Littérature Francophone

Hugues Blineau, « Vies et morts de John Lennon » : variation autour du deuil

Nous sommes le 08 décembre 1980. Peu avant 23 heures, John Lennon est abattu par Mark David Chapman devant le Dakota Building à New York. Voici le point de départ de Vies et morts de John Lennon, nouveau roman d’Hugues Blineau sorti en mars dernier chez Mediapop Éditions, un an après un premier roman consacré aux Beatles, Le jour où les Beatles se sont séparés, autre temps fort de l’histoire de ce groupe mythique qui s’est inscrit dans la légende pour l’éternité.

Un angle d’approche pour le moins original qui, loin de s’épancher sur les gloires passées, choisit de rentrer dans la peau de ceux qui ont vécu l’instant : quarante personnages, 20 anonymes et 20 personnalités.

À la une des journaux, cent visages différents. Aucun ne correspond à ce qu’il est devenu aujourd’hui. Ce qu’il est vraiment.
Plus rien.
Plus rien, sinon ce qu’il a été et ce qu’il a transmis. Deux choses inséparables.
Hugues Blineau

Une forme de variation sur le thème du deuil, à travers la figure de John Lennon. Une expérience de l’intime qui revêt l’apparence d’un diptyque, autant par la thématique qui s’étire autour des Beatles que dans l’opposition entre anonymes et personnalités qui se rejoignent dans la peine.

Des voix qui s’entremêlent et se répondent : de Yoko Ono aux trois autres garçons dans le vent, de Geoff Emerick en passant par la photographe Annie Leibovitz aux deux garçons de John, Sean et Julian – dont les noms de famille s’effacent tout au long du récit – les anonymes auxquels nous nous identifions. Un récit empruntant à la forme littéraire du fragment des paragraphes courts au creux desquels plane l’âme de celui qui n’est plus, suspendu dans le temps à tout jamais.

Un roman qui m’a touchée au plus haut point, bien au-delà de l’évènement et de la perte d’un immense artiste. En 1980, je viens de naître, en décembre, j’ai neuf mois et j’ignore bien évidemment tout des Beatles et de John Lennon… En revanche, quarante ans plus tard je vis la douloureuse expérience du deuil, de la perte d’un être aimé et du temps nécessaire pour surmonter cette épreuve : un besoin constant de se souvenir, de chérir et d’honorer la figure de l’absence. Une cicatrisation impossible mais avec laquelle on se doit d’avancer chaque jour.

Alors, il s’agira ici d’explorer avec tous ces personnages ce long cheminement vers la vie, de le vivre aussi aux cotés de l’auteur : « Écrire pour se souvenir, non pour me souvenir mais pour combattre le déchirement de l’oubli en tant qu’il s’annonce absolu. » dit-il en citant Roland Barthes et son Journal de deuil dans l’épigraphe du roman.

Hugues Blineau transcende encore un peu plus son statut de critique rock (chez nos confrères de POPnews) pour revêtir pleinement celui d’écrivain dans ce second roman. À travers le personnage de Jean-Philippe Prud’homme, sorte de double romanesque de l’auteur et personnage récurrent dans son œuvre, il laisse sa voix s’exprimer, imprimer son style. L’adolescent rêveur et passionné en a encore sous le coude et nous avons déjà hâte de découvrir la suite. Lors de son passage dans l’émission de Laurent Goumarre, C’est côté club, sur France Inter, nous avons eu un petit aperçu du prochain volet… The Velvet Underground, Lou Reed, Jim Morrison… à suivre de très près. En attendant, je vous invite à vous procurer son second roman – et aussi le précédent – Vies et morts de John Lennon.

Et, parce que sans la musique la vie serait une erreur, comme disait l’autre, je vous laisse avec une petite playlist qui prend du sens au creux des mots !


 

Vies et morts de John Lennon de Hugues Blineau 

 

Mediapop Éditions, mars 2021

 

Site webFacebookInstagram Twitter

 


Image bandeau : Photo by Julie Ricard on Unsplash

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page