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Rencontre : Venera 4, Eidôlon ou les illusions perdues

Venera-4-Eidolon-cover
Ecrit par Mag Chinaski

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Au mois de juin dernier en discutant avec mon collègue de plume musicale Ivlo Dark, nous nous sommes aperçus que nos oreilles avaient été attirées par le même groupe, Venera 4, un quatuor parisien dans le style shoegaze à l’instar des Slowdive, My Bloody Valentine, Ride et autres merveilles de ce genre musical que nous affectionnons tous les deux. Ivlo avait dans l’idée de les interviewer, et comme j’avais déjà eu l’occasion de me pencher sur leur cas en d’autres lieux, nous avons décidé de vous livrer un deux en un, chronique et interview !

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L’album des Venera 4 est sorti en début d’année chez Requiem pour un Twister, label hautement recommandable !
Venera 4, en référence à la sonde spatiale soviétique du programme Venera, lancée en orbite pour étudier Vénus… le nom de l’album quant à lui vient du grec, Eidôlon que l’on peut traduire par image ou illusion, une réalité qui n’est pas mais que l’on perçoit… tout un programme donc ! Quatuor parisien formé en 2012, composés de Morgane Caux au chant et à la guitare, Annabelle Chapalain, chant et claviers, Yann Canévet, chant et guitare et Frédéric Tronel à la basse – 2 filles, 2 garçons, un bel équilibre qui oscille entre le clair et l’obscur !

Après des singles, deux EP en 2013 Deaf Hearts et Winter Sessions, ce dernier m’a beaucoup fait penser à Mazzy Star, beaucoup plus pop, dreamy, le moment est venu de sortir enfin un premier album en 2015.
13 titres, pas moins de 51 minutes, le pari est relevé, entre guitares atmosphériques nappées de reverb’, voix célestes et aériennes, on décolle pour un voyage interstellaire, superposition de couches musicales, dream pop, noise, shoegaze… savant mélange de couleurs, à la fois sombre à l’instar de Black Paws, single immédiat, et coloré, Red Blooms, Orange… un coup d’œil sur les titres nous donne un indice avec le titre Colored Fields, pour qui s’intéresse un peu à l’art, le color field painting est un mouvement qui rejette la représentation de formes reconnaissables, permettant à la couleur de s’affirmer comme sujet principal… d’ailleurs en y regardant de plus près les pochettes des Venera 4, il semblerait bien que Morgane, utilise cette forme d’expression… mais je ne me lancerais pas dans une critique picturale n’en ayant nullement les compétences, je ne fais que donner du sens à ce qui semble en donner à leur musique… les couches de couleurs musicales… !

Je constate avec bonheur que sur le titre éponyme Eidôlon, Morgane chante en français, pour ma part je trouve que ça donne encore plus de saveur à l’ensemble, texte imagé, poétique, à creuser et réitérer car c’est plutôt rare pour être souligné ! Un album tout en finesse, où les spectres du passé côtoient un certain renouveau du genre, lumineux, coloré, parfois sombre, mélancolique !

J’ai eu la chance de vous voir en marge du festival Art Rock cette année. J’ai trouvé beaucoup d’ambivalence dans votre son, des inspirations bruitistes auxquelles répondent des mélodies délicates. Vous expliquez cela comment ? La mixité au sein du groupe ou juste une attirance commune pour les choses nuancées ?

Morgane : Effectivement la mixité pourrait peut-être jouer dans cette ambivalence même si au-delà de cela, c’est également nos goûts et nos expériences individuelles qui se mêlent et qui se confrontent. Chacun apporte sa touche de pinceau à l’édifice.

Il y a depuis quelques temps un certain retour en grâce des « dinosaures shoegaze » tels MBV, Slowdive ou Ride. Le phénomène risque-t-il d’éclipser les nouveaux talents ou au contraire il faut se féliciter de ce regain d’intérêt pour le genre ?

Yann : Tant mieux pour eux.

Morgane : Il faut les féliciter pour leur capacité à revenir sur le devant de la scène au moment opportun. Gagner un maximum de pognon et splitter dans deux mois.

Yann : On attend le nouvel album avec impatience.

Frédéric : Même si c’est vrai que pour nous qui étions trop jeunes pour les voir au début des années 90, c’est assez émouvant de pouvoir les voir sur scène… Voire très émouvant pour certains.

A ce propos, cette attirance pour le genre musical s’est effectuée de quelle manière ?

Morgane : Parce que je n’ai jamais su chanter et c’était ma seule alternative. J’ai toujours fait cela. Ce sont des sensibilités.

Yann : On a des amplis à lampes qui saturent très vite.

Le nom de l’album (Eidolôn) peut se traduire par « illusions »… Pensez-vous que nous vivons actuellement dans la poursuite de certaines chimères ? Notre génération est-elle condamnée alors au déni par crainte de tomber dans la spirale du pessimisme ?

Morgane : La réalité est bien pire qu’une chimère ! Le monde est dans l’écran aujourd’hui …
Peut-on dire qu’on va droit dans le mur ou est-ce le fait de nier la réalité qui nous mène droit dans le mur ?

De nombreux observateurs auront relevé un chant murmuré en français par Morgane. Ça vous surprend que l’on parle de cette singularité ?

Morgane : Absolument pas puisque c’est ce que l’on cherche. C’est totalement volontaire !

Yann : Mais qui sont ces observateurs ?

Morgane : Par contre, ces observateurs n’ont pas relevé les autres mots murmurés en français dans les autres morceaux… [NDA : Il y a effectivement le titre éponyme Eidôlon qui est 100% français mais à noter par exemple dans Red Blooms des passages dans la langue de Molière] D’ailleurs Dave Kennedy nous considère comme le seul French gaze band in the world.

Avez-vous des envies particulières ? J’ai vu que vous avez partagé la scène avec le groupe Weekend (que j’adore)… Vous avez d’autre projets du style dans les tuyaux ?

Frédéric : Weekend c’était déjà il y a deux ans. On a eu la chance de pouvoir jouer avec un paquet de groupes, Clinic, Blouse, Ringo Deathstarr, KVB, jouer à Rough Trade London et pour Rough Trade à Paris. Ce que l’on espère, c’est que d’autres opportunités se présenteront.

Chez Addict Culture notre devise est de susciter l’envie aux lecteurs. A votre tour, pouvez-vous nous conseiller un album, un livre, un film ?

Morgane : Alphaville de Godard, L’Image Survivante de Didi Huberman. Ça ne suscitera pas forcement l’envie…

Frédéric : L’homme dévasté de Matteí, Playtime de Tati pour sa richesse esthétique et XTMNTR de Primal Scream même s’il est sorti il y a plus de quinze ans.

Yann : When de Maria False.

Annabelle : Chiale démos de Yann Canévet

L’album des Venera 4, Eidôlon est sorti en mars dernier chez Requiem Pour Un Twister et pour les amateurs du genre, il est plus que conseillé de prendre la navette pour un aller direct vers les étoiles !
A vous de jouer en vous rendant chez un bon disquaire, sinon il est disponible par ICI !

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