Chronique Musique

Imarhan : Tishoumaren de coeur

Et si, pour cette nouvelle chronique, nous continuions l’exploration du continent Africain ? ça vous dit ? Après le Mali et ses vignettes soniques, si on faisait un tour par l’Algérie, son Sahara et sa musique Tishoumaren ? Dans les indispensables on connaissait les aînés de Tinariwen, les moins aînés de Tamikrest, il faudra ajouter à cela les jeunots d’Imarhan.

Cinq garçons dans le Sirocco, à l’histoire très ordinaire : on se rencontre sur les bancs de l’école, on forme un groupe, on se fait remarquer en chantant dans les fêtes de quartier et hop l’affaire est dans le sac. Sauf que là, dès le début, l’histoire était déjà toute tracée : Iyad Moussa, chanteur/compositeur d’Imarhan, est un peu le neveu du bassiste de Tinariwen ; bassiste qui lui colle une guitare entre les mains dès 13 ans et file une basse à un de ses potes Tahar qui deviendra le … bassiste d’Imarhan (c’est bien, y en a qui suivent ici). Pour faire simple : le gamin, âgé aujourd’hui de 24 ans, compose depuis ses 14 ans et sort, avec son groupe, son premier album enregistré par Eyadou Ag Leche (bassiste de Tinariwen si vous suivez bien) dans un studio parisien. Pour parfaire le tout, et brouiller un peu plus les pistes, l’album sort non pas chez World Village ou Sublime Frequencies ou encore Glitterhouse, non, il sort chez City Slang, label des Tindersticks, Lambchop, Calexico, ou si on remonte un peu plus loin dans le passé, Yo La Tengo, Sebadoh. Artistes à la pointe de la World comme on peut le constater.

Imarhan

Il n’empêche, à l’écoute de ce premier album, on comprend parfaitement l’enthousiasme de City Slang. Parce qu’en effet, il souffle dans ce premier album un vent de liberté, une modernité qui se conjuguent parfaitement à  l’identité Tishoumaren très forte. Pour preuve c’est que dès le premier morceau, commençant par un blues acoustique quand se pose la voix d’Iyad Moussa, l’effet est tel qu’on se retrouve directement dans le désert, en compagnie de Tinariwen. Il suffit qu’arrive l’essentiel mais discret synthé pour qu’un ailleurs se dessine, ancrant la musique dans un paysage moins désertique, plus occidental. La suite va donner raison à cet ancrage, en réussissant parfaitement la jonction entre traditionnel et urbain : sur Tahabort, les guitares virevoltent, la rythmique se fait plus sautillante, légère, Pop et Funk mais n’oublie pas d’inclure l’héritage des anciens (les youyous) apportant ainsi un regain d’énergie à un morceau qui n’en manquait déjà pas. Ailleurs, quand le pouls ralentit, ce sont des volutes psychédéliques qui envahissent les conduits auditifs et vous emmènent loin, très loin dans le Sahara à la rencontre des Doors ; plus loin encore, quand ils rendent hommage au blues, soit ils font escale au Mali en atteignant un niveau d’excellence proche d’un Boubacar Traoré (Idarchan Net), soit ils le dénudent complètement et se rapprochent au final d’un Nick Drake (Alwak); pour la pop, idem : l’escale se fait à Alger où le quintet relifte le Raï, le dépoussière, lui fait retrouver une seconde jeunesse et fait souffler, en passant, un vent de nouveauté au Tishoumaren (Imarhan).

Mais ce qui ne manque pas d’étonner avec ce premier album, c’est que plus on l’écoute, plus on se dit que le vécu de ces gamins est impressionnant : il y a chez eux une maturité qui sidère, cette impression qu’en une décennie d’existence ils ont été capables d’absorber tout ce qui leur passait entre les oreilles, l’assimiler et livrer une musique sans âge et parfaitement ancrée dans son époque. Idem avec la voix de Iyad Moussa : le gars n’a que 24 ans mais sa voix charrie une fêlure, véhicule un passif le dépassant au moins du double, pour cela il suffit de jeter une oreille sur l’excellent et mélancolique Id Islegh. Pour autant, cette maturité, ce respect des aînés n’est en rien un frein à leurs aspirations à aller voir ailleurs, au contraire. Il y a en plus, dans leur musique, une fougue, une ferveur sous-jacente qui leur permet de se démarquer de leurs aînés en incluant tout naturellement des éléments actuels comme la Pop, le Raï, le Rock, le Funk ou encore le Psyché.

En fait, avec leur premier album Imarhan, en troquant le boubou pour le perfecto, poursuit la démarche entreprise par Tamikrest, à savoir dépoussiérer le genre et lui filer un coup de jeune. Le résultat est, comme vous l’avez désormais compris, plutôt bluffant. A tel point que leur démarche a traversé l’Atlantique pour atteindre les oreilles avisées de Steve Shelley (qui les a invités à un festival au Danemark) et Howe Gelb, (par ailleurs auteur des notes du livret accompagnant le disque), charmés par ce disque particulièrement addictif. Bref, si Steve Shelley, moi ou Howe Gelb vous le conseillons sans s’être concertés, faites nous confiance, c’est que l’album en vaut la peine.

Sorti le 29 avril chez City Slang et chez tous les disquaires équipés de boubou et de chèche de France, d’Algérie et d’ailleurs.

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