Cinéma

Crazy Amy de Judd Apatow : Dieu que la bourre est triste

Ecrit par Nulladies

Puisqu’ils n’en prennent pas, évitons d’enfiler des gants pour dire tout ce que cet étron a de détestable.

Apatow est un réalisateur qui m’avait séduit, lorsqu’il nous gratifia des pochades 40 ans, toujours puceau et du déjà plus convenu En cloque, mode d’emploi . Une certaine irrévérence, un travail sur le dialogue, des acteurs au cordeau, dont émergea le désormais déjà fatigué Seth Rogen.

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Il fallait certes passer par une grossièreté assumée, mais qui avait le mérite de décaper le glacis traditionnel américain pour montrer des couples face aux réalités triviales, perspectives qu’on retrouvait à mesure que le réalisateur vieillissait, de Funny People à 40 ans mode d’emploi.

La fatigue est désormais revendiquée : Apatow n’écrit plus et passe le relai à Amy Schumer, de tous les plans, et qui va, à la manière de l’haïssable Obvious Child, plaquer ses sketches sur un film qui, comble de supplice, VA DURER 2 h 08.

Le comique trash, c’est mettre Auschwitz dans une boule de neige touristique, parler de ses flux menstruels abondants ou d’une capote collée à l’utérus, le tout débité par une blonde qui, mystère insondable, parvient en dépit de sa vulgarité et de son faciès de peluche botoxée à se farcir la totalité de New York.

Chaque situation est l’apéritif d’une vanne qui tombe à plat, rien n’est drôle, rien ne fonctionne. On est consterné de voir à quel point toutes ces perles de clichés semblent brandies comme des innovations audacieuses : madame boit beaucoup, elle n’aime pas les enfants, ne veut pas s’engager, travaille dans un magazine qui fait des articles méchants. Les inversions, moteur traditionnels du comique, sont aussi ici aussi pathétiques qu’inefficaces : c’est l’homme qui rappelle dès le lendemain, les tendances homosexuelles du culturiste, la star de basket est fleur bleue…

Et, personne ne l’aura vu venir, madame va rencontrer un médecin wasp qui va lui faire miroiter les vraies valeurs qu’on va nous vendre à grands coups de burin bien lubrifié, avec guests à la pelle (si vous vous infligez le film, arrêtez avant l’affligeante « intervention » de LeBron James, Mathew Broderick et un mec apparemment connu du sport dans leur propre rôle), Madison Square Garden en sponsor officiel, pom pom girls et Cie.

Papa va mourir, ma sœur va se fâcher, mais tout rentrera dans l’ordre.

Qu’on propose ce film dans les cellules encore actives de Guantanamo pour punir les ennemis de l’Amérique, passe encore.

Mais qu’on nous le présente comme un divertissement censé nous faire rire, voilà de quoi susciter un vent de révolte.

Ou de panique.

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