Parfois, on se procure un livre ou une bande dessinée, sans trop savoir pourquoi, et on est déçu. On se demande pourquoi on s’y est intéressé alors qu’il n’avait rien pour nous plaire, et on a envie d’abandonner ces expériences. La prochaine fois que ceci arrivera, il conviendra de se souvenir de Mary Anning, scénarisé par Kapik et illustré par Julie Bouvot aux éditions Steinkis.
En effet, je ne m’intéresse pas particulièrement aux dinosaures, qui constituent le cœur de cet ouvrage dédié à la paléontologue Mary Anning. Et quand j’ai eu le livre entre les mains, je me suis demandé pourquoi. Certes, le trait de Julie Bouvot m’avait, de prime abord, plu. Mais allais-je vraiment éprouver du plaisir au cours de ces 144 pages ? Spoiler, oui.
Tout commence à cause du français (il le devint en 1798 lorsque la République de Genève fut annexée par la France) Jean André Deluc. Ce dernier fit un voyage à Lyme Regis, dans le sud de l’Angleterre, et il rencontra une petite fille à qui il apprit, au cours d’une conversation d’apparence anodine, à raisonner comme une scientifique. Cette petite fille, c’était Mary Anning, dont le père n’avait pas d’égal pour trouver des fossiles dans la falaise (qu’il vendait à bas prix pour survivre), et qui lui transmit son savoir.
Le problème, c’est qu’en raisonnant comme une scientifique, Mary Anning ne peut plus se contenter d’extraire ces fossiles. Elle doit comprendre d’où ils viennent. Depuis quand ? Elle pratique alors des dissections pour mieux comprendre le vivant et en arrive à une conclusion inimaginable : ces fossiles ont bien plus de 6.000 ans, date alors considérée comme celle de la Création divine. Pour ne pas perdre la face, et contre toute évidence, les hommes d’église présentent alors ces dinosaures comme des crocodiles.

Evidemment, Mary Anning va donc affronter la pensée de l’église, mais surtout celle des hommes. Nombreux sont les géologistes qui profiteront de ses découvertes pour être encensés à Londres tandis qu’elle continue à vivre dans une maison dont le toit fuit. Et surtout, elle vit seule, refusant de se marier pour ne pas dépendre d’un homme et continuer à escalader les fameuses falaises.
Petit à petit, son besoin se précise. Elle recherche la reconnaissance et envisage, avant d’arriver à Londres, de découvrir Bristol et les falaises de Portishead (celles qui donneront leur nom, deux siècles plus tard, au groupe de trip-hop qui, au passage, se prononce bien Portis-head).
La fin, vous la connaissez. Mary Anning est entrée dans l’histoire, puisque l’on réalise des bandes dessinées sur sa vie. Mais comment ? Et quand ? De son vivant ou après sa mort ? Pour le découvrir, il faudra lire cet ouvrage dont les illustrations et les couleurs léchées renforcent l’immersion dans cette Angleterre du XVIIIème siècle et qui, plus que de géologie ou de paléontologie, parle de l’humain. De la trajectoire d’une femme de classe populaire qui, par son intelligence et sa pugnacité, parviendra à renverser les idées reçues.



