Chronique Musique

France, nos larmes nous révèlent ce qui nous rend vivants

La mort a finalement cueilli France Gall ce dimanche matin, comme elle le fera pour chacun. Mais nos larmes, mais nos larmes…

Une voix fluette et puissante.
Une douceur innocente les yeux ouverts sur ces souffrances récurrentes.
Une énergie dans nos vies, sautillante ou mélancolique, déchirante ou saccadée, éruptive ou intérieure, célébrant l’amour ou pleurant la mort.

Il est des artistes félins qui paraissent faire se succéder plusieurs existences les unes aux autres, sans jamais se dissembler à chaque instant. C’est une rivière qui change de rythme au gré des paysages qu’elle traverse, renouvelant ses flots, nourrissant des terres différentes.

Débutant en des tumultes cascadants et joyeux, ru insouciant qu’on croit se tarissant prochainement.

Se relâchant dans les hautes plaines en une onde claire nourrie des fougueux torrents venus d’autres cimes, s’enrichissant d’amoureux affluents, s’égayant en circonvolutions où on aime à plonger et jouir en s’esclaffant.

https://www.youtube.com/watch?v=7gPedUCBdec

Puis s’élargissant en un fleuve pacifié et pacifiant qui emmène les nations dans sa voluptueuse puissance, marée dans nos cœurs.

Enfin s’alanguissant dans les méandres d’un delta d’amertumes, stagnant au fil du chapelet de tragédies personnelles qui délitent la vie par lambeaux, tarissent le courant, laissent exsangue de tristesse, un fardeau en dedans qui fait plonger vers les entrailles de la terre, racler le fond des lits, s’éteindre dans les marais du désespoir.

Nos larmes, nos larmes… ne sont celles de cette fin de vie qui n’en finit pas. Chacun des sanglots naît des mots clamés par France Gall, une vigueur qui met en joie, une langueur qui mène à cette tristesse qu’on chérit, celle de pleurer d’un spleen agréable, qui dénude chaque petit moment du quotidien et ravigote l’âme.

Quelques disques ne cesseront de nous revivifier, sans nous leurrer sur un monde qui serait trop beau, en jouissant de ce qu’il est finalement, chacune de nos solitudes résistant à travers l’amour des autres, au sein de l’amour pour l’autre.

France, tu nous rends vivants. Mes larmes continueront à en témoigner.


Merci à Mario de nous avoir confié ce texte et d’avoir, ainsi, partagé son émotion avec nous…

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