Chronique Musique

Les tours infernales selon Godspeed You! Black Emperor

Godspeed You Black Emperor / Luciferian Towers / Yannick Grandmont / Constellation Records SP
Ecrit par Beachboy

Et voilà, l’été est fini, oublions les mélodies légères et les sourires innocents, la grisaille s’installe, le ciel s’assombrit, les murs tremblent… Godspeed You! Black Emperor est de retour avec un sixième album intitulé Luciferian Towers.

À l’heure où les manifs ont bien du mal à se lancer contre les ordonnances macroniennes et à renouveler les slogans, une musique sans paroles vient saper avec force et conviction les fondations du capitalisme.

Après une longue séparation de dix ans, Godspeed You! Black Emperor reprend le cours de sa carrière. Luciferian Towers a été enregistré en fin d’année 2016, à Montréal avec Greg Norman, déjà présent aux manettes sur Asunder, Sweet And Other Distress.

Les morceaux déjà longuement testés sur scène sont nés des diverses collaborations ou événements auxquels Efrim Manuel Menuck et compagnie ont participé ces dernières années, que ce soit leur concert donné sur place, en souvenir des 100 ans de  la Bataille de Messines ou bien encore Monumental, leur collaboration avec la compagnie de danse The Holy Body Tatto.

Ainsi, ceux qui ont ont vu le groupe en concert récemment retrouveront deux morceaux joués précédemment sous les noms de Buildings et de Railroads dorénavant dénommés Bosses Hang et Anthem For No State.

Ces tours et ses détours participent à l’aura du groupe, depuis sa création au milieu des années 90 par Efrim, Mike Moya et Mauro Pezzente. Les musiciens rentrent et sortent, pourraient même constituer une équipe de rugby, les collaborations au sein du label Constellation se multiplient, le fan est perdu mais fasciné et se prend en pleine tête leurs trois monstrueux premiers albums, l’anarchie envahit le post-rock, avant une longue rupture qu’on eût pensée définitive en 2002.

Luciferian Towers marque donc le 3ème échelon de leur reprise, cinq ans après la parution surprise de Allelujah! Don’t Bend! Ascend!, pont parfait entre les gargantuesques débuts et une suite plus concise.

Sur la forme, Luciferian Towers est très proche de son prédécesseur Asunder, Sweet And Other Distress sorti en 2015 : relativement court, même pas le temps de supporter toute une mi-temps d’un match de football, alors qu’avec Yanqui U.X.O. et Lift Yr. Skinny Fists Like Antennas to Heaven!, tu pouvais attendre peinard les pénos, sans te lever de ton canapé.

L’album comporte également quatre titres, soit Bosses Hang et Anthem For No Stat, deux longues pièces de près d’un quart d’heure, déclinées en trois parties, précédées de morceaux plus courts Undoing A Luciferian Towers et Fam/Famine.

C’est sur le fond que les choses semblent changer, là où Asunder, Sweet And Other Distress n’était que violence sourde et apocalypse, Luciferian Towers semble traversé d’une joie terrifiante et menaçante,  symbolisée par  les trompettes, flûtes et saxophones torturés par Bonnie Kane et Craig Peterson sur Undoing A Luciferian Towers.

J’ai peut-être des problèmes d’oreille interne, mais j’entends même dans les guitares de Bosses Hang le célèbre With A Little Help From My Friends, version Joe Cocker ou encore quelques scories du Baba O’Riley des Who, comme si nos canadiens plongeaient dans l’optimisme le plus féroce, certains du succès de leur combat, dressons les barricades !

Cela reste malgré tout, du GY!BE, dense, puissant et hypnotique, Undoing A Luciferian Towers rappelle l’ambiance sonore de Lift Yr. Skinny Fists Like Antennas to Heaven!, le violon de Sophie Trudeau sur Anthem For No State nous renvoie à la mélancolie de F♯A♯∞.

Anthem For No State, dont la mélodie le rapproche de Motherfucker=Redeemer, quant à lui, morceau phare du groupe, emporte Ennio Morricone dans un maelström sonique : il était une fois la révolution aux portes de l’enfer.

Godspeed You! Black Emperor apporte une nouvelle pièce à son édifice, pour mieux le détruire.
Luciferian Towers s’inscrit parfaitement dans la discographie du groupe, entre fascination pour certains et lassitude pour d’autres, mais offre un point d’entrée remarquable pour qui ne connaîtrait GY!BE.
C’est un excellent album, digne de ses glorieux prédécesseurs. Godspeed You! Black Emperor surtout à ne pas manquer lors de leur tournée française mi-octobre, qui se clôturera par un passage à L’Élysée Montmartre le 07 novembre.

Luciferian Towers est disponible chez Constellation Records depuis le 22 septembre

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