Petite devinette pour commencer cette chronique : quel est le point commun entre notre chroniqueur Stakhanoviste BeachBoy et Fellwinter ????
A priori, j’aurai tendance à dire aucun. Fellwinter n’en n’a cure de BeachBoy et réciproquement.
Mais là n’est pas le seul point commun.
Lucky Luke.
Lucky Luke ????????
Ouais.
Là, je vois vos yeux écarquillés, l’équipe d’intervention sur le qui-vive et l’injection de risperdal prête à être utilisée.
Non, tout va bien, ne vous inquiétez pas.
Le point commun, c’est bien Lucky Luke, car pour l’un comme pour l’autre, ils tirent plus vite que leur ombre.
Je ne dénombrerai pas l’amas de chroniques rédigées par mon collègue, j’en serai bien incapable, mais je peux vous certifier en revanche que pour cette année, le duo qui compose Fellwinter a sorti jusque là trois albums.
Alors, qui es-tu Fellwinter et que fais-tu ?
Fellwinter, c’est un duo Américain composé de Mercenary à la batterie et Taurus au chant et à la guitare. Et, au vue des blases utilisés par les deux gars, vous vous doutez qu’il ne s’agit pas là de pop ou de variété mais bien de Black Metal. Mais pas n’importe lequel : du Raw Black Metal. Pour vous donner une idée de ce qu’est ce style, le Raw est au Metal ce que Sentridoh est au rock, soit une version déglinguée et lo-fi du genre en question.
Maintenant, pour en revenir aux membres, il faut savoir aussi que les gars ont aussi créé un autre groupe, toujours dans le même style, dont ils sont également les deux seuls membres : Gauntlet Ring. Bref, quand je dis que qu’ils tirent plus vite que leur ombre, c’est que le duo a publié en Avril dernier, sous le pseudo Fellwinter, un excellent album homonyme et qu’ils ont réitéré ça le 11 septembre dernier en sortant non pas un mais deux albums sous leurs différents pseudos.
Si vous ajoutez à cela que Taurus est également derrière les projets, en solo bien sûr, de Atheosophia et Arbor, qui ont, rappelons-le, sorti un album chacun cette année, et que les comparses gèrent en même temps leur label Blood And Crescent, vous comprendrez aisément la comparaison avec le personnage de Morris.
Aujourd’hui, là, maintenant, celui qui nous intéresse, c’est Writ Black In Blood Of Fallen Angels de Fellwinter, la partie la plus abordable de tous les projets.
Abordable, évidemment, c’est vite dit.
Si vous aimez les fast blasts, les chants entre scream et growl, les guitares bien saturées qui peuvent monter très haut dans les aigus, cette impression que votre vie est en jeu si vous ne parvenez pas à échapper à la créature monstrueuse qui vous poursuit depuis le fin fond des abîmes, Fellwinter est fait pour vous. Si vous n’aimez pas, en revanche, tentez quand même car Writ Black est vraiment un disque singulier.

Bien sûr, tous les ingrédients propres au Raw sont présents mais, à contrario d’un groupe comme Chat Pile où vous vous prenez l’album en frontal, Writ Black agit de façon bien plus pernicieuse. A l’image de Gallows Songs Of Automnal Blood, morceau introductif et véritable modèle du genre. Sur presque 10 minutes, le duo va démontrer tout son savoir-faire en la matière : blast, growl, guitares saturées mais aussi apport d’un instrument aux antipodes du genre représenté (flûte), break quasi pastoral privilégiant l’acoustique, alternance break/moments de tension pure et crescendo électrique jusqu’à un final se concluant par un cut bien abrupt. C’est passionnant, mené de main de maître et surtout, à travers cette course éperdue, le duo fait preuve d’un talent de dingue pour sculpter des paysages sonores très imagés (là, on visualise parfaitement une course effrénée dans des sous-bois givrés) tout en créant des mélodies qui resteront vissées ad vitam dans votre boîte crânienne.
Killer Of God, morceau suivant, enfonce le clou en prolongeant cette furie mais étonne par ses chœurs fantomatiques, qu’on imaginerait bien sortis d’un cauchemar de Tim Burton, ainsi que sa très longue introduction (à tel point qu’on pensait Killer Of God instrumental). Pour le reste, aucune surprise, qualitativement parlant, c’est identique à Gallows : une succession de riffs menée tambour battant avec une grande maestria et une aisance mélodique assez sidérante. Le duo vous emmène où il veut, comme il veut et vous ne pouvez rien y faire. Une fois pris dans ses filets, c’est foutu, vous devenez addict et il vous sera très difficile d’en décrocher. Parce qu’avec Writ Black, Fellwinter maîtrise son sujet sur le bout des doigts, alternant accalmies et coups de speed impressionnants, dosant les respirations à la perfection avant de resserrer son emprise de plus belle. Alors oui, les riffs sont acérés, précis, rapides, la guitare en totale adéquation avec le style lo-fi lors des moments calmes, mais la clé de voûte de l’ensemble, c’est le jeu démentiel de Mercenary. Le gars est capable de maintenir un rythme ahurissant pendant de longues minutes tout en variant les pulsations (Crimson Storms). Bref, de faire preuve de subtilité (il suffit d’écouter l’évolution de son jeu sur Lords Of Dark Energy par exemple). Autre élément qui fait varier l’atmosphère de chaque chanson, c’est l’utilisation des chœurs et de la flûte. Alors, certes le duo en use systématiquement (un morceau sur deux) mais de façon très intelligente ( A tel point que les parties jouées à la flûte en deviennent presque obsédantes)et, malgré tout, avec parcimonie.
Aussi, si je puis me permettre de paraphraser mon collègue Beachboy avec David Thomas Broughton, nous sommes ici en présence d’un chef-d’œuvre. Clairement, dans son style, il sera difficile de trouver meilleur. Et tous styles confondus, il s’agit là d’un des meilleurs albums de l’année. Qu’on se le dise.

Fellwinter · Writ Black In Blood Of Fallen Angels
Blood And Crescent – 11 Septembre 2026


