Un enfant veut savoir pourquoi la mer monte et descend. Un autre se demande pourquoi il ne réagit pas comme les autres, ou pourquoi son camarade semble fonctionner différemment. Monde extérieur et monde intérieur, ce ne sont pas les mêmes interrogations, mais elles éclairent au fond le même besoin de comprendre. Dans la Nature et C’est mon cerveau, publiés aux éditions Milan, répondent chacun à ce désir profond d’éclaircir le monde. L’un regarde dehors. L’autre dedans. Et tous deux le font avec une intelligence rare.
Avec Dans la nature, Milan poursuit ce que la collection Mes p’tits docs fait très bien, en l’occurrence la transmission de connaissances, sans jamais prendre trop de hauteur. Le livre compile trois titres emblématiques autour de la mer, de la forêt et de la montagne, dans un recueil de 96 pages pensées comme une exploration joyeuse. On y apprend pourquoi la marée monte et descend, comment se forme une montagne, à quoi sert un phare, comment reconnaître certains arbres, ce qui distingue les forêts d’ici et d’ailleurs et même comment se forment les marées noires.
Au-delà des connaissances strictes, Dans la nature propose donc un éveil dans le sens le plus global du terme. L’ensemble est ponctué de jeux, devinettes, rébus et petites énigmes qui évitent au documentaire de se figer. C’est bien là son intelligence majeure puisque l’enfant n’apprend jamais aussi bien que lorsqu’il a l’impression de jouer. Et derrière son aspect très accessible, presque familier, Dans la nature réussit à poser les bases d’un rapport curieux et attentif au vivant, le tout dans une édition extrêmement agréable à manipuler.
Toutefois, la plus grande surprise vient probablement de C’est mon cerveau, signé Élise Gravel, autrice et illustratrice canadienne au trait immédiatement reconnaissable, connue pour son humour absurde et son sens de la pédagogie décalée. Ici, elle s’attaque à la neurodiversité, un sujet d’apparence délicat mais dont la complexité est totalement désamorcée dans cet ouvrage. Le point de départ est limpide, admettant que nous avons tous un cerveau, mais que nous ne fonctionnons pas tous de la même manière. Certains apprennent plus vite, d’autres ressentent plus fort, certains ont besoin de silence, d’autres de mouvement et certains se sentent vite débordés tandis que d’autres peinent à comprendre ce qu’ils ressentent. Et tout cela n’est ni honteux, ni anormal, et ne doit pas être corrigé à tout prix.

Le livre est malin puisqu’il ne se contente pas d’expliquer. Il rassure et dédramatise. Il invite les enfants à se regarder avec un peu plus de douceur, et les autres avec davantage d’empathie. Comme précisé en fin d’ouvrage, « grâce à nos différences, nous pouvons mettre ensemble nos idées… pour en créer de nouvelles, bien meilleures ». Ce passage illustre profondément l’efficacité du ton employé. Simple et accessible, mais toujours essentiel.
Ce n’est donc pas un petit manuel médical déguisé en album. C’est mon cerveau est un vrai livre jeunesse, drôle, vif, coloré, avec ce dessin si caractéristique d’Élise Gravel, à la fois un peu foutraque, extrêmement lisible et terriblement efficace. On retrouve d’ailleurs cette même énergie que dans ses autres livres, cette capacité à parler de sujets profonds avec des monstres rigolos, des têtes étonnées, des couleurs franches et un humour qui n’édulcore rien, mais rend tout plus respirable.
Ce qui relie finalement ces deux ouvrages, c’est qu’ils offrent aux enfants des clés de lecture. Dans la nature leur apprend à observer ce qui est dehors. C’est mon cerveau leur apprend à mieux comprendre ce qui se passe dedans. Car il est parfois nécessaire de mieux habiter le monde pour mieux s’habiter soi-même, et vice-versa.




