Chronique Musique

II/III, inquiétant bulletin de santé de Bruit Noir

bruit noir
Bruit Noir/2018/Simon Gosselin
Ecrit par Jism
Cher Confrère,

je vous adresse Mr Bouaziz pour état d’agitation dans un contexte d’épisode délirant avec idées de grandeur, délire de persécution et idéations suicidaires (oui je sais, c’est un peu contradictoire avec l’état d’agitation).

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Histoire de la maladie :

Mr Bouaziz est un patient souffrant de graves troubles de la personnalité bien antérieurs à l’épisode actuel. D’après son dossier, ceux-ci auraient commencé il y a plus de vingt, en 1997. Le patient, sous sa première personnalité, à savoir Mendelson, souffrait d’une sévère dépression accompagnée de symptômes pouvant alerter sérieusement ses proches (notamment discours en boucle : je ne veux pas mourir).

Après une stagnation, nous avons constaté une légère amélioration des symptômes les années suivantes (avec une période oscillant entre euphorie et délire de grandeur en 2003 avec Seuls Au Sommet) puis une rechute sans véritable gravité avec, en revanche, l’apparition ainsi que la recrudescence d’une logorrhée assez étrange dans ce contexte (d’abord Barbara pendant plus de 10 minutes puis Les Heures pendant 52 minutes).

C’est peu de temps après cette logorrhée, en 2015, qu’est apparue la seconde personnalité de M. Bouaziz, à savoir Bruit Noir. Si jusque-là, nous n’avions pas eu trop de traces de délire, plutôt des périodes dépressives avec stabilisation de l’humeur, l’arrivée de I/III sous cet alter ego montrait une symptomatologie proche de la bouffée délirante aiguë. En effet, il y a trois ans, le patient présentait un délire polymorphe, riche, avec diverses thématiques (revendication, indignité, persécution, grandeur entre autre), isolement social du fait des idées de persécution et enfin de l’hétéro-agressivité se contentant d’être verbale pour le moment.

Ce fut une bouffée d’autant plus violente que celle-ci n’était pas spécialement attendue. Mes confrères et moi pensions qu’elle ne serait probablement jamais accompagnée d’une autre, vu l’aspect explosif de cette dernière.

Malheureusement, les symptômes sont revenus il y a peu, inquiétant fortement les proches.

Ah oui, j’ai omis un détail : monsieur est musicien.

Donc, nous avons là une seconde bouffée bien plus violente encore.

Nous retrouvons toujours la perte d’estime de soi avec ce sentiment d’incurabilité, cette mégalomanie propre aux mélancoliques délirants, persuadés d’être à l’origine de tous les maux de la terre. De plus, s’ajoutent certains néologismes ainsi qu’une déréalisation (lui faisant régulièrement utiliser la troisième personne du singulier) indiquant une probable entrée en psychose. Néanmoins, même si les symptômes sont bel et bien présents, quelques faits nous laissent à penser que le cas de M. Bouaziz est un peu plus complexe qu’il n’y paraît.

Déjà, nous trouvons dans son discours une distance, une lucidité (se teintant parfois de nostalgie) avec une auto-critique nous laissant quelque peu perplexes. De plus, outre cette lucidité, nous constatons surtout que le patient n’a plus aucun filtre : la parole semble se libérer complètement, d’une violence parfois inouïe, atteignant ses confrères, les critiques, le genre humain voire le monde entier.

Enfin, il en va de même pour la musique proposée par M. Bouaziz. Autant son délire est riche, de type paranoïde, autant la musique, à l’inverse, est pauvre, épurée à l’extrême ( pour exemple : monsieur proposait dans le précédent volet quelques cuivres. Ici, ils ont disparu corps et âme pour laisser place à un squelette composé de samples, d’un séquenceur et dans le meilleur des cas une boîte à rythmes).

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Bruit Noir/2018/Simon Gosselin

Ceci nous amenant à l’interrogation suivante : M. Bouaziz fait-il une véritable entrée dans la psychose (avec de probables défenses hystériques) ou serait-il victime d’un syndrome frontal ? Nous excluons jusque-là toute forme de pathologie neuro-dégénérative, le patient semblant conserver une mémoire antérograde tout à fait convenable et ne présentant aucun trouble du cours de la pensée ni de la diction.

Je te remercie à l’avance des éclairages que tu pourras nous apporter concernant ce cas plutôt complexe et somme toute inquiétant.

Bien confraternellement,

Jism.

PS : Voici donc une chronique écrite pour que dalle dans une rame de métro et sur un bout de papier crépon. Elle ne présente aucun intérêt. Aussi, comme pour II/III vous pourrez l’interpréter à votre guise, soit la trouver chiante et à côté de la plaque (à l’image du deuxième album de Bruit Noir) ou encore la lire au trentième degré et la trouver drôle et peut-être même excellente (à l’image du deuxième album de Bruit Noir).

Néanmoins, une chose est sûre : si la chronique reste discutable, II/III se fait le constat glaçant d’un misanthrope notoire en constante révolte contre le système (faisant en ce la écho à Sciences Politiques de Mendelson), n’hésitant pas à tirer sur des ambulances ou utiliser la provocation pour faire réagir. En somme II/III, c’est un beau brûlot punk (allant paradoxalement chercher ses influences chez les Smiths, Areski/Fontaine, Throbbing Gristle ou encore et toujours Joy Division), un bon gros glaviot lancé à la face du monde auquel on peut ou non adhérer mais qui ne laissera personne insensible. Si tel était le but premier de Bouaziz et Pirès alors la mission est parfaitement réussie.

Sortie le 1er Février chez Ici D’ailleurs ainsi que chez tous les disquaires à proximité d’une rame de métro de France et de Navarre.

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