Littérature Jeunesse

« Je n’ai pas de zizi… Il me manque un truc ? » : équité en cour de récré

Les clichés ont la peau dure. Le garçon lambda aurait une chambre bleue, jouerait au football et collectionnerait les figurines de super-héros. La fille ordinaire verrait la vie en rose, s’amuserait avec une cuisinette et posséderait des dizaines de Barbie. Ces lieux communs, hérités de traditions sociétales, continuent aujourd’hui encore de façonner l’imaginaire collectif, aidés en cela par des publicités cloisonnant et « genrant » les jeux, les activités et les représentations. C’est précisément ce qui rend Je n’ai pas de zizi… Il me manque un truc ? particulièrement judicieux.

On ne se définit pas par ce qu’on n’a pas mais par ce qu’on est ! Un joli album qui brise les tabous et prolonge la réflexion autour de l’égalité des sexes et des jeux genrés.
Présentation de l’éditeur

L’enseignante et autrice Soline Bourdeverre-Veyssiere et la dessinatrice Violette Suquet partent d’une situation banale pour construire une ode à l’égalité et au vivre-ensemble. Joséphine voit d’un bon œil l’arrivée d’un nouveau garçon dans sa classe. Affable, elle tente à plusieurs reprises de se rapprocher de lui, en lui proposer notamment qu’ils jouent tous deux ensemble. Mais à chaque fois, c’est la même ritournelle : Edgar refuse de lui accorder la moindre attention, prétextant sans autre forme de procès qu’elle n’a pas de zizi. Joséphine va intérioriser cette remarque : ne serait-elle qu’un individu soustractif, et ce parce qu’elle est une fille ?

C’est Mamoune, grand-mère prévenante et pleine de sa sagesse, qui va expliquer à Joséphine que garçons et filles doivent être considérés équitablement : tous sont égaux en humanité et en qualité, leurs différences n’étant que marginales et biologiques. Surtout, le genre ne doit en aucun cas justifier une quelconque assignation (professionnelle ou sociale). Après tout, on ne joue pas au football ou aux billes avec son zizi ! Conclusion logique et implacable, qui rappelle en une formule laconique tout l’infondé des déterminismes sexuels.

Ce petit album, publié aux éditions Kiwi, est intéressant en ce sens qu’il bat en brèche les idées reçues qui peuvent occasionner des comportements inappropriés – c’est-à-dire néfastes au vivre-ensemble – chez les plus jeunes, et notamment dans les cours de récréation. Il apporte aussi des réponses claires à des interrogations qu’on imagine courantes. Très tôt en effet, les enfants apprennent à se différencier en fonction de leur sexe, en accolant au genre toutes sortes de représentations auxquelles la société, par l’intermédiaire par exemple de la publicité ou du cinéma, apporte son crédit. En qualité d’autrice, Soline Bourdeverre-Veyssiere restitue bien le systématisme idiot du sexisme et les douleurs ineffables qu’il engendre, en ce y compris chez les plus jeunes.

Pour accompagner cette petite histoire sur la tolérance et l’égalité des sexes, Violette Suquet s’adonne à des illustrations tout en rondeurs, qui plairont aux enfants. À plusieurs reprises, elle choisit d’inscrire les éléments de décor en filigrane, pour mieux mettre en exergue les situations dessinées, ainsi que leur universalité. La dimension graphique de l’album fonctionne donc, pour ses qualités intrinsèques mais aussi en tant que révélateur. Il ne reste plus aux enfants qu’à répondre à cette question : Je n’ai pas de zizi… Il me manque un truc ?


 

Je n’ai pas de zizi… Il me manque un truc ? de Soline Bourdeverre-Veyssiere et Violette Suquet

 

Kiwi, 15 juin 2021

 

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Image bandeau : Photo by Meritt Thomas on Unsplash

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