Littérature Etrangère Noirs

John Herdman, « La Confession » : de la raison à l’indicible effroi

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Écrit par Velda

John Herdman est loin d’être un débutant. Si La Confession est son deuxième roman traduit en France, il a été publié juste après Imelda (sorti en France en 2006) et est le septième de onze romans. Herdman est un universitaire issu de Cambridge, spécialiste de littérature et de théologie, et ce roman, La Confession, doit beaucoup à cette éducation et à cette culture. Né à Edimbourg, John Herdman y vit encore aujourd’hui, et c’est là que commence l’histoire.

Leonard Balmain est un écrivain raté. Il n’est plus de première jeunesse, et les affaires ne marchent pas fort. Il en est réduit à répondre à une petite annonce recherchant un rédacteur. « Il n’y a rien de tel que la nécessité pour rabaisser l’amour-propre ». En bref, il faut bien manger… Et quand on a épuisé toutes les ressources que peut générer une plume intéressante, hé bien ghost writer, après tout, pourquoi pas. Leonard Balmain répond donc à cette fameuse annonce, et rencontre son futur client, Torquil Tod.

Ainsi commence la relation ambiguë entre Leonard Balmain et Torquil Tod. Et de biographe et ghost writer, Leonard va bientôt glisser vers le statut de romancier, avec le plein accord d’un Torquil Tod qui n’arrive pas à se livrer autrement qu’en confiant les faits « bruts » à son ghost writer. Il faut donner de la chair, de l’âme au texte : c’est Leonard qui s’en chargera, pour le meilleur et, surtout, pour le pire. Au début du roman, Leonard est le narrateur et jette un regard rétrospectif sur son aventure, dont il est en train, mine de rien, de faire un roman : celui que nous sommes en train de lire. Après les premiers entretiens, la mission de Leonard se transforme, s’approfondit, devient plus difficile, et plus dangereuse. Car la vie de Torquil Tod n’est pas un long fleuve tranquille… Mais elle a beau être jalonnée de magie blanche et noire, de mysticisme fumeux, de croyances plus ou moins celtiques, d’errances plus moins lointaines, rien ne justifie, aux yeux de Leonard le travail qu’il est en train d’accomplir. Jusqu’à l’aveu. Le nœud du livre, le moment crucial où Torquil Tod va lui raconter l’impensable, l’inconcevable, l’inhumain. Et là, Leonard Balmain est pris au piège. Car s’il est le confesseur de Torquil, il n’a pas le pouvoir d’absoudre, et encore moins de pardonner… Et le coupable, lui, est toujours là, et toujours coupable. Rien de plus dangereux qu’un coupable…

la confession

A la fin du roman, c’est Leonard qui reprend la plume pour raconter sa propre histoire, puis son exécuteur littéraire qui apporte une conclusion tout en brouillant encore plus les pistes sur la nature de ce que nous venons de lire. Ultime pirouette de l’auteur – le vrai, celui-là, John Herdman – qui peut se vanter d’avoir enroulé le lecteur autour de son petit doigt.

L’impression de malaise qui se dégage du roman est sans aucun doute délibérée. Le texte fait irrésistiblement penser à ces auteurs du XIXe siècle qui n’avaient pas leur pareil pour faire naître et croître l’angoisse chez leur lecteur, de Stevenson à Poe en passant par Barbey d’Aurevilly. En plus de jouer avec nos nerfs, Herdman joue aussi avec le temps : entre les théories New Age, la magie noire et les mythes celtiques qui s’immiscent jusque dans les titres de certains chapitres, empruntés aux principales fêtes celtiques, on finit par se sentir dans un univers de l’entre-deux, un monde flottant entre réel et fantomatique, raison et démence. Les lieux font aussi partie des ressources que l’auteur utilise pour envoûter son lecteur : d’Edimbourg la réelle à des lieux imaginaires ou non du nord de l’Écosse, les paysages apportent leur part fantasmatique au récit. Quant à la structure du roman, elle participe elle aussi au trouble qui saisit le lecteur. Osera-t-on dire que les dernières pages du récit de Leonard évoquent aussi HP Lovecraft dans leur capacité à susciter « l’indicible effroi »?

Vous l’avez compris, La Confession n’est pas un roman à lire juste avant d’aller vous coucher si vous avez des tendances insomniaques. Dans tous les autres cas, c’est un roman singulier, passionnant, poétique et lucide à la fois, une lecture à recommander.

John Herdman, La Confession, traduit par Maïca Sanconie, postface de Jean Berton,
Quidam éditeur, avril 2018

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