Chronique Musique

Daughter : To Disappear or Not To Disappear ?

Ecrit par Ivlo Dark
Je vais, sans aucun doute, subir le courroux de certains lecteurs après le préambule qui s’annonce mais je ne pouvais introduire mon propos concernant une énième tentation sans évoquer un épisode qui aura marqué la fin du mois d’Avril 2013.

Rappel des évènements. Depuis plusieurs semaines les diffuseurs nous inondent d’un funk robotique. Impossible d’y échapper. Si l’ultra redondance peut sensiblement énerver, la solution de fermeture des tuyaux personnels ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau. La bande FM ne m’épargnera pas du raz de marée imposé à mon ouïe pourtant réfractaire. A ce titre, j’aurai une pensée pour la famille du gardien de parking qui aura eu la faiblesse de me gaver des paillettes vocales de Pharrell Williams durant de trop longues semaines.

Exit la version originale gravée de force dans toutes les mémoires, Daughter s’empare de Get Lucky pour une reprise downtempo dans les studios de la BBC.

A l’écoute prospective de la précieuse version, c’est tout bonnement mon souhait qui se ranime afin de couvrir de louanges le trio héroïque. Cerise sur la tranche de pudding, l’exécution revisitée m’aura permis de constaté que, décliné en un climat plus cafardeux, le titre est finalement un véritable trésor.

Le mois précédent, le groupe sortait son premier long format baptisé If You Leave. Une réception globalement saluée par la presse. Il faut dire qu’aucun ingrédient n’y manquait. Les collectionneurs pouvaient alors classer ces derniers venus dans une mouvance éthérée ; Une traduction quelque peu lyrique du premier essai de The XX, un condensé transformé puis cloné à l’infini à partir d’expirations minimalistes souffreteuses.

La nouvelle génération était miraculeusement en marche au-dessus d’une vaste mer d’huile. Les remous des flots pouvaient bien attendre, ceux du cœur étaient déjà bien remplis. Le folk aérien s’emparait d’une mélancolie sonore dont la substance filiale pouvait habilement nous faire remonter jusqu’aux limbes d’un passé sublimé par l’inégalable Liz Fraser, preuve que le mythique label 4AD n’avait pas oublié les résonances qu’il abritait encore en son sein.

Aujourd’hui, la question est de savoir s’il faut se pencher plus en avant sur le syndromique deuxième album. Pris dans les embouteillages du moment, Not To Dissapear se présente à nous avec un soin particulier dans l’appréhension propre d’une ère culturelle où la consommation souvent lapidaire ne laisse plus vraiment le temps au recul.

Si New Ways laisse la sensation dès son amorce de nous embarquer sur des chemins dont les paysages ne nous paraissent pas si étrangers, progressivement les sonorités s’embellissent de distorsions plus assumées. De cette amplification des humeurs, il en ressort plus de relief dans le chant toujours à fleur de peau d’Elena Tonra.

Nous sommes alors étourdis par une espèce de dream pop vivace. Avec Numbers, ce sont deux dernières minutes qui s’égrènent dans un tourbillon atmosphérique dont le ramage se rapporte également bien au plumage.

Difficile de faire la fine bouche sur la ballade cristalline Doing The Right Thing : Guitare filandreuse, chant fragile, un blizzard qui souffle plus fort sur le refrain d’une attractivité déroutante. Les membres de Daughter ont trouvé la bonne pesée dans l’assimilation de leurs acquis, histoire de placer la barre de son bien plus haut qu’auparavant question voltage.

La volonté d’envol est encore plus flagrante sur les riffs acérés de How. L’auditeur que je suis est désormais conquis par ce classicisme dans la construction d’un shoegaze émotionnel non dépourvu de certaines audaces affriolantes. J’évoquais en introduction les eaux tranquilles et limpides du premier opus. Dorénavant, les flux et reflux sont bien plus délurés sans non plus chavirer dans un quelconque tumulte. Il en ressort des compositions aux contrastes plus marqués et de ce dégradé, l’efficacité auditive n’en est que plus redoutable.

En fait, sans être un réel revirement de bord, c’est toute une ambiance qui est repensée. No Care marque ainsi une chevauchée au triple galop. J’en oublie même le décor empli de massives réverbérations. Igor Haefeli et Rémi Aguilella s’en donnent à cœur joie et, dans leur emportement, dévalent la pente pleine de pulsations sans oublié d’entrainer dans cette cadence leur admirable partenaire de jeu.

crédit photo: Francesca Jane Allen

crédit photo: Francesca Jane Allen

Sur la longueur de l’œuvre, je peux tout de même reprocher quelques effacements progressifs. Passé les sept premiers titres, Daughter insuffle plus un décalquage venant combler quelques vides qu’une déclinaison exaltante de bout en bout. Le récital s’essouffle dans des facilités sans grande valeur ajoutée. Là où les amazones de Warpaint réussissaient sublimement à tenir la distance, les intéressés viennent napper leur conclusion d’un trop plein de glaçage sucré.

Il faudra tout de même gouter avec parcimonie aux dernières notes délicates, sachant qu’elles seront à retardement d’une saveur diffuse. Si le croquant se dérobe quelque peu, le désir ne s’éclipse pas pour autant. Après tout, le vœu initial était bien de ne pas disparaître.

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