Littérature Etrangère

Hanif Kureishi, « L’Air de Rien » : du cynisme considéré comme l’un des beaux-arts

Écrit par Velda

Hanif Kureishi s’est fait connaître du grand public en tant que scénariste du film réalisé par Stephen Frears, My Beautiful Launderette, puis de Sammy et Rosie s’Envoient en l’Air, réalisé par le même, sortis respectivement en 1985 et 1987.

Depuis, l’auteur, né à Londres en 1954 d’une mère anglaise et d’un père pakistanais, partage sa vie entre romans, théâtre et cinéma.
L’Air de Rien est son septième roman, et l’auteur n’a rien perdu de sa verve, de son humour froid et mordant… C’est le monde du cinéma, le couple et la vieillesse qui font les frais, cette fois, de ce texte douloureusement drôle, terriblement réaliste et crépusculaire.

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Waldo, metteur en scène de renom, vit à Londres dans le quartier de Victoria. Depuis plusieurs années, il est pratiquement grabataire : victime d’un AVC, il ne peut plus marcher, ne se déplace plus qu’en fauteuil roulant, n’entend plus grand-chose, peut à peine bouger les bras et est entièrement à la merci de sa femme Zenab, dite Zee, de 20 ans sa cadette, avec laquelle il est marié depuis 22 ans. Zee lui masse les pieds, le nourrit, le soigne. Beau dévouement…
Zee est belle, jeune, élégante, intelligente. Zee s’ennuie, Zee est fatiguée. Après une existence tourbillonnante aux côtés d’un réalisateur prestigieux, une vie de voyages, de fêtes et de victoires, la chute est rude. Et Eddie est là. Ami de longue date du couple, Eddie est un brave type, il a été séduisant, c’est un raté attendrissant, toujours fauché, toujours sur la brèche… À côté de Zee, il a un rôle à jouer. Saura-t-il se montrer à la hauteur des circonstances ?
Et Waldo, le narrateur, comment va-t-il négocier ce difficile virage juste avant la mort ? Car Waldo, s’il est lourdement handicapé, est parfaitement lucide. Il n’a rien perdu de sa causticité, de sa clairvoyance. Jour après jour, il observe la situation, vert de jalousie et d’impuissance…
Alors, un vaudeville, une histoire de ménage à trois et d’amant dans le placard ? Ce serait mal connaître Hanif Kureishi.

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Hanif Kureishi/Michael C. Carlos Museum-Emory University/08.09.2008/Nrbelex

Tout au long des 180 pages que compte L’Air de Rien, Kureishi s’amuse, et nous aussi. Enfin, si on veut… Waldo n’a plus grand-chose à faire que de se plonger dans ses souvenirs : son bureau en est peuplé. Cartes postales signées David Bowie, photos de Waldo avec Joe Strummer ou Dennis Hopper… Waldo a vécu sa jeunesse dans les années 60 et 70. Il était beau, à l’époque…
Aujourd’hui, il bave dans sa barbe, pisse au lit, fulmine contre cet Eddie à qui il souhaite le pire, regarde cette femme magnifique qu’il ne peut même plus désirer. Tous les soirs, Eddie est là. Il regarde le journal télévisé avec Waldo, lui fait la conversation. Parfois même, ils regardent un film tous les trois. Mais souvent Eddie et Zee le laissent tout seul. S’en vont dîner dans le restaurant italien qu’ils affectionnent tous. Et rentrent tard… Et font du bruit jusque tard dans la nuit. Insupportable pour Waldo.
L’impuissance, la maudite impuissance… Et la mort qui vient… Avant de la laisser gagner la partie finale, Waldo veut une dernière victoire. Elle sera cruelle, machiavélique, absurde, à l’image de la personnalité de son auteur.
Et au bout du compte : Mourir, ce n’est pas si mal. Vous devriez essayer à l’occasion.

Avec L’Air de Rien, Kureishi, s’il ne se montre pas au mieux de sa forme, livre quand même un roman agréable à lire, hésitant entre comédie cruelle, satire sociale et roman noir.

L’Air de Rien de Hanif Kureishi
traduit de l’anglais par Florence Caberet Christian Bourgois éditeur

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