Recyclerie Discoboleroderapel bonjour !!
Alors oui, bien sûr, quelques nouveautés sont arrivées ce jour.
Rien en revanche de ce que vous voudriez.
Oui, bien sûr, oui. Mais non. Vous savez quoi ?? je vais enfiler ma casquette de disquaire et vous conseiller une nouveauté qui regroupera tout ce que vous m’avez demandé jusque là.
Jonathan Bree, vous connaissez ? Nan ? Présentation succincte alors : le garçon est Australien et a plus brillé jusque là par les visuels de ses albums que sa musique. Oui, je sais, c’est un peu vache, très réducteur mais pas complètement faux. L’identité visuelle, chez lui, est primordiale comme en attestent ses trois derniers albums : pour faire simple, c’est un peu les visions cauchemardesques de L’échelle De Jacob adoucies par des tons pastels.
Musicalement le garçon évolue d’une pop plus ou moins orchestrale à ses débuts vers un univers beaucoup plus électronique, voire cinématographique.
Pour son sixième album, Don’t Call It Love, l’Australien conserve ce goût du visuel marquant mais l’adapte au concept choisi, à savoir la sexualité. Ah oui, c’est vrai, petit détail qui peut en rebuter quelques uns et que j’ai omis : le garçon s’est mis en tête d’explorer la sexualité sous le prisme de la paraphilie. Pour ce faire, il va faire appel à certaines collaboratrices, dont deux Françaises, dans tous les domaines artistiques, que ce soit le cinéma, la danse, la musique ou la photo. Il en résulte un visuel aussi austère que sensuel et un peu malaisant. Du moins … en couverture, parce que l’intérieur et le dos sont un tantinet plus explicites et encore plus … enfin, vous voyez quoi.
Mais bon, oui, vous avez raison, je m’égare quelque peu. Recentrons nous. Alors pourquoi je vous conseille ce disque en particulier ? Parce qu’il conjugue mes deux passions : le recyclage et la musique. Pour faire simple, Jonathan Bree est un recycleur de génie. Je ne sais pas si c’est la thématique, les collaborations, qui lui a fait faire un bond qualitatif mais tout ce que vous m’avez cité tout à l’heure est réuni dans ce disque. Et de brillante manière. Pas la peine de mettre 3 ou 400 euros pour obtenir ce que vous voulez, pour à peine 20 € Jonathan Bree vous propose un trip sur trois décennies voire quatre. Bowie ? Mais bien sûr. Vous préférez quelle période ? Fin des 70’s avec Heroes ou Blackstar ? Avec Disappear, Bree, d’entrée de jeu, vous propose les deux.
Un peu plus loin, vous ajoutez une note ou deux sur l’intro de Live To Dance, vous l’accélérez légèrement et vous obtenez Faith de The Cure. Le Trip Hop vous manque ? Honey vous renverra vers Portishead, sans la désespérance des Anglais. Et Massive Attack me direz-vous ? Idem. Mais étonnamment, ce sera celui, plus décrié, de 100th Windows, avec ses arrangements de cordes magnétiques (bien présentes sur Medicine) ou ses nappes hypnotiques (She Was Fun).
Vous préférez l’ampleur cinématographique du Goldfrapp de Felt Mountain ? Savour My Love remplira aisément cette fonction. Et Depeche Mode, vous préférez quelle période ? Celle pré Violator ou celle qui suit ? Qu’importe, de toutes façons, Jonathan Bree y fait référence sur de nombreux morceaux (Chameleon, Just Like An Angel). Bon, j’arrêterai là les références mais sachez que le catalogue est loin, très loin d’être exhaustif.
Comment ???
Alors, oui, vous avez raison, le recyclage, c’est très bien, de mon point de vue hein, mais ce n’est pas ce qui constitue la qualité d’un disque, je vous l’accorde. Pour Don’t Call It Love, l’Australien semble l’avoir parfaitement compris et propose un double album dense et roboratif, dans lequel la qualité des compositions va de pair avec les atmosphères désirées. On pourra trouver le second disque légèrement en deçà du premier ( pour preuve This Is Me ou encore Part-Time Lover, vraiment un chouïa en dessous du reste) mais Jonathan Bree n’a pas son pareil pour créer des atmosphères singulières, des morceaux d’une moiteur exceptionnelle que n’aurait pas renié Prince (Slow par exemple), d’autres d’une tension sexuelle exacerbée (Honey) voire tout simplement tendus à l’extrême (le minimaliste et quasi expérimental Gun).
Ce sont quelques exemples que je vous donne mais, si on prend du recul, l’ensemble est assez impressionnant car fruit d’une réflexion et d’une exécution parfaitement millimétrées. Je vais tenter d’être un peu plus clair : Don’t Call It Love est bien un concept-album aux diverses influences mais innervé par le Trip Hop, genre on ne peut plus cinématographique, qui octroie une liberté de mouvement très ample. De ce fait, Bree peut se permettre de composer des chansons qui allieront mélodies et atmosphères, électro et organique dans un dosage impeccablement équilibré. Ce qui a pour conséquence qu’on ne s’ennuie aucunement malgré une bonne heure un quart au compteur et, fait plus marquant encore, malgré une qualité d’ensemble très élevée (pas un seul morceau faible sur les 17), Don’t Call It Love compte parmi ses chansons quelques véritables chefs-d’œuvre (Honey, Game Disappear, Gun et quelques autres).
Bien évidemment, vous l’aurez compris, j’aime beaucoup cet album. Néanmoins, si je vous le conseille, ce n’est pas seulement pour sa qualité, absolument évidente, mais aussi parce que, d’un point de vue financier, il vous permet de faire une économie substantielle en synthétisant tout ce que vous aimez.Formidable, non ?
Alors ? Je vous le mets de côté et vous passez cet après-midi ?
Pas de problème. A cet après-midi dans ce cas. Merci.

Jonathan Bree · Don’t Call It Love
Lil’ Chief Records / Modulor – 26 Août 2026


