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Broadcast – Goldfrapp : Cinématographique

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Rappelez-vous, c’était à l’aube d’un nouveau millénaire, ou plutôt au crépuscule de l’ancien. L’année 2000.

Le grunge avait avalé son extrait d’acte de naissance depuis un certain temps déjà. La Britpop n’intéressait plus grand monde hormis quelques insulaires nostalgiques. Le Trip Hop avait tiré ses plus belles cartouches et les journalistes Rock attendaient sans le savoir la déferlante des groupes en The – mais oui, vous savez, The White Stripes, The Strokes, The Libertines, The Hives, The Vines….. – histoire de pouvoir se retoucher la nouille pour une jouissance éphémère jusqu’à la prochaine scène garage, au hasard celle de San Francisco, mais ceci est une autre histoire.

L’an 2000, qui ne fût pas avare en disques de très haute volée, allait nous offrir deux monuments. Deux coups d’essais qui se sont transformés en coups de maître. Deux OVNI cinématographiques qui laissèrent pantois ceux qui étaient entrés de plein-pied dans cet univers onirique. La plupart ne s’en sont d’ailleurs toujours pas remis.

Les deux groupes proviennent tous les deux d’Angleterre. Londres pour Goldfrapp et Birmingham pour Broadcast. Les deux albums en question : Felt Mountain et The Noise Made By People. Il me semblait intéressant, pour fêter le quinzième anniversaire de ces deux œuvres fortement influencées par l’univers musical du cinéma, de les mettre en parallèle, histoire d’essayer de décortiquer les diverses influences qui ont permis à ces deux albums de voir le jour.

Goldfrapp DavcomFelt Mountain, le premier album de Goldfrapp, duo composé d’Alison Goldfrapp, chanteuse, et de Will Gregory, homme à tout faire, donne directement le ton dans les crédits et autres remerciements à l’intérieur de la pochette, remerciements qui vont directement dans les pognes de Sergio Leone et d’Ennio Morricone. Il serait cependant assez réducteur de les confiner dans ces seules influences, Michel Legrand et François de Roubaix étant les deux autres noms prestigieux qui viennent à l’esprit.

Si ce disque fonctionne si bien, c’est surtout grâce à l’apport conjoint du chant d’Alison Goldfrapp, tantôt plaintif, tantôt enfantin, tantôt d’une sensualité et d’une classe folles, et de l’orchestration géniale de Wil Gregory, qui n’était pas un novice en la matière puisque ayant collaboré à différents projets musicaux tels Tears For Fears, Spiritualized ou encore Portishead, sans oublier son cursus classique initial.

L’oeuvre fonctionne un peu comme un voyage qui atteindrait les nuages. Dès Lovely Head, et son sifflement initial, on se sent porté par la magie doucereuse d’un trip en tapis volant, trouvant son aboutissement sur Paper Bag, là-haut, au dessus des volutes cotonneuses. Nous y sommes, dans les nuages, et on y reste, avec Pilots, un morceau qui arracherait des larmes à un caillou fertile, avant d’arpenter de somptueux palais grâce à Human et Utopia, les deux titres les plus enlevés de cet album, ou encore de traverser un monde d’équilibristes-baltringues par la grâce d’Oompa Radar.

***

Broadcast DavcomSi Felt Mountain est un disque qui doit beaucoup à Ennio Morricone, alors The Noise Made By People sera un disque fort proche de l’univers de John Barry et par corollaire à celui de James Bond. Fait étonnant, les Londoniens de Goldfrapp nous ont offert un disque plutôt d’espaces, de montagnes, voire campagnard, tandis que Broadcast nous propose un disque plus londonien, dans une époque qui n’est pas vraiment la nôtre, avec des filles en robes légères et des jeunes dandy voyageant dans Soho sous un soleil bien rare.

Différents climats, d’ailleurs, peuplent ce disque, qui se montre tour à tour joyeux ou emprunt d’inquiétude, de l’ordre du 50/50. Niveau soleil radieux emprunt de légèreté, on retiendra les merveilleux Long Was The Year, Unchanging Window, Come On Let’s Go, Papercuts ou encore City In Progress, le reste jouant dans un registre plus sombre.

Véritable incongruité au sein du label WARP, label anglais spécialiste de la Techno anglaise, qui abritait ou abrite encore des gens comme Aphex Twin, Autechre, Squarepusher ou Plaid, ils y trouveront néanmoins leur place avec leur orfèvrerie Pop échappée du terrain Electro digne d’un Stereolab mais en mieux. Après tout, le label allait aussi finir par s’ouvrir aux groupes tels Grizzly Bear ou Gravenhurst, et de ce fait montrer des signes avant-coureurs d’ouverture – si peu – vers plus d’éclectisme.

Que reste-t-il de ces deux formations aujourd’hui ? Rien, ou rien grand chose, serais-je tenté de dire, les deux groupes ayant connu des trajectoires fort différentes.

Broadcast continuera à sortir de très bons disques, à savoir Ha Ha Sound et Tender Buttons, ainsi que des collaborations avec The Focus Group, avant que Trish Keenan ne contracte le virus H1N1 lors d’une tournée en Australie, et qui comme souvent se transformera en pneumonie sévère. Elle n’en réchappera pas, prodiguant son dernier souffle le 14 janvier 2011 à l’âge de 42 ans.

Goldfrapp ne rééditera pas l’exploit, enquillant des mauvais disques une fois Euro-Pop, une fois Glam, une fois Folk-Pop, avant de revenir en meilleure forme en 2013 avec Tales Of Us, quoique certains trouveront dans Seventh Tree quelque chose à se mettre sous la dent.

Quoiqu’il en soit, 15 ans plus tard, ces deux albums n’ont absolument pas perdu leurs pertinences, semblant être sans âge et intemporels, nous rappelant aussi combien le fragile équilibre entre grâce et savoir-faire n’est pas donné à tout le monde, tout le temps.

Broadcast, The Noise Made By People chez Warp Records.

Goldfrapp, Felt Mountain chez Mute Records.

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