CinémaÉphéméride

4 juin : 1971, sortie du film « Mort à Venise » de Luchino Visconti 

[mks_dropcap style= »letter » size= »85″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]A[/mks_dropcap]vant d’être le film que l’on connaît,  Mort à Venise est un court texte (Der Tod in Venedig, 1912) de l’écrivain allemand Thomas Mann, qui séjourna dans la ville italienne dès 1911. Cette adaptation fut réalisée par le grand réalisateur italien Luchino Visconti et sortit sur les écrans le 4 juin 1971. Aujourd’hui encore, les visiteurs de passage aiment s’asseoir à la terrasse du palace face à la lagune, tel un Dirk Bogarde viscontien espérant apercevoir la frêle silhouette d’un adolescent blond devant l’horizon trouble de la Sérénissime.

L’action du film se déroule en 1911, dans une Venise crépusculaire et envoûtante, visitée par la bourgeoisie insouciante. Le Grand Hôtel des Bains sur l’île du Lido (un chef-d’oeuvre d’architecture Art Nouveau, qui doit une grande partie de son prestige tardif au film), sert de villégiature à Gustav von Aschenbach, un vieux compositeur las et usé, à la recherche d’un peu de paix. C’est sans compter l’apparition d’un jeune adolescent blond au regard faussement blasé et à la silhouette d’éphèbe grec, le jeune Tadzio, venu passer quelques jours avec sa mère et sa sœur dans la ville italienne.

Et pour le pauvre Gustav, tout bascule…« De voir cette forme vivante, à la fois gracieuse et rude dans sa pré-virilité, se détacher sur l’horizon lointain du ciel et de la mer, surgir telle une figure divine et s’échapper, la chevelure ruisselante, de l’élément liquide, c’était un spectacle à inspirer des visions fabuleuses, quelque chose comme une poétique légende des âges primitifs, rapportant les origines de la beauté et la naissance des dieux ». Le compositeur est troublé par le jeune homme, qui semble incarner l’idéal de beauté éthérée à laquelle il a désespérément tenté de donner vie dans ses créations tout au long de son existence.

Tadzio ayant, par des regards croisés, pris conscience de la fascination qu’il exerce sur le compositeur, ce dernier rêve de l’aborder et en vient à remettre en question toutes ses croyances et certitudes. Dans une ville qu’il sait pourtant en proie à une épidémie de choléra que taisent les autorités, Aschenbach s’enfonce dans la déchéance… Mais il faut regarder Mort à Venise pour savoir ce qu’il advient de lui et comment, je n’en dirai donc pas d’avantage.

En tête d’affiche, l’acteur britannique célèbre à l’époque, Dirk Bogarde  –The Servant (1963), Les damnés (1969)- dans le rôle du compositeur, la belle Silvana Mangano dans celui de la baronne Moes, mère de Tadzio, et le jeune Björn Andresen, 15 ans à ‘époque du tournage, venu de sa Suède natale, que ce rôle enfermera pour l’éternité. On note aussi la présence de la belle Marisa Berenson dans le rôle de la femme du compositeur, par flash-backs venus du passé.

Le grand maître Luchino Visconti réussit le pari de donner vie à un personnage de la littérature aussi insaisissable que le jeune Tadzio, dont la beauté irréelle reste dans les mémoires, et à rendre palpable tout au long du film le drame et la mort que l’on pressent dès les premières minutes. A la vieillesse, la douleur, la souffrance du compositeur, il oppose remarquablement ici la beauté impénétrable, la jeunesse et l’insouciance de Tadzio, dans une Venise envoûtante. En résulte un film suspendu entre ciel et terre, traversé de fulgurances poétiques, d’une délicatesse et d’une pureté absolue.

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