Chroniques Musique

Florent Marchet, « Garden Party » ou le bal des apparences

Parfois il suffit de laisser la banalité du quotidien nous pénétrer pour laisser jaillir la lumière.
Alors que le premier confinement sonnait le glas de nos vies, Florent Marchet, comme nous tous, profitait de ces instants hors du temps pour, et je le cite, « apprendre à faire du pain, organiser des apéros zoom, trier [ses] vieux t-shirts, repeindre le buffet de la cuisine. »

Des activités à mille lieux de l’idée de composer un nouvel album. Pourtant, depuis Bambi Galaxy en 2014, il nous avait un peu laissé sur notre faim. Malgré tout, Florent n’a pas perdu de temps pendant ces années : composition de musiques de films (Going to Brazil, Je promets d’être sage, Les Aventures du jeune Voltaire…), un roman chez Stock en 2020 (Le Monde du vivant), des collaborations (avec Arnaud Cathrine notamment). Une vie bien remplie à laquelle manquait une nouvelle pierre à sa discographie.

Ainsi, Florent Marchet nous convie le 10 juin 2022, à une Garden Party, durant laquelle les masques tombent au fil des chansons, nous rappelant que souvent les apparences sont trompeuses. Ne vous fiez pas à la pochette colorée, signée Charlotte Esquerré : un pavillon de banlieue, une famille (celle de Florent) et celui-ci, chaussé de bottes en plastique, tel un playmobil échappé de l’enfance. Le décor est planté et derrière ces murs, des drames se jouent à l’abri des regards.


En prenant le temps d’observer ces maisons de banlieue, en promenant son chien, Raymond, Florent Marchet commence à trouver une source d’inspiration, à raconter l’histoire de ces vies minuscules, nos vies minuscules. L’album prend forme petit à petit, piano/voix, minimalisme des arrangements, 13 nouvelles qui se dessinent, car oui, nous pouvons parler de chansons littéraires tant le travail d’écriture est prépondérant.

Dès le morceau d’ouverture, De Justesse, l’histoire se déroule, celle du père qui a peur que son enfant reproduise les mêmes erreurs : le sentiment de toute puissance que l’on ressent durant l’enfance et l’adolescence, le désir de repousser ses limites en occultant le danger. Pour l’anecdote, Florent évoque le moment où il a sauté d’un rocher, sans se soucier du danger, la prise de conscience d’avoir risqué sa vie bêtement et « s’en sortir indemne ».

De ses compositions épurées, l’ingénieur du son mixeur Loris Bernot (spécialiste de la musique instrumentale), a su rehausser les envies de Florent Marchet : pianos préparés, étouffés, synthés, bricolages en tous genres. Des recherches sonores qui s’étirent avec Raphaël Chassin (Vanessa Paradis, Hugh Coltman), batteur percussionniste avec qui il travaille depuis des années, qui n’a pas hésité à utiliser des lames de parquet, un tabouret ou encore un aspirateur pour se réinventer.

Tout comme François Poggio (Etienne Daho, Lou Doillon..), guitariste, acolyte de toujours, en perpétuelle recherche de sons. Pour parfaire cet ensemble de bricoleurs soniques, Marc Chouarain (Benjamin Biolay, Woodkid, Orelsan) vient compléter l’équipe avec des instruments insolites tels le Cristal Baschet ou les ondes Martenot. Mais c’était sans compter sur les envies de cuivres de Florent Marchet pour un résultat détonnant, pour notre plus grand plaisir !

Pour le reste, Florent Marchet déroule des vérités : la famille et ses complexités, l’amour et la haine, une forme de paradoxe permanent. Un morceau qui ne peut laisser indifférent, nous nous sommes tous construits avec des douleurs, des non-dits… tout ce que l’on garde pour soi et qui nous empêche de vivre… En famille.

Le motif s’étire sur La vie dans les dents, la rupture et le sentiment d’impuissance que l’on ressent face à nos adolescents qui prennent leur envol, en nous laissant sur le côté, spectateurs indigents. Mais, que dire, du titre, Paris/Nice, en forme de coming out, la famille et ses silences pesants.

Sans doute que le sommet de l’album réside en Freddie Mercury, souvenir adolescent d’un ami qui a traversé notre vie. Talk-over sublime, une histoire lancée en quelques 8 minutes, titre le plus long de Garden Party, épuré, pour laisser le texte prendre toute la place sur des touches de pianos… merveille !

Les amis, et tout ce qu’il en reste, des souvenirs épars qui nous accompagnent tout au long de notre vie, effacés au fil du temps, mais si importants dans notre construction d’adulte, souvenirs importants malgré l’éloignement.

Pourtant, derrière nos fenêtres, un mal, plus grand encore, hante des vies : les violences conjugales. Car, derrière les parois de ces pavillons, des douleurs invisibles existent. Les titres, Comme il est beau, en forme d’excuse, Créteil Soleil, tromperie ordinaire, ou encore, Loin Montréal, en collaboration avec l’artiste P.R2B au chant, content l’éloignement nécessaire dans certaines situations et la mauvaise foi qui peut en résulter quand les sentiments s’en mêlent, lucidité malsaine.

Florent Marchet n’hésite pas à nous inviter à sortir de notre zone de confort pour comprendre ce qui parfois nous pousse à sortir de notre quotidien. Une recherche perpétuelle du bonheur, sans doute, une fuite en avant nécessaire (Lindergh-Plage, La Dakota).

Avec Garden Party, Florent Marchet explore des thèmes qui rentrent en résonnance avec des vécus qui nous animent : la famille, les amis, les aléas de la vie, les ruptures, les violences qui nous étreignent. La vie, tout simplement, les complexes familiaux en forme de nostalgie. Tout ce qui nous annihile et nous empêche parfois d’avancer… Je pense à des auteurs comme Nicolas Mathieu, qui au creux de ses romans, délite des moments fondateurs, qui, parfois, nous empêchent d’avancer et de nous retrouver. Serions nous tous névrosés à notre façon ?

Sans doute que cette Garden Party est un paravent social, un moment où nous évoluons parés d’un masque. Mais, au-delà de ces considérations, purement métaphysiques, il est simple de dire que ce nouvel album est une merveille, à écouter au creux de soi, tout simplement !

Florent Marchet a d’ores et déjà commencé sa tournée dans toute la France, plus d’infos à retrouver par ICI !

 

Garden PartyFlorent Marchet

 

Nodiva/Wagram – 10 juin 2022

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Image bandeau : @Charlotte Esquerré

 

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