Chronique Musique

Fufanu et les olympiades du post-punk islandais

Ecrit par Ivlo Dark

Pour les fidèles lecteurs d’Addict-Culture, un article qui sort sous l’empreinte de ma griffe, c’est la quasi-certitude de se retrouver avec une causerie soit pour une énième sensation islandaise, soit pour un maître ou serviteur du vaste royaume post-punk… Pigiste auto-désigné pour balancer quelques métaphores stylisées à base d’aurores boréales et de nuées de corbeaux.

Autant vous prévenir que, cette fois-ci, je vais être terriblement incontrôlable puisque je vais combiner les deux versants musicaux qui m’animent le plus. Géographiquement, c’est donc un retour sur l’île des volcans et des légendes qui se trame. Pour le style, il s’agit bien d’un rock alternatif inspiré par la new wave la plus glacée que l’on puisse connaitre (sans doute la promiscuité latitudinale avec l’Arctique)

Le groupe s’appelle Fufanu et ne s’encombre pas de reliures oniriques. Le son de leur premier album Few More Days To Go (2015) sera brut et abrupt. Bande nerveuse qui semblait illustrer les troubles abyssaux de l’anti-héros Erlendur.

Avec Circus Life, les islandais recalaient les autres disciples de Joy Division  dans la catégorie des chanteurs d’opérettes. L’autre instant intense du premier LP lévitait sur les guitares stridentes de Will We Last. Ne manquait plus qu’un remix de Damon Albarn sur Ballerina In The Rain afin de lancer la curiosité au rang des promesses.

Le groupe signé chez One Little Indian revient en cet hiver 2017 avec Sports et quelques exercices d’assouplissements des plus revigorants.

La prise d’élan est progressive, syncopée par une guitare aux tremblements énergiques. Bien aidé pour l’épreuve par une batterie au diapason, le retour des nappes synthétiques est évident et donne plus d’amplitude au lancé de javelot que l’on s’imagine tenté aux J.O d’hiver de Rostov-sur-le-Don. Pour ma part, je préfère largement la performance de cette édition du côté de Reykjavík.

Sports démarre donc sans aucun faux-rythme et dès la seconde piste, nous devinons parfaitement le développement musculaire des athlètes. Gone For More donne le tempo et frise le délire électro-dark idéal pour remettre le feu au dancefloor ! Réminiscence des premières amours au sein du duo floqué du blason Captain Fufanu ?

L’exotisme de Tokyo est discret, légèrement souffreteux sur les lyrics, mais avec toujours cette propulsion qui donne de l’entrain à la matière. Avec Nick Zinner (Yeah Yeah Yeahs) à la production c’est toute une machinerie qui actionne les programmes.

Le trio mené par son piquant chanteur, Kaktus Einarsson (le fils d’Einar Orn des Sugarcubes) passe à la vitesse supérieure sur les pulsations pop de Just Me. Sans révolutionner la matrice, Fufanu parvient à passer le cap qui permet aux simples copistes de remplir désormais les rangs des développeurs d’idées. Ou comment repenser la structure minimaliste noire avec un maximum d’effets et de lumière.

Bad Rockets serait en ce sens la transition parfaite avec son humeur moite, son caractère neurasthénique axé sur des vibrations thérapeutiques pouvant finalement se révéler aussi curatives que dangereuses.

Au final, l’album, qui dans les bacs depuis le 3 février, est une belle réussite de genre où une guitare bileuse vient se frictionner au contact d’un chant quasi mono-expressif et une température rythmique parfois proche du zéro degré Celcius.

C’est cette carence de relief et de couleur qui manquera sur les derniers titres du disque, même si l’ensemble mérite quelques récompenses au tableau des médailles. Fantasmons alors l’hymne Lofsöngur (dans une version brumeuse) crépitant dans les enceintes du stade. Fufanu sur le podium de tous les espoirs car s’il y une farouche complémentarité entre l’acte I et l’acte II, c’est aussi la résultante d’un resserrement interne salvateur.

Le groupe ne figure pas sur le devant de la scène afin de surjouer les classiques, le groupe déplie simplement sa propre partition sans ébranler les codes. Il y a bien évidemment une suite logique entre leur récente genèse et Sports. Inutile pour autant de réfuter la sensation que, désormais, le nappage est devenu plus abordable pour le commun des mortels (sans que les airs ne s’engouffrent dans la facilité d’une mouvance actuelle, adepte de la caricature grotesque à base de piètre revival cheap).

Chez Kaktus, Guðlaugur et Erling il n’y a pas de masque. Vivant dans une région où il fait quasiment nuit la moitié de l’année, le caractère de ces garçons est déjà suffisamment trempé, celui des fils de vikings qui se mêle à une éducation culturelle qui pourrait être considérée comme passéiste par certains ayatollahs peu avertis…

En 1978, Allen Ravenstine du groupe Pere Ubu déclarait  « Les Sex Pistols chantent No Future, mais il y a un futur et nous essayons de le construire»

En 2017, le futur est sans nul doute dans la prise de pouvoir par cette génération, révérencieuse mais surtout bien prête à empoigner le témoin, expérimenter encore et toujours, tendre le bras, lever la flamme de l’esprit alternatif toujours plus vite, plus haut, plus fort.

Site OfficielFacebookOne Little Indian

 

  •  
    71
    Partages
  • 71
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   

Ajouter un commentaire