait bien, d’un point de vue psychologique on s’entend parfaitement mais… mais…
– Allez y, poursuivez!
– Sexuellement, j’ai des problèmes.
– Mais encore?
– Ben… j’ai des ruminations, des pensées qui envahissent mon esprit et m’empêchent d’être complètement avec ma partenaire.
Je pense à plein de choses et j’y pense tellement que ça m’envahit et du coup je ne parviens pas à avoir de… de… enfin vous me comprenez quoi…

– Oui, d’érection?

– Euh oui, alors si vous pouviez me trouver un médicament, n’importe quoi pour m’aider, je serais le plus heureux des hommes.
– Dites moi, vous sentez-vous prêt pour les médecines dites parallèles?
– C’est-à-dire?
– Des traitements peu conventionnels, malheureusement non remboursés par la sécurité sociale mais d’une grande efficacité.
– Ne me dites pas, vous allez encore me prescrire un disque?
– Ah ouiiiiiiiii, c’est vrai, c’était vous la dernière fois !!!! Donc oui, le nouvel album de G Lolli, Chiaroscuro.

– Ah!


– Oui, faites moi confiance. G Lolli est un artiste Messin signé chez Specific Recordings.
Peut-être le connaissez-vous déjà sous le nom de Dr Geo? Non?
Bon, ce n’est pas grave.
Donc G Lolli (de son vrai prénom Geoffrey) sort un second disque de library music…

– ??????????!!!!!!!!!!!

– En gros, de la musique conçue pour illustrer des films, émissions télés, reportages et même émissions radiophoniques.
A l’usage, c’est seulement destiné aux professionnels de l’image et du son.
Après, certains compositeurs bien connus s’y sont essayés avec succès : Morricone, Ceccarelli, Cosma entre autres.
Ici, vous verrez, Lolli reprend les codes de cet exercice de façon assez brillante en ne proposant que de courts morceaux très cinématographiques.
Pour tout vous dire, le sieur n’en n’est pas à son premier essai : il avait sorti, il y a 2 ans, un Capire Il Mistero très remarqué, au succès inattendu ( à tel point que le disque, rapidement épuisé pour sa première édition, a été repressé et s’est retrouvé de nouveau épuisé, ce qui, en ces temps de gratuité dématérialisée, n’est pas un mince exploit).
Canevas cinématographique aux influences diverses (reggae, trip hop, 70’s, Inde, etc …), Capire Il Mistero a sidéré son monde en proposant une musique atypique à la fois hyper référencée et hors d’âge.

– Et vous pensez que ça va m’aider à retrouver ma libido ce genre de disque?

Capire Il Mistero non, mais Chiarusco, il y a de fortes chances.
Je ne vous promets pas le priapisme mais il s’en dégage une telle sensualité que l’écoute provoquera forcément un affolement des gonades et un probable retour de flamme.
Vous verrez, dès les premières secondes , vous serez pris dans cette ambiance particulière, en plein cœur des 70’s, cette moiteur faite de stupre et de luxure.
G Lolli affolera vos sens en vous emmenant dans les salles pornos des bas-fonds Italiens, ou encore les quartiers noirs de Harlem, la Blaxploitation, aux côtés d’Isaac Hayes ou du James Brown de Black Caesar.
Si, comme dans Un Poisson Nommé Wanda, votre compagne est particulièrement sensible à la musicalité des langues étrangères, certains dialogues en italien risque de lui provoquer en sus quelques orgasmes.
Pour vous donner une petite idée de la sensualité qui règne ici, vous y croiserez rapidement le Gainsbourg de Melody Nelson (plutôt En Melody sur un mode jazz que Cargo Culte dira-t-on).
Mais n’allez pas croire que Chiaroscuro ne se décline que sur un mode sensuel et passéiste, il se réserve quelques plages plus « actuelles » ou décalées serais-je tenté de vous dire.

– Comment ça?

– Des moments de pause un peu étranges (L’alba), d’autres plus graves, renvoyant vers Morricone (La Clessidra), d’autres encore, plus hypnotiques (le flippant et très Berlin School Cometa).
Dit comme ça, ça semble partir dans tous les sens mais ne vous inquiétez pas, rien n’est laissé au hasard dans ce clair-obscur parfaitement réussi : chaque morceau pris à part est excellent (et possède tant de richesses qu’il forme un monde à lui seul), mais l’assemblage de ces dix-huit vignettes forme une œuvre d’une cohérence remarquable.
A vrai dire, le talent indubitable de G Lolli est de rendre sa musique très graphique et d’en avoir une vision très large, incluant un travail de montage assez incroyable.
Il n’y a pas un seul moment dans Chiaroscuro où ne vous vient en tête une image, pas un moment sans qu’une ambiance ne vous saisisse instantanément (comme je vous le disais tout à l’heure c’est la Blaxploitation, les sales pornos, le stupre, les toxiques, limite qu’avec son talent, Lolli pourrait passer sans problème une audition pour illustrer la troisième saison de The Deuce).
C’est une sorte de dentelle cinématographique superbement conçue, qui vous aidera dans les moments les plus intimes en initiant le tempo, une accélération par ci, une douceur par là et vous permettra en près de 45 minutes de retrouver la sève qui vous faisait défaut ces derniers temps.

– …

– Enfin, cerise sur le gâteau, Lolli ménage ses effets jusqu’à un outro d’une douceur exquise, entre mélancolie et satisfaction. Vous verrez, Chiaroscuro, c’est non seulement un grand disque instrumental mais aussi un puissant antidote à vos problèmes intimes.
Vous me connaissez, je ne prescris jamais rien à la légère.
Allez, je vous fais l’ordonnance maintenant et vous irez chez votre disquaire le plus proche récupérer le traitement.
Bonne continuation et n’hésitez pas à revenir me voir s’il y a un quelconque problème.

– Merci docteur.

– De rien. Au revoir.

G Lolli, Chiaroscuro
Sortie le 05 Avril chez Specific Recordings et disponible chez tous les disquaires équipés d’une pharmacie musicale de France et de Navarre.

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