Le nouveau « roman » de Franck Bouysse va vous surprendre. J’écris roman entre guillemets à dessein évidemment. L’auteur de Né d’aucune femme délaisse en partie le côté romanesque de son oeuvre pour s’attacher à une figure familiale réelle : sa grand-mère, Marie et il nous narre son histoire, de sa naissance en 1912 en Corrèze jusqu’à sa mort.
D’abord, on se dit que ça ne va pas forcément nous intéresser. Cette vie, paysanne, toujours au même endroit qui traverse le siècle sans bouger. Mais on est facilement emporté par le style de Bouysse. Évidemment, il sait écrire, excellemment même. Si bien que Marie devient presque notre. On souffre avec elle de ses croyances, fausses, de sa naïveté, de son amour pour ses parents, son mari, ses enfants et ses petits enfants (dont l’auteur). On souffre surtout de ses drames.
Franck Bouysse commence son histoire par la mort de sa grand-mère, nous explique pourquoi il veut écrire à son propos et surtout qu’il va travestir, un peu, la vérité et que ça n’a pas d’importance, qu’il nous faut le suivre. Et prendre ce livre pour un roman.
C’est le vingtième siècle à la loupe ici, dans une bourgade perdue de Corrèze. Des paysans à perte de vue. Des bons, des gentils, des méchants, des avares, des superstitieux jusqu’au bout des ongles et l’église omniprésente. Au milieu de tout cela, l’école, bouée de sauvetage pour Marie, pendant longtemps et les livres qu’elle n’abandonnera qu’après un drame terrible pour elle.
Les deux guerres mondiales aussi sont contées : l’Histoire collective dans l’histoire individuelle. Les hommes qui en reviennent en 1918 sont cassés, incapables de vivre ni même de survivre. Cela sera le cas du père de Marie pour lequel Anna, son épouse fera tout en vain.
« La majorité des femmes vivaient dans l’ombre des maris, sous leur joug, ne se plaignant pas de leur, n’en imaginant aucun autre. D’une certaine manière, Anna s’était émancipée de l’emprise masculine sans le vouloir, et pour rien au monde ne désirait y être de nouveau assujettie. »
─ Franck Bouysse, Entre toutes
La résistance, dans les années quarante, bien peu reluisante ici voire même abusant sciemment d’un pouvoir que certains s’octroient. Des scènes très dures sont décrites, qui se passent dans la maison de Marie, en présence d’enfants…
La vie qui passe, vite finalement. Et on ne peut s’empêcher de penser à Une vie de Maupassant dont on se souvient de la phrase : « La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit. »
C’est tout cela que nous offre Franck Bouysse, une part de sa vie, de ses ancêtres, de sa vérité. De ces gens fortement attachés à la terre, jamais malades ou à en mourir, éreintés physiquement par le travail des champs et parfois intellectuellement par des superstitions très fortes.
Franck Bouysse ajoute à son histoire une critique sous jacente de notre société et de son évolution. Outre la résistance dont on vient de parler, les progrès techniques pas toujours utilisés à bon escient…
« Durant l’été 1945, deux mois après le débarquement des Alliés sur les plages normandes, on apprit que les Américains venaient d’utiliser la bombe atomique, affirmant que c’était un moyen de garantir la paix. Allez raconter ça aux victimes d’Hiroshima et de Nagasaki !
Aux Herbiers, on en parla, de la bombe. On prit parti pour les Américains. Après tout, sans eux, on serait encore sous le joug d’Hitler. Le Japon était loin, on oublia vite, on avait d’autres chats à fouetter. »
─ Franck Bouysse, Entre toutes
C’est également un roman à la gloire des femmes, à leur force de caractère, à leur façon de savoir résister aux hommes mauvais et de savoir se donner aux hommes bons pour partager leur vie avec eux. Marie et sa mère, Anna, auront ce bonheur, pourtant de courte durée et sauront se relever, pour leur(s) enfant(s), pour perpétuer la vie. Des femmes fortes, oui, ou des âmes fortes comme chez Giono, des femmes sensibles aussi.
Roman de l’intime, Entre toutes, finit par ressembler à une lettre qui dit l’admiration de l’auteur pour les femmes de sa famille et devient une déclaration d’amour universelle pour les mères.
Enfin, Franck Bouysse parsème son livre de phrases, définitives souvent, en tout cas de celles qu’on remarque et retient. De celles qui nous frappent durablement.
« Ils se retrouvèrent tous dans un grand silence, un de ces silences sur lesquels s’empale la douleurs des hommes. »
─ Franck Bouysse, Entre toutes
Nous ne savons pas encore ce que nous réserve la rentrée littéraire mais nous tenons là, avec Entre toutes un roman magnifique et éprouvant. Intime et très fort.




« Durant l’été 1945, deux mois après le débarquement des Alliés sur les plages normandes, on apprit que les Américains venaient d’utiliser la bombe atomique, affirmant que c’était un moyen de garantir la paix. Allez raconter ça aux victimes d’Hiroshima et de Nagasaki ! »
Extrait du roman de Franck Bouysse. Ca ne vous choque pas de repeter cette monumentale erreur historique. Non il n’a pas fallu 2 mois mais 14 mois pour obtenir la reddition de l’Empereur du Japon dopé au fanatisme de son peuple et de son armée. 14 mois de pertes sanglantes pour les 2 camps.
Que l’editeur laisse passer des erreurs comme cela, déjà ca pique. Mais que vous la repreniez, là NON !!!!!