Théâtre

Se souvenir n’est pas obligatoire

La saison du T.U. de Nantes est décidément très littéraire. Il y eu l’adaptation très réussite du Neveu de Rameau par Hervé Guilloteau, l’adaptation théâtrale des Liaisons Dangereuses par Anne Théron mais encore la très belle interprétation par Zoé Sian-Gouin dans l’adaptation du livre de Jacques Roubaud l’Exil d’Hortense, par le metteur en scène Xavier Marchand.

Cette fois-ci, c’est autour de deux textes liés par le thème du souvenir que l’on revient au théâtre avec délectation. Je te souviens est la nouvelle mise en scène de Benoît Bradel, il adapte deux livres : Souviens moi d’Yves Pagès (Éditions de l’Olivier) et I remember de Joe Brainard (Actes Sud/Babel).

© Elizabeth Carecchio
© Elizabeth Carecchio

Sur scène, c’est le performeur Gaspard Delanoë qui nous dévoile la partition issue de ces deux textes. Avec habilité et une certaine facétie, le comédien se déplace à travers la scène où des cartons blancs sont entassés formant un paysage de montagnes oniriques. Dans ces cartons, c’est évidemment des souvenirs que l’on retrouve, que le personnage principal dévoile au fur et à mesure de son monologue. Celui ci est composé de fragments courts, des phrases qui commencent par « ne pas oublier » et « je me souviens », l’injonction et l’action en quelques sortes.

Les souvenirs dévoilés sont comme des notes de musique influençant l’imaginaire de la scène. Gaspard Delanoë, en plus d’être accompagné par ces monticules de cartons/souvenirs, l’est aussi par un musicien installé côté cour de la scène. Il entretient avec ce musicien, Thomas Fernier, une complicité clownesque, sans véritablement dialoguer avec lui. La création musicale proposée participe à l’ambiance de ce spectacle par touche parfois mystérieuse ou lyrique.

L’ambiance onirique permet l’accès à ces souvenirs composites, par la musique donc, mais aussi la scénographie. Par le jeu de lumière notamment, qui nous entraîne dans des univers différents, comme un enfant qui rêverait de l’espace scénique tel un nouveau monde à découvrir. La thématique du souvenir est liée ici à l’enfance, à ce qui fut, de ce dont se souvient l’adulte. Mais au-delà de ces deux textes travaillés émerge un autre figure littéraire.

Georges Perec a publié en 1978 un texte intitulé Je me souviens mais le metteur en scène n’a pas eu l’autorisation d’utiliser ce texte dans un travail comprenant d’autres textes. Pourtant l’auteur Oulipien devient comme une présence fantomatique dans le spectacle.

© Elizabeth Carecchio
© Elizabeth Carecchio

Par ce travail autant littéraire que théâtral, Benoît Bradel propose une entrée dans un imaginaire collectif. Remplis d’humour et parfois absurdes, ces souvenirs partagés au gré de la pièce s’oublient. Un spectacle comme celui ci n’a pour but que de se vivre sur le moment. Nous ne sommes pas obligés d’être marqué à vie. Quelques années après, si nous sommes amenés à nous remémorer de Je te souviens, nous le ferons en pensant avoir passé un bon moment ce mercredi 20 janvier 2016, assis à la place E14 de la salle de spectacle du théâtre universitaire de Nantes. Mais qui était cette jolie fille qui nous avait souri deux heures avant ?

Site officiel du T.U. Nantes

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