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Go-faste, un week-end organisé par la Librairie AB

Ecrit par Gregory Nicolas

Le week-end dernier se déroulaient les premières rencontres « Du Rouge au Noir, Polars & Vins » organisées par la Librairie AB à Lunel. L’auteur, Grégory Nicolas, était l’un des invités de ces rencontres littéraires. Il nous offre aujourd’hui un texte inédit qui nous raconte ces deux jours passés dans l’Hérault.

Go-faste

Il y avait ce TGV orange qu’on m’avait offert. C’était juste après qu’un de mes cousins ne casse une voiture téléguidée flambant neuve que j’avais eue pour mon anniversaire. Son père, mon oncle, avait promis de m’en racheter une. Il ne l’a jamais fait. Chienne de vie.

En gare de Lyon, les trains sont bleus. Ils attendent là patiemment de retourner au turbin. Ils attendent de descendre à toute vitesse vers le sud. Pour un breton le sud c’est en dessous de Nantes. Pour un habitant de l’Hérault le nord c’est au dessus d’Avignon. Tout est question de point de vue mais j’imagine la difficulté à se situer pour les gars de Clermont-Ferrand.

Le train qui me descendit à toute vitesse vers le sud s’arrêta à Nîmes. De là, j’en pris un autre pour Lunel. Lunel est le nom d’une petite ville.

Lunel a acquis une certaine célébrité pour deux raisons principales. La première est que sa position géographique fait d’elle un lieu stratégique pour la lutte contre les go-fast ces voitures qui remontent en convoi le plus vite plus vite possible du sud de l’espagne vers le Nord de la France (c’est à dire au dessus d’Avignon ou de Nantes). On dit que leurs conducteurs font des pointes à plus de 200. Il faut croire que les consommateurs de leur produit sont fort pressés d’avoir les yeux rouges et de s’enfiler des parts de Savane en jouant à la playstation. Salauds de jeunes. La seconde raison est que Lunel a fourni un contingent important de jihadistes, le plus important dit-on en proportion de sa population. Salauds de jeunes. Des ministres se sont même déplacés et avec eux des caméras. J’étais donc ravi de rejoindre l’un des endroits les plus dangereux au monde sans avoir à prendre l’avion qui est comme chacun sait la chose la plus stupide qui soit. Avant de quitter le TER, je m’assurai de n’avoir oublié aucune de mes affaires et j’ajustai mon gilet pare-balle.

Je n’avais pas fait 10 mètres sur le quai de la gare que déjà un homme me dévisageait. On ne m’avait pas menti. Je regrettai déjà ma décision de ne pas m’être muni d’un casque-lourd. N’ayant d’autre choix que d’avancer je poursuivis mon chemin tout en me préparant à m’enfuir si la situation venait à tourner au vinaigre. L’homme m’interpella. Le moment devenait haletant.

L’homme c’était Julien. Julien c’est le mari de Delphine. Delphine est la propriétaire de la seule librairie de la ville. La Librairie AB. Delphine s’est mise en tête d’organiser un salon « polars et vins » dans l’endroit le plus dangereux au monde infesté par les barons de la drogue, les fanatiques, les ministres et les caméras de télévision. L’idée à peine lancée elle s’est mise au travail. Ça lui a pris des mois entiers, des heures sans ses enfants à se démener pour faire venir des auteurs, pour trouver des partenaires, pour inviter des vignerons et pour fédérer.

Fédérer.

Quand t’as eu la chance de croiser Alexis, Dodo, Florence, Karine, Coco, Nicole, Stéphane et des dizaines d’autres bénévoles, quand t’as pris leurs sourires en pleine gueule, leur enthousiasme en pleine poire et leur gentillesse en pleine face eh bien tu te dis qu’ils en ont de la chance les barons de la drogue, les jihadistes, les ministres et les caméras de télévision d’être entouré de gens pareils.

Quand tu vois Delphine venir embrasser les 12 auteurs qu’elle a fait venir, quand tu la vois rire avec les 12 vignerons qui ont répondu à son appel, quand tu la vois peiner à se frayer un chemin parmi les centaines de personnes qui déambulent dans son salon, quand tu la vois solaire, irradier de douceur les gens qui l’entourent, quand tu vois tout le bien que la possibilité d’acheter des livres provoque tu comprends à quel point le livre est politique, la culture est politique

La joie est politique.

Grégory NICOLAS
De retour de Lunel la belle, quelques jours avant l’arrivée du printemps 2016

 

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